Critique : ‘Twilight Chapitre 3 : Hésitation’, de David Slade

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Adapter le tome 3 de Twilight n’était pas chose aisée puisqu’il s’agit du maillon faible de la série. Bonne nouvelle, le film contourne les défauts de rythme du roman en développant davantage sa part d’action, sans toutefois négliger l’intrigue romantique qui se retrouve judicieusement condensée. Sur le plan formel, si l’on reprochait au premier Twilight son aspect trop lisse et au second de ressembler à un téléfilm de luxe, Twilight Chapitre 3 : Hésitation monte d’un cran les standards artistiques et techniques de la franchise. Epaulé par des effets spéciaux de qualité, David Slade confirme son sens visuel aiguisé et délivre quelques séquences d’action classieuses, à défaut d’améliorer l’intrigue puisque celle-ci se démarque parfois par des considérations désuètes qui risquent de diviser. Les fans apprécieront la fidélité envers l’œuvre d’origine et auront le plaisir de découvrir quelques seconds rôles réussis ; les autres seront moins enthousiastes mais seront au moins convaincus par la qualité de la production.

On ne présente plus le phénomène Twilight, série de roman de Stephenie Meyer narrant les amours de Bella Swan et le vampire Edward Cullen et vendue à des millions d’exemplaires à travers le monde. Un engouement qui s’explique en partie par la rareté des œuvres fantastico-gothiques s’adressant en priorité aux jeunes filles (en Occident du moins car les Japonais y avaient pensé bien avant dans leurs shôjo mangas et il n’est d’ailleurs pas fantaisistes de voir dans Twilight des inspirations de ce côté-là). Autour des deux personnages principaux, Stephenie Meyer a su créer son propre univers en reprenant de manière sélective les codes du genre pour y ajouter des éléments de son cru.

Réalisé par Catherine Hardwicke et sorti début 2009, le premier volet de l’adaptation cinématographique parvenait à donner vie à cet univers grâce à une mise en place efficace mais décevait par des scènes d’action grand-guignolesques. On lui reprochait en outre une esthétique certes soignée mais d’aspect trop lisse, trop papier glacé, en plus de quelques ratés dans les maquillages.

Au contraire, le second film réalisé par Chris Weitz, Twilight Chapitre 2 : Tentation, jouait la carte d’un style visuel plus brut, davantage en accord avec le monde des Quileute dont il était question à travers l’entrée en scène de Jacob. C’est à David Slade (Hard Candy, 30 Jours de Nuit) qu’écope la tâche ardue de porter à l’écran le tome 3, certainement le plus difficile à adapter puisqu’il s’agit du maillon faible de la série. La bonne nouvelle, c’est que le réalisateur de l’excellent Hard Candy contourne la plupart des handicaps posés par le roman et monte d’un cran les standards artistiques et techniques de la franchise. Cependant, outre une tension dramatique inégale, certaines lignes de dialogues risquent de faire bondir…

Dans ce troisième volet, Bella (Kristen Stewart) a retrouvé son bel Edward (Robert Pattinson), plus amoureux que jamais et décidé à l’épouser. Le seul hic c’est que le père de la jeune fille ne lui a pas pardonné sa tentative de rupture. Un autre obstacle vient se mettre en travers de son chemin en la personne de Jacob (Taylor Lautner). Il faut dire que dans l’épisode précédent, ce dernier avait généreusement offert à la jeune fille son épaule musclée (et presque toujours nue) pour pleurer. Pendant que tout se beau monde tente de démêler l’affaire, la Vampire Victoria (Bryce Dallas Howard) prépare sa vengeance…

Disons le clairement, à moins d’être un fan inconditionnel de la série, le tome 3 de Twilight n’est pas très passionnant, avec ses 80% de bavardages plus ou moins utiles – sachant que l’écriture des dialogues n’est pas le point fort de Meyer – et son concentré d’action un peu confuse pendant les 20% restants.

Sur le plan du rythme et du trop-plein de déclarations d’amour, le film Twilight Chapitre 3 : Hésitation s’en tire avec les honneurs grâce à l’écriture ingénieuse de Melissa Rosenberg. Respectueuse de l’œuvre mais consciente du déséquilibre de ce tome 3, cette dernière condense les échanges romantiques, la scénariste décide de montrer certains événements censés se dérouler hors champ. Et ce dès la scène d’ouverture, à savoir le kidnapping de Riley (Xavier Samuel), une scène plutôt réussie qui flirte clairement avec le film d’épouvante.

D’emblée, David Slade annonce ses intentions d’affirmer ses affinités. On assiste ainsi à la montée en puissance de l’armée de vampires « nouveau-nés » que les héros combattront dans le climax, des séquences parfois très courtes mais efficaces, et qui installent un climat inquiétant grâce à un joli travail sur les ambiances.

David Slade nous avait déjà prouvé à travers son très inégal 30 Jours de Nuit l’importance qu’il accordait à l’esthétique de ses œuvres. Le cinéaste confirme cette qualité en redéfinissant de fond en comble le style visuel de Twilight: lisse dans le premier, fade dans le second, celui-ci devient tout simplement beau dans le troisième volet.

Autant dire que David Slade insuffle enfin à la saga l’envergure qui lui faisait cruellement défaut, délivrant au passage quelques plans spectaculaires et bien dynamiques comme il faut dans l’action, le tout dans des décors somptueux et rehaussé par la composition de Howard Shore. Les effets spéciaux ont eux aussi subi quelques réaménagements, notamment la meute de loups. Exit l’aspect peluche des loups constatée dans le second film : Jacob et sa meute bénéficient enfin d’une fourrure digne de ce nom.

Avec de tels atouts dans son jeu, David Slade peut se lancer sans crainte dans des combats spectaculaires, révélant au passage un sens aigu du mouvement. Dommage que les effusions de sang présentes dans le climax du roman aient été évincées au profit d’un effet « bris de glace » lorsque les ennemis s’effondrent. C’est joli, certes, mais c’est trop propre.

Là où David Slade se montre moins convaincant, c’est lorsqu’il s’attarde sur le triangle amoureux formé par Bella, Edward et Jacob. L’humour fonctionne plutôt bien mais la tension dramatique n’est guère au rendez-vous, le final choquant du roman ayant été évacué au profit d’un dénouement des plus niais. Cela dit, le jeu de Taylor Lautner surpasse une fois encore celui de ses deux camarades, dont les prestations s’avèrent honnêtes mais finissent par révéler leurs ficelles. Plus que le triangle amoureux, ce sont les personnages secondaires qui pour certains valent le déplacement. A commencer par Jasper, un peu laissé à l’abandon dans les opus précédents et dont le passé se dévoile au travers des flash backs morcelés et mis en scène avec élégance, tandis que l’acteur Jackson Rathbone vole presque la vedette à Robert Pattinson. Xavier Samuel crée lui aussi la surprise dans le rôle de Riley, un personnage qu’il était si facile de faire sombrer dans la caricature et qui remportera sans mal l’adhésion. Toutefois, il n’y a guère de miracle : David Slade ne parvient pas à redorer le blason des Volturi, décidément ratés, qu’il s’agisse de leur design manquant singulièrement de classe ou des répliques ridicules qui leur sont accordées.

Mais venons-en au sujet qui fâche. A la tirade que seuls les fans hardcore de Twilight pourront accepter sans broncher. Si romance il y a bel et bien entre Bella et Edward, force est de constater que nos héros se montrent pour l’instant extrêmement sages. Le pompon arrive dans ce troisième épisode où Edward déballe ses idéaux, à savoir rester chaste avant le mariage. Au passage, on comprend mieux pourquoi Robert Pattinson, sans doute effrayé à l’idée de perdre en route une partie de son public, s’est dépêché avant la sortie de Twilight 3 de faire Remember Me, où il fume, boit et consomme allègrement avec sa copine ! Pour justifier les principes d’Edward, l’histoire présente le Vampire comme attaché aux idées de son époque : après tout, le personnage est bel et bien né au début du siècle.

Certes, la pilule aura du mal à passer (sans jeu de mot aucun) pour qui baigne dans une culture moderne. Toutefois, contrairement aux idées reçues sur la saga, force est de reconnaître que le film – à l’instar du roman – ne verse pas vraiment de propagande puisque l’héroïne défend la position adverse. Ainsi, le désaccord est censé relever du choc culturel entre deux époques. Après tout, pourquoi pas ? Le seul souci étant que les opinions de notre cher Edward font écho à la montée de mouvements pro-abstinence très actifs aux États-Unis.

Cela dit, si l’on rejette Twilight pour cette seule raison, il faudra du même coup rejeter un grand nombre de productions Disney ou même de mangas pour ados. D’autre part, de manière complètement paradoxale, la franchise Twilight est aussi l’une des seules productions grand public pour ados où une jeune fille peut dire « je te désire » en toute simplicité et impunité à son homme. Consciemment ou non de la part de l’auteure du roman, Twilight pointe bel et bien une réalité qui devrait rencontrer certaines préoccupations féministes : le désir sexuel féminin, même lorsqu’il est verbalisé, n’a pas fini de se heurter aux poids de traditions castratrices, toujours sous prétexte de danger.

Et dans quelques décennies, lorsque l’on regardera Twilight comme le phénomène générationnel qu’il est, on y verra toutes les contradictions d’une jeunesse américaine en pleine crise de mœurs, tiraillée qu’elle est entre sa soif de modernité, voire son obsession du sexe, et les relents réactionnaires incarnés par les militants pro-abstinence, devenus très actifs depuis une dizaine d’années. Nous ne sommes pas obligés d’adhérer à cet aspect de l’histoire, mais avouons au moins qu’il n’est pas dénué d’intérêt.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 30 juin 2010

> Lire l’interview de Melissa Rosenberg : « Twilight et le sexe, la scénariste s’explique! »

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