Critique : ‘Inception’, de Christopher Nolan

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Christopher Nolan réitère l’exploit de The Dark Knight en délivrant tout simplement l’un des thrillers d’action les plus fascinants de ces dernières années. Si la première heure semble au premier abord déverser une avalanche d’informations et de concepts, c’est pour mieux nous préparer à la scène d’action titanesque qui occupe la dernière heure et demie du film, déployant des trésors d’inventivité avec une maîtrise de la narration proprement stupéfiante. Passionnant mais aussi extrêmement divertissant, Inception offre un mélange virtuose de science-fiction de haute volée, de film d’action haletant et de drame émotionnel et ambigu, le tout porté par un casting brillant mené par Leonardo DiCaprio. Véritable concentré de génie dopé à l’adrénaline, Inception est le film que les amateurs de science-fiction attendaient depuis longtemps.

Deux ans après l’excellent The Dark Knight, classique instantané du thriller d’action en général et du film de superhéros en particulier, on attendait avec un mélange de curiosité, d’impatience et de crainte ce que Christopher Nolan allait nous concocter. Le cinéaste serait-il capable de réitérer l’exploit ? Le premier bon pressentiment venait de sa démarche de proposer une idée originale, chose de plus en plus rare dans le monde étriqué des blockbusters américains, où la mode est aux séries, aux remakes ou aux reboots, ou dans le meilleur des cas aux adaptations de comic books à succès, afin de minimiser les risques. Seconde raison de se réjouir, le retour d’une grande partie de l’équipe technique de The Dark Knight (productrice, chef opérateur, compositeur, etc.) aux côtés de Christopher Nolan qui se paie en outre le luxe d’un casting particulièrement talentueux – Leonardo DiCaprio, Marion Cotillard, Joseph Gordon-Levitt et Ellen Page (pour ne citer qu’eux) en tête d’affiche, on a connu pire.

A l’arrivée, Inception répond non seulement aux attentes suscitées par ses énigmatiques bandes-annonces mais les surpasse de très loin. Sorte de concentré de génie dopé à l’adrénaline, Inception nous propose un mélange virtuose de science-fiction de haute volée, de film d’action ultra inventif et de drame émotionnel. Un vrai tour de force.

La première heure d’Inception présente pourtant le même « défaut » que celle de The Dark Knight, à savoir de délivrer une avalanche d’informations et de concepts au moyen d’un montage quelque peu elliptique menaçant plus d’une fois de nous laisser sur le carreau. Pourtant, et là encore comme dans The Dark Knight, le fil directeur maintient sa limpidité et la mise en place presque démonstrative s’avère indispensable pour la suite. En l’occurrence ici, l’univers du film se déploie comme une toile complexe qui nous prépare à la gigantesque scène d’action qui occupera la dernière heure et demie de bobine.

En construisant Inception comme un film de casse, à ceci près que le butin serait une idée à implanter dans l’esprit d’un sujet, Christopher Nolan ne manque pas d’audace ni d’ambition. Et il peut se le permettre puisque son film repose sur une maîtrise de la narration proprement stupéfiante, notamment lorsque plusieurs séquences s’imbriquent les unes dans les autres pour former un tout étonnamment cohérent alors qu’elles se déroulent à des échelles temporelles différentes.

Le cinéaste a également le bon goût d’assumer pleinement la portée ultra divertissante de son film en lui insufflant un rythme haletant à travers des séquences d’action dignes des meilleurs James Bond (nous avons droit à une poursuite à pied, puis en voiture, en motoneige, etc.), le tout sans oublier de laisser libre cours à des fantaisies visuelles souvent vertigineuses. Outre une incroyable scène d’action menée par Joseph Gordon-Levitt et reposant sur des bouleversements en chaîne de la pesanteur, on retiendra les multiples transformations de paysages urbains, fascinantes, cependant que la mégalopole en ruine et certains éléments de décor (la porte blindée qui renferme un lourd secret) peuvent passer pour des réminiscences d’Akira.

Si les nombreuses mises en abyme s’avèrent passionnantes, à l’instar des considérations sur la construction du monde des rêves qui renvoient explicitement aux sensations de l’artiste en pleine création, Inception a le bon goût de ne pas réitérer l’erreur de Matrix en évitant de nous asséner un cours de philo pour débutants. L’intelligence de la démarche se situe précisément ici, comme pour faire écho à l’idée maîtresse du film : Inception plante sans en avoir l’air des germes d’idées dans l’esprit du spectateur, préparant le terrain pour abattre sa dernière carte lors d’un final qui entretient juste ce qu’il faut de doutes pour stimuler l’imagination et engendrer de multiples interprétations.

Si les intentions fonctionnent aussi bien, c’est parce que le moteur du récit se situe avant tout sur un plan émotionnel. Au cœur de ce petit jeu de poupées russes entre les rêves, la quête de Cobb, anti-héros tourmenté par la culpabilité et les regrets et qui se livre malgré lui à une quête intérieure dont les ressorts renvoient directement à Memento, l’étrange film qui avait fait connaître Christopher Nolan il y a dix ans. Le cinéaste réaffirme à ce titre son goût pour les personnages torturés par la perte d’une femme qu’ils n’ont pas pu sauver, un thème que l’on retrouve aussi dans The Dark Knight.

Leonardo DiCaprio délivre une prestation au sommet, alliant comme à son habitude l’intensité et la complexité avec une véritable capacité à inspirer l’empathie. Les scènes qu’il partage avec Marion Cotillard (décidément poursuivie par le fantôme d’Edith Piaf) s’avèrent très poignantes, en plus de reposer sur des idées poétiques telles que la métaphore de l’ascenseur navigant entre les différents niveaux de conscience ou de refoulement. Le reste du casting habite le film avec la même aisance, de la très douée Ellen Page au talentueux Joseph Gordon-Levitt, en passant par Ken Watanabe, Tom Hardy (échappé de Bronson) et Cillian Murphy (évadé d’Arkham Asylum dans les Batman). Véritable concentré de génie dopé à l’adrénaline, Inception est LE film que les amateurs de science-fiction n’espéraient plus depuis longtemps.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 9 juillet 2010

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