Critique : ‘Hitcher’ 2007, (encore) un remake inutile

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Enième remake d’un classique du cinéma d’horreur américain comme Hollywood semble les affectionner ces temps-ci, pour le meilleur comme pour le pire, Hitcher version 2007 s’évertue tant bien que mal à extraire quelque chose de nouveau du long métrage abouti que Roger Harmon signait en 1985, avec Rutger Hauer dans le rôle titre. Peine perdue ? Malheureusement, oui.

Jim et Grace se préparent à passer de belles vacances au soleil. Malheureusement, une seule seconde d’inattention suffit à Jim pour percuter un inconnu planté en plein milieu de la route, en pleine nuit et sous une pluie battante. Tandis que l’homme se relève et se dirige vers eux, les deux jeunes gens décident finalement de repartir au plus vite. Quelle n’est pas la surprise de Jim lorsqu’il reconnaît l’inquiétant personnage à la caisse de la station service la plus proche. Pris de remords, il accepte de prendre ce dernier en stop, au grand désespoir de Grace…

hitcher2007_08Tout le monde sait qu’il n’est pas de tenue plus confortable qu’une extra-minijupe pour parcourir une longue distance en voiture par temps de chaleur. C’est en tout cas ce que le réalisateur Dave Meyers tente de nous faire avaler pour justifier de filmer son héroïne de la manière la plus racoleuse possible durant une bonne heure trente qui en paraît aisément le double. A l’issue de la projection, il semblerait presque qu’il s’agit là de l’unique raison pour laquelle un remake du très sympathique Hitcher de Robert Harmon a été mis en chantier.

Le visage déformé par un insupportable rictus plaintif, Sophia Bush (l’une des pimbêches de John Tucker doit mourir) s’emploie comme elle peut à essayer de nous communiquer la peur panique qui torture son personnage dès lors que John Ryder (Sean Bean) surgit dans la vie du couple insipide qu’elle forme avec Zachary Knighton. Ces efforts louables resteront malheureusement vains, même lorsque l’actrice, encore vêtue de sa tenue ridicule, se métamorphose soudainement en membre des commandos, prête à tout dégommer sur son passage.

Il faut dire que le Hitcher en question a beau dévoiler assez rapidement son jeu – soit au bout d’un quart d’heure ou presque – , il n’est pas simple de s’en débarrasser. A grands coups de baoum ! et de vlan !, bruitages incontournables du cinéma d’épouvante américain moderne, l’énergumène s’ingénie à terroriser nos héros à tout bout de champ, où qu’ils se trouvent, ce qui, soit dit en passant, ne laisse guère de place au suspense.

hitcher2007_09Hitcher est l’exemple type de cette dérive impersonnelle qui affecte le genre aux Etats-Unis depuis quelque temps. Bien photographiés, correctement cadrés et dotés de moyens suffisants pour en mettre plein la vue (le film de Dave Meyers s’autorise d’ailleurs une coûteuse course-poursuite en voiture mettant à contribution des hélicoptères), ces produits de consommation à base de lynchage de jeunes gens bêtes et insouciants s’appuient sur des effets tellement similaires et surlignés au feutre épais qu’ils se montrent incapables de générer la moindre tension.

L’un des derniers en date, Massacre à la tronçonneuse : au commencement, inutile remake d’un remake réussi (oui, vous avez bien lu), présentait dans une moindre mesure les mêmes défauts affligeants en dépit d’une volonté affichée de créer une atmosphère glauque et oppressante. Hitcher n’apporte aucune pierre supplémentaire à cet édifice déjà branlant.

Sean Bean, qui n’est pas à blâmer dans l’affaire, ne fait jamais peur un seul instant. Pire, en choisissant de lui donner comme principal adversaire la bimbo Grace au lieu de Jim, les trois scénaristes dévoient complètement le sens du film original, dans lequel le duel entre C. Thomas Howell et Rutger Hauer s’apparentait à la lutte d’un jeune homme encore peu sûr de lui contre la figure du père castrateur. La fin du film de Roger Harmon laissait d’ailleurs planer une ambiguïté toute psychanalytique : John Ryder n’existe-t-il pas seulement dans la tête de Jim ?

hitcher2007_10Le crû 2007 ne s’embarrasse pas de telles réflexions et nous ramène au schéma classique de la jeune femme terrorisée par un homme violent qui la poursuit. Idée lassante s’il en est. La célèbre scène d’écartèlement subit en conséquence une modification notable, pour renvoyer à une signification tout autre qui brille par sa banalité. Quoiqu’il en soit, le John Ryder qu’incarne Sean Bean a tout de même tendance à susciter davantage de sympathie que nos deux voyageurs imprudents.

Il serait temps que les scénaristes et réalisateurs comprennent que l’exposition des personnages représente une étape cruciale dans ce genre de films, et qu’elle ne saurait se résumer à deux minutes de batifolage hilare sur la banquette avant d’une voiture. Soyons clair : on se contrefiche du début à la fin de ce qui pourra arriver à Jim et Grace, tant le réalisateur semble n’éprouver lui-même aucun intérêt ni empathie pour eux. A partir de là, comment supporter le massacre qui suit sans ressentir un ennui profond ?… C’est là toute la question.

Bourrin et hystérique, pauvrement adapté du matériau d’origine malgré quelques tentatives évidentes de s’en démarquer, Hitcher 2007 est un produit oubliable dont on ne retiendra qu’un seul conseil : passez votre chemin.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 16 avril 2007

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