Critique : ‘Une vieille maîtresse’, de Catherine Breillat

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En adaptant la nouvelle de Barbey d’Aurévilly, Catherine Breillat amorce un tournant évident dans une carrière déjà bien remplie. Moins radical et donc sujet à controverse que Romance X et Anatomie de l’Enfer, Une Vieille Maîtresse est tourné plus ouvertement vers le « grand public », comme la réalisatrice le laisse entendre elle-même – et comme le prouve le budget autrement plus conséquent du film eu égard aux précédents. Une nouvelle orientation qui ne diminue en rien l’intérêt de l’entreprise, au contraire. Elégant, captivant, parfois tragique mais non dénué d’un certain humour, Une Vieille Maîtresse célèbre la passion dans toutes ses contradictions.

Avec Une Vieille Maîtresse, Catherine Breillat se donne les moyens de ses exigences comme de ses fantaisies. Les comédiens sont vêtus de costumes somptueux et évoluent dans de superbes intérieurs feutrés et finement décorés, tandis que le tout est encore rehaussé par la très belle photographie de Yorgos Arvanitis, fidèle collaborateur de la réalisatrice. Mais il est vrai qu’elle est aussi et surtout bien aidée par le choix judicieux de ses deux comédiens principaux, dont les personnalités à l’écran s’opposent et se complètent en dégageant une impression de rare harmonie.D’un côté, Asia Argento en Vellini, femme fatale au tempérament de feu et à la volonté inébranlable, et de l’autre Fu’ad Ait Aattou en Ryno de Marigny, dandy libertin au visage d’ange dont le charme ravageur dissimule un caractère profondément indécis.

A travers le destin étrange de ces jeunes « vieux amants », qui se quittent pour toujours se retrouver, la cinéaste dresse la peinture d’une passion synonyme à la fois d’enfermement et de liberté totale, et ce au sein d’un contexte pourtant particulièrement répressif en matière de mœurs.

Si le sexe tient une fois encore une place très importante dans ce film du renouveau, il s’exhibe sous une forme vivante, presque apaisée, sans pour autant que la cinéaste néglige de transmettre quelques messages féministes discrets mais bien sentis – au moment du mariage de Ryno et Hermangarde, notamment. Car malgré les drames collatéraux occasionnés par les hauts et les bas de cette relation fusionnelle – et dont la promise de Ryno, Hermangarde (Roxane Mesquida, parfaite en jeune femme pure et innocente), est la première à souffrir – c’est un sentiment de joie immense que l’on retient de cette délicieuse « fable immorale » contée avec intelligence, justesse et simplicité. Une réussite de tous les instants.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 7 janvier 2008

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