Critique : ‘We Want Sex Equality’, de Nigel Cole

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Inspiré de la lutte historique menée en 1968 par les ouvrières anglaises de Ford pour obtenir l’égalité des salaires entre hommes et femmes, We Want Sex Equality envisage son sujet sous tous les angles à travers l’impact de l’action militante sur la vie personnelle de son héroïne mais aussi sur le fonctionnement de l’entreprise et sur la politique du pays. Partant de l’expérience individuelle des ouvrières pour ancrer finalement leur combat dans l’Histoire du pays, We Want Sex Equality est une ode au courage de défendre ses convictions et doit beaucoup à son actrice principale, Sally Hawkins, formidable de naturel et d’authenticité.

Inspiré de la lutte historique menée en 1968 par les ouvrières anglaises de Ford pour obtenir l’égalité des salaires entre hommes et femmes, We Want Sex Equality arrive (à un jour près) à point nommé pour la journée de la femme. Il faut sacrément du courage pour militer pour une cause, si juste soit-elle, et affronter tous les niveaux de résistance qui se posent comme autant d’obstacles au changement des mentalités. Des résistances économiques et politiques mais aussi sociologiques et psychologiques.

Ainsi, à travers le combat de Rita O’Grady (Sally Hawkins), une simple ouvrière qui, scandalisée par l’exploitation dont elle et ses pairs font l’objet, se découvre des qualités de leader politique, We Want Sex Equality envisage l’impact de son action militante sous tous les angles, qu’il s’agisse de sa vie personnelle ou de celle des autres ouvriers (hommes ou femmes), du fonctionnement de l’entreprise Ford mais aussi de l’économie du pays et de l’orientation politique de son gouvernement. En somme, le film va de l’infiniment petit (gros plans sur les mains des ouvrières travaillant dans leur atelier insalubre) à l’infiniment grand (la politique d’un pays) en saisissant la portée historique d’un combat qui a bouleversé la condition féminine dans les pays industrialisés.

Sous des dehors de comédie dramatique misant avant tout sur son sujet, son humour vif à l’anglaise et ses prestations d’acteurs, We Want Sex Equality possède bien d’autres atouts que l’on ne remarque pas forcément au premier coup d’œil, tant le réalisateur s’attache avec humilité à s’effacer derrière son sujet. La mise en images du conflit et la direction des acteurs s’avèrent pourtant extrêmement précis, notamment dans les confrontations entre les ouvrières et les chefs syndicalistes, au cours desquelles le langage corporel et le regard de chacun en disent long sur les rapports de force qui se jouent au-delà des mots.

Au passage, les représentants syndicaux ne sont pas toujours représentés sous leur meilleur jour, le film s’attachant à montrer le contraste entre le conflit patrons/syndicats tel qu’il est vu par les media et les accords souterrains et manipulations qui se produisent en coulisse.

Outre son scénario habilement construit, auquel on reprochera tout juste quelques légers accès de naïveté dans la dernière partie, We Want Sex Equality brille par son judicieux casting, emmené par une Sally Hawkins (Be Happy) formidable de naturel et criante de vérité. La comédienne est entourée d’une brochette d’acteurs tous plus convaincants les uns que les autres, de Bob Hoskins à Miranda Richardson en passant par Geraldine James et Rosamund Pike (décidément sous-exploitée à Hollywood).

En plus d’être l’un des meilleurs films féministes de ces dernières années, We Want Sex Equality délivre un message universel, une ode émouvante au courage de défendre ses idées et au pouvoir de changer le monde par la force de sa conviction. Il reste à espérer qu’il ne faudra pas attendre quarante ans pour que d’autres films se penchent sur les formes de discriminations subies encore actuellement par les femmes dans le monde du travail…

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 9 mars 2011

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