Critique : ‘Underworld’ Director’s Cut, de Len Wiseman

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Comme l’explique le réalisateur Len Wiseman dans le nouveau commentaire audio qui accompagne cette édition DVD d’Underworld, il ne s’agit pas là d’un Director’s Cut mais d’un Extended Cut, ce qu’indique d’ailleurs plus justement la jaquette de l’édition zone 1. Les coupes effectuées lors de la sortie en salles n’ont donc rien à voir avec d’éventuelles brimades essuyées par le réalisateur de la part des Studios, mais reflètent simplement son souci légitime de ne pas nuire au rythme d’ensemble du film du fait de scènes trop longues ou de plans jugés à l’époque inutiles.

Le fait est que ce montage alternatif ne dépasse l’original que de douze minutes en termes de durée et ne change pas grand-chose à l’affaire : les amateurs comme les détracteurs d’Underworld camperont à coup sûr sur leurs positions à l’issue de la projection.

Parmi les ajouts les plus notables de cette nouvelle version d’Underworld, on remarquera bien entendu la fameuse scène dans laquelle Michael (Scott Speedman) évoque son passé tragique, juste à la suite du récit de Selene (Kate Beckinsale). Une scène réussie mais dont Len Wiseman craignait qu’elle ne paraisse trop lourde, dramatiquement parlant, aux yeux du public. L’autre ajout qui ne manquera pas de se faire remarquer, c’est bien sûr la courte scène d’amour entre Kraven (Shane Brolly) et Erika (Sophia Myles). Le personnage d’Erika est d’ailleurs celui qui se voit le plus remis en valeur en comparaison avec la version salles, ce qui est plutôt une bonne chose.

En dehors de cela, quelques plans supplémentaires ici et là, que l’on ne remarquera pas forcément mais qui s’intègrent évidemment parfaitement au récit, et surtout une scène de combat final sensiblement étoffée avec l’arrivée peu discrète des hommes de main de Viktor (Bill Nighy). Underworld reste donc tel qu’en lui-même, c’est-à-dire un film extrêmement sympathique et divertissant, sans prétention aucune, habilement bricolé malgré un budget rikiki eu égard aux standards de production de ce genre de films.

Cette particularité le rapproche davantage d’un Equilibrium (Kurt Wimmer), sorti l’année qui a précédé et doté d’un budget équivalent – environ 20 M$ – que d’un Matrix, auquel on aurait tendance à le comparer à la vision de la bande-annonce regroupant les quelques inévitables effets bullet time que compte le film et qui figurent au demeurant parmi ses principales faiblesses – l’autre déception résidant dans l’étonnante laideur des flashes-back de la fin, dans un film par ailleurs visuellement magnifique.

Fort heureusement, les qualités d’Underworld, extended ou non, priment très largement sur ses défauts. L’intrigue du film n’est en rien révolutionnaire, mais la façon dont est amenée cette guerre ancestrale entre vampires décadents et loups-garous opprimés suffit très largement à rendre crédible ces personnages diablement attachants. Sans compter que le couple Selene/Michael sort très agréablement de l’ordinaire, puisque c’est la jeune femme qui se voit confier la tâche délicate de voler au secours de son amoureux et non l’inverse.

Kate Beckinsale opte pour la gravité tout en faisant preuve d’une surprenante humilité, dans un rôle de superhéroïne qui aurait justement pu appeler à une certaine arrogance. A la fois classe et paradoxalement très « humaine » – Selene est une vampire, elle convainc dans les scènes de jeu comme dans l’action, alors qu’elle n’avait strictement aucune expérience des scènes de gunfight ou de combat avant de tourner Underworld.

L’acteur canadien Scott Speedman, quant à lui, se voit confier le rôle a priori peu valorisant du love interest de l’héroïne et s’en sort de même avec tous les honneurs, en plus d’être sexy à tomber. Parmi les seconds rôles, on remarquera tout particulièrement Michael Sheen dans la peau de Lucian, auquel il confère une savoureuse ambiguïté.

Premier film de Len Wiseman, jeune réalisateur issu de la publicité et du clip vidéo, Underworld n’a rien du coup d’essai maladroit. Malgré d’évidentes influences, le film possède son identité visuelle et son ambiance propres et plus d’un plan marquant resteront en mémoire après le générique de fin.

Underworld se paie d’autre part le luxe de dépoussiérer joyeusement au passage les mythes du vampire et du loup-garou, tout en misant très fort – et avec bonheur – sur des personnages principaux charismatiques. Le tout, donc, sans prétention aucune. Difficile après çà de ne pas trépigner d’impatience en attendant la suite.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 25 février 2006

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