Critique : ‘Une éducation’, de Lone Scherfig

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Miroir d’une époque de l’Histoire de l’Angleterre où les traditions peinent encore à laisser place à la modernité, Une éducation est aussi et surtout la quête initiatique d’une jeune fille en laquelle chacun peut se reconnaître. A travers la mésaventure de son héroïne, la réalisatrice Lone Scherfig capture avec justesse et subtilité le désir de liberté et d’épanouissement qui caractérise le difficile passage à l’âge adulte, préférant recourir à l’humour et à la légèreté plutôt qu’à la dramatisation excessive. Elle est servie par un très beau panel de comédiens et notamment par l’interprétation extrêmement convaincante de Carey Mulligan, une nouvelle venue dont on n’a pas fini d’entendre parler.

Pour son sixième long métrage, la réalisatrice danoise Lone Scherfig (Wilbur) se penche sur le passage à l’âge adulte mouvementé d’une jeune fille comme les autres dans l’Angleterre des années 60. Si le sujet semble académique, le traitement ne l’est pas.

Tout d’abord, et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, Une éducation n’est pas inspiré d’un roman à succès mais bel et bien d’une histoire vraie. C’est en découvrant en juin dernier l’article autobiographique de douze pages publié par la journaliste Lynn Barber dans Penguin UK que le scénariste Nick Hornby (High Fidelity, Pour un garçon) a le coup de foudre. Au final, le film ne récolte qu’un succès d’estime auprès du public mais s’avère être l’un des plus salués de l’année 2009 par la critique anglaise comme américaine. Une reconnaissance qui a entre autres mérites, celui de révéler au grand jour rien moins que l’une des stars de demain : la jeune comédienne Carey Mulligan.

Une éducation est le film de la croisée des chemins, de l’entre-deux. Pour un pays, l’Angleterre, qui s’extirpe difficilement de la période d’austérité de l’après-guerre et ne fait que lorgner timidement vers une modernité encore fantasmée. Mais aussi pour Jenny, cette adolescente sage mais sûre d’elle qui rêve secrètement d’aventure tandis que ses parents la voient déjà à Oxford.

Lone Scherfig prend le contrepied de la chronique sociale à laquelle prête son sujet en établissant ce lien entre l’individu et son époque de manière étonnamment légère. Alors que le thème de la perte de l’innocence d’une jeune fille est généralement associé à la tragédie, le film est une comédie dramatique dont les fréquentes notes d’humour surviennent parfois aux moments les plus inattendus. Les dialogues y sont percutants, l’ambiance y est colorée et chaleureuse, empreinte de cette effervescence que l’on associe aux sixties dès que les nouveaux « amis » de Jenny apparaissent à l’écran.

Ce qui fait la force d’Une éducation, c’est la bienveillance du regard que la réalisatrice porte sur tous ses personnages, bienveillance qui va jusqu’à se muer plus d’une fois en tendresse amusée. Cela vaut bien sûr pour Jenny, qui se jette à la fois naïvement et consciemment dans la gueule du loup quitte à décevoir ses parents, mais aussi pour David, le trentenaire peu scrupuleux qui la séduit interprété par l’excellent Peter Sarsgaard.

Et comme absence de jugement ne signifie pas absence de point de vue, Lone Scherfig réussit par ce biais là où tant d’autres ont échoué, soit à capturer le mélange de simplicité et de complexité d’une telle relation sans jamais sombrer dans le manichéisme. Jenny veut devenir une femme, David souhaite rester éternellement immature ; tous deux aspirent à davantage de liberté dans ce monde étriqué qui ne leur correspond pas.

Néanmoins, le film ne saurait se résumer à l’apprentissage sentimental et sexuel d’une adolescente rebelle. Plus généralement, le titre Une éducation renvoie à l’apprentissage de la vie, avec les choix parfois malheureux que cela implique. Au début des années 60, une jeune fille peut décider d’entrer à Oxford et d’y étudier sérieusement : mais cela en vaut-il la peine, quand ses parents se montrent prêts à abandonner toute ambition pour elle avec les meilleures intentions du monde dès l’instant où elle semble avoir trouvé un bon parti ?

Outre la réalisation dynamique de Lone Scherfig, Une éducation nous régale d’un casting de choix (Alfred Molina, Emma Thompson, Olivia Williams, Dominic Cooper, tous remarquables) dominé par la pétillante Carey Mulligan, entrevue précédemment dans l’un des rôles secondaires d’Orgueils et préjugés de Joe Wright. Agée de 22 ans au moment du tournage, elle se glisse avec une aisance et une grâce incroyables dans la peau de l’insaisissable Jenny, tour à tour ado capricieuse et femme fatale mutine façon Audrey Hepburn. Nominée aux Golden Globes 2009 pour sa prestation mémorable, elle sera prochainement l’héroïne d’un nouveau remake de… My Fair Lady. Un hasard ?…

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 2 février 2010

 

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