Critique : ‘Twilight Chapitre 2 : Tentation’, de Chris Weitz

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Succédant à Catherine Hardwicke, Chris Weitz se voit confier la tâche difficile de donner un souffle véritable à la saga en adaptant un deuxième tome à la structure nettement plus déroutante que le premier. Contrairement au précédent opus, Twilight Chapitre 2 : Tentation est un vrai film fantastique, qui parvient à donner corps à la mythologie créée par Stephenie Meyer tout en approfondissant des personnages déjà cultes. L’arrivée des loups-garous s’accompagne d’une esthétique plus brute, d’une écriture plus soignée, d’une réalisation plus inspirée jusque dans les scènes d’action, ainsi que d’une atmosphère plus sensuelle, des qualités qui manquaient précisément à Fascination. Taylor Lautner se montre parfait dans le rôle de Jacob et vole comme prévu la vedette à Robert Pattinson pendant la majeure partie du film.

On regrette en revanche que le soin indéniable apporté à la production dans son ensemble ne concerne pas le clan vampire Volturi, traité avec trop de légèreté en comparaison avec les loups-garous, vraies vedettes du film. Twilight 2 a beau être inégal, il s’apprécie malgré tout comme un de ces plaisirs coupables auxquels on ne saurait résister.

Attendu comme le messie par les fans des romans de Stephenie Meyer, Twilight Chapitre 1 : Fascination n’avait pas manqué de produire son effet lors de sa sortie américaine fin 2008 – début 2009 en France –, s’imposant comme un véritable phénomène auprès d’un public jusqu’à présent peu ciblé par les blockbusters américains, celui des adolescentes et des jeunes femmes. Ne serait-ce que sur ce point, le buzz créé autour de Twilight mérite qu’on y prête attention, en ce qu’il bouleverse l’air de rien un ordre des choses ancré dans la mentalité hollywoodienne, qui voudrait qu’un film n’ait des chances d’être très rentable que s’il s’adresse en priorité à un public masculin, le public féminin se voyant généralement réduit à s’identifier à un ou deux personnages secondaires.

Sur le plan artistique néanmoins, le premier volet de la saga n’était pas sans défaut en dépit de qualités plastiques indéniables. Le style habituellement nerveux de la réalisatrice de Thirteen et des Seigneurs de Dogtown se retrouvait noyé dans un univers trop lisse, trop gentillet, qui peinait à faire émerger le caractère éminemment subjectif de l’œuvre originale. Alors que Fascination, le livre, faisait étalage non sans un certain humour de la naissance des fantasmes de son héroïne, le film ne brillait pas par sa sensualité, échouant à en exploiter pleinement le potentiel cinématographique. Successeur de Catherine Hardwicke, Chris Weitz se voit par conséquent investi d’une mission difficile, celle de donner une véritable consistance à la saga mais aussi à ses personnages principaux dont le pouvoir de séduction auprès du public n’est plus à démontrer.

Le réalisateur d’A la Croisée des mondes: La Boussole d’Or a déjà prouvé qu’il était capable de mener à bien une superproduction à effets spéciaux, toutefois sa faculté à impliquer le spectateur dans des enjeux narratifs forts laissait jusqu’à présent dubitatif. En dépit de sa méconnaissance avouée de l’œuvre de Meyer, il se révèle rapidement être à sa place dans ce deuxième opus au scénario plus imprévisible que le premier. L’ambiance fantastique est ainsi nettement plus affirmée dans Twilight Chapitre 2 : Tentation que dans Fascination qui se focalisait presque uniquement sur la romance platonique entre l’humaine Bella Swan et le vampire Edward Cullen sans jamais la transcender.

Avec l’arrivée des loups-garous, créatures éminemment viriles connues pour être les ennemis héréditaires des vampires, l’intrigue prend une nouvelle dimension et Weitz donne corps avec talent aux mythologies associées par la romancière à ces créatures dangereuses. Plus brute, moins belle que dans le premier film, la photographie accompagne ce glissement sensible du yin (les vampires civilisés) vers le yang (les loups-garous, organisés en meute), ces deux forces contraires entre lesquelles est tiraillée Bella malgré elle. La très belle séquence d’ouverture donne à ce titre le ton, celui d’un film plus onirique et plus mûr que le premier, dans lequel chaque personnage se retrouve tôt ou tard confronté à ses propres démons.

Le deuxième tome de Twilight se caractérise par une structure en trois actes assez périlleuse sur le plan de l’adaptation pure. La deuxième partie voit en effet le personnage pivot d’Edward disparaître pour laisser sa place à son rival Jacob entraperçu dans le premier volet. Cette étape, qui s’étire sur une (trop) longue durée dans le roman, est remarquablement gérée du point de vue du scénario comme de la réalisation. Elle représente même le meilleur de Twilight Chapitre 2 : Tentation. Le jeu de Kristen Stewart se fait plus subtil tandis que Bella abandonne enfin sa carapace d’ingénue pour laisser deviner une personnalité plus complexe. Mais celui qui tire son épingle du jeu est bien évidemment Taylor Lautner, qui joue à la perfection le douloureux parcours initiatique de Jacob au point de nous faire regretter le retour inévitable des Cullen dans les parages.

Le premier opus s’était vu reprocher un puritanisme excessif, Bella et Edward ne passant jamais à l’acte en dépit de leurs sentiments respectifs. Sans briser ce tabou qui constitue justement le cœur de Twilight, ce nouveau chapitre s’impose comme nettement plus sensuel voire charnel que le premier à travers la relation particulière qui unit Bella à Jacob. De même, l’action y est plus présente et culmine aux deux tiers du film dans une superbe séquence qui voit les loups-garous poursuivre la vampiresse Victoria dans la forêt, montée en parallèle avec des images montrant Bella sur le point de sauter d’une falaise. De beaux moments, Twilight Chapitre 2 : Tentation en regorge ; il est d’autant plus regrettable que tout le film ne soit pas de cet acabit.

Les loups-garous sont la grande réussite du film, tant du point de vue de leur traitement que sur le plan esthétique. Cette dernière qualité vaut notamment lorsqu’ils sont en action, les animateurs ayant effectué un véritable travail sur les mouvements afin qu’ils soient les plus réalistes possibles. Immobiles, en revanche, ils auraient tendance à ressembler à de grosses peluches inoffensives, loin de l’agressivité qu’ils sont supposés dégager. Si ce détail peut faire sourire le temps de quelques plans malheureux, il est vite balayé par la qualité générale de la production. Le souci le plus important concerne les Volturi, ce fameux clan millénaire à l’autorité duquel est soumise toute l’espèce des vampires.

A l’instar du livre, le film opère un virage un peu rapide vers la fin, qui nous entraine en Italie à la rencontre de ces individus peu avenants pour un affrontement à la fois physique et psychologique. D’un côté, les Cullen ont gagné en profondeur d’un opus à l’autre : Robert Pattinson est égal à lui-même, avec ce côté décalé et attachant qui sied à Edward, Ashley Greene campe une Alice plus mutine et quant à Peter Facinelli, il a enfin trouvé le personnage de Carlisle après les errances du premier volet. Mais les Volturi, qui nous sont présentés ici pour la première fois, n’ont manifestement pas inspiré Chris Weitz. Michael Sheen est peut-être convaincant en loup-garou dans Underworld, mais il n’a pas la prestance requise pour impressionner en tant qu’ultime chef vampire.

A vrai dire, seule Dakota Fanning se distingue par son regard instable et inquiétant, mais elle n’apparaît pas suffisamment à l’écran. La façon même dont nous sont introduites ces créatures mystérieuses s’avère excessivement banale, au travers d’une mise en scène et d’une photographie sans ambition qui nous laissent avec l’impression désagréable d’avoir soudainement atterri dans une série télévisée un peu fauchée.

Sans être dramatique, cette fausse note nuit au rythme de l’ensemble, et ce même s’il est en partie rattrapé par un épilogue réussi. Twilight Chapitre 2 : Tentation n’en reste pas moins une belle adaptation et un joli film fantastique – un vrai, cette fois – qui saura de toute évidence trouver son public.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 16 novembre 2009

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