Critique : ‘Max et les Maximonstres’, de Spike Jonze

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Bercé par une poésie visuelle palpable à chaque plan, Max et les Maximonstres saisit tout le potentiel dramatique et onirique du conte de Maurice Sendak pour délivrer une vision sans concession de l’enfance, à travers ses moments d’insouciance mais aussi ses peurs, ses blessures. Évitant les pièges de la leçon une morale démonstrative, Spike Jonze pose sa caméra à hauteur d’enfant et projette le spectateur dans le tourbillon des émotions changeantes de Max (le jeune Max Records, formidable), avec une énergie et un grain de folie libérateurs. Un maxi-beau film sur l’enfance.

A neuf ans, un enfant questionne le monde qui l’entoure, cherche l’attention des autres tout en étant mû par un perpétuel besoin d’exploration. A neuf ans, un enfant tente de dompter ses propres émotions, qui vont de la joie incontrôlée à la mélancolie, de la peur d’être mangé à une subite envie de violence. A neuf ans, un enfant court dans tous les sens, crie de toutes ses forces, joue jusqu’à l’épuisement. Max a neuf ans. A la fois hyperactif et hypersensible, il déborde d’imagination mais peine à trouver des compagnons de jeu, entre une mère attentionnée mais stressée par son travail et une sœur adolescente qui se désintéresse de lui. Nous avons tous eu neuf ans. Et si beaucoup d’entre nous ont oublié ce mélange doux-amer d’émotions aussi extrêmes que fugaces, Spike Jonze, lui, s’en souvient encore et a décidé de les convoquer le temps d’un film, Max et les Maximonstres. Rares sont les œuvres qui abordent les préoccupations de l’enfance avec sincérité et sans aucune condescendance ; Max et les Maximonstres est de celles-ci.

Spike Jonze donne admirablement vie au conte de Maurice Sendak, dont il saisit toute le potentiel dramatique et onirique pour l’extrapoler à sa manière. Après un début ancré dans le quotidien aboutissant à la fugue de Max (Max Records) suite à une violente dispute avec sa mère (Catherine Keener), Max et les Maximonstres laisse entrer le fantastique au moyen de la séquence magique de la traversée de la mer par le petit garçon, la tempête prenant une dimension à la fois inquiétante et salvatrice tout en préfigurant du caractère surnaturel de la suite – la découverte de l’île et des créatures étranges.

Nouant des rapports subtils et imprévisibles avec Max, devenu leur roi par un coup de bluff, les Maximonstres symbolisent chacun une ou plusieurs de ses émotions, de son envie de s’ouvrir aux autres à sa colère face à l’incompréhension de son entourage, en passant par son besoin de créer, de détruire, de se bagarrer ou encore de sentir ses liens avec le monde animal. Doublés par des comédiens de première classe (James Gandolfini, Forest Whitaker, Paul Dano…), les Maximonstres dont les visages évoquent un peu Falkor de L’Histoire Sans Fin sont interprétés par des acteurs en costumes même s’ils bénéficient d’une palette d’expressions étonnante grâce au miracle de l’animation de synthèse.Le parti pris osé de revenir vers la culture désuète du costume-peluche (depuis les années 80, seuls les Japonais ont conservé cette tradition) parle de lui-même : à aucun moment le réalisateur de Dans la Peau de John Malkovich et Adaptation ne semble s’être préoccupé du public cible de Max et les Maximonstres, et c’est sans doute pour cela qu’il en émane une telle fraîcheur.

De par son approche sans concession de l’enfance, dépeinte à travers son insouciance mais aussi ses blessures et ses peurs, Max et les Maximonstres autorise différentes lectures selon les publics, évitant le piège de dégager une morale surlignée au stabilo comme l’aurait fait un Disney tout en voyant grandir son personnage.

Portée par une poésie palpable à chaque plan (l’utilisation de la lumière du soleil est simplement sublime), la mise en scène de Spike Jonze ne se contente pas d’explorer l’univers visuel de l’œuvre, dont les couleurs dominantes évoquent un retour à l’état sauvage, mais pose sa caméra à hauteur d’enfant, projetant le spectateur dans le tourbillon des émotions de Max. Le cinéaste se permet d’ailleurs quelques audaces, à commencer par des champs-contrechamps symétriques, centrés sur l’enfant vu de dos puis de face en pleine course. Les scènes physiques sont à ce titre libératrices et donnent envie de hurler tout son soûl avec le garçon en costume de loup.

Véritable révélation, le jeune Max Records porte le film sur ses petites épaules, déployant une richesse de jeu qu’il est rare de trouver chez un comédien de son âge, qui plus est non professionnel, comme s’il ne jouait pas mais vivait cette histoire rocambolesque, cette ode à l’apprentissage de la vie. Et nous de nous laisser bercer par les morceaux de Karen-O, qui parlent directement à nos cœurs. C’est bien simple, ceux qui n’ont pas enterré leur part d’enfance, ou le Maximonstre tapi au fond d’eux-mêmes, seront conquis de manière inconditionnelle par ce conte pas toujours optimiste mais débordant d’énergie et de chaleur humaine.

Elodie Leroy

Article publié le 4 décembre 2009 sur Filmsactu.com, dans le cadre d’un Pour/Contre face à Kevin Prin

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