Critique : ‘Reviens-moi’ (Atonement), de Joe Wright

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Deux ans après Orgueil et Préjugés, le réalisateur britannique Joe Wright se lance dans une nouvelle adaptation, celle du célèbre roman Expiation de Ian McEwan. Porté par des comédiens en état de grâce parmi lesquels Keira Knightley et James McAvoy font des merveilles, Reviens-moi est un drame puissant sur fond de Seconde Guerre Mondiale, qui brille tout autant par sa mise en scène, somptueuse, que par son intensité émotionnelle. Un chef d’œuvre.

A trente-cinq ans seulement, Joe Wright devenait en septembre 2007 le plus jeune cinéaste de l’Histoire à avoir vu l’un de ses films assurer l’ouverture du Festival de Venise. Aujourd’hui, le second long métrage du réalisateur d’Orgueil et Préjugés est l’un des favoris aux Golden Globes 2008 et pourrait bien bouleverser la donne aux prochains Oscars. Un engouement qui s’avère loin d’être usurpé : Reviens-moi est une petite merveille.

Adapté du roman Expiation de Ian McEwan, Reviens-moi débute dans l’Angleterre de 1935, au sein de l’immense propriété de la famille Tallis. Cette dernière vit isolée de tout, dans l’inconscience de la tempête qui est sur le point de s’abattre sur le monde.

Structuré en trois parties, chacune se déroulant à un moment clé de la vie de Briony Tallis, le récit introduit tout d’abord les trois personnages amenés à occuper le devant de la scène à travers leur quotidien dans la luxueuse demeure. La première partie nous plonge ainsi successivement dans le petit monde de Briony (Saoirse Ronan), de sa sœur Cecilia (Keira Knightley) et de Robbie (James McAvoy), le fils de la gouvernante.

Brisant d’emblée la linéarité de la narration, Wright n’hésite pas à répéter certaines séquences pour les aborder selon différents points de vue, une approche subjective qui permet à chacun des protagonistes de susciter une empathie immédiate. Qu’il s’agisse de l’étreinte sensuelle de Cecilia et Robbie dans la bibliothèque, ou du choc d’une adolescente face aux élans amoureux des adultes, Joe Wright capture la complexité des émotions de ses personnages et imprime à chaque image une intensité saisissante. Son sens inné du cadrage s’accompagne d’une esthétique raffinée, elle-même employée à des fins narratives au même titre que la composition musicale très inspirée de Dario Marianelli.

Une blessure, un mensonge, et la vie de trois personnes bascule irrémédiablement. Reviens-moi parle d’amour impossible, du poids des différences sociales, des ravages de la guerre mais aussi de rédemption. Autant de thématiques qui auraient pu paraître banales entre les mains d’un autre cinéaste, mais qui, dans Reviens-moi, atteignent le plus profond de notre être comme si l’on en découvrait les enjeux pour la première fois. Renouveler le genre mille fois visité du drame romantique sur fond historique n’avait pourtant rien d’évident.

Si la magie opère à ce point, c’est non seulement grâce aux qualités artistiques remarquables du film mais aussi à un casting particulièrement bien choisi. Joe Wright se montre plus que jamais inspiré par Keira Knightley, comédienne décidément douée dont le registre ne cesse de s’élargir avec les années. Face à elle, James McAvoy (Narnia, Le Dernier Roi d’Ecosse) remporte immédiatement l’adhésion dans le rôle de Robbie, personnage particulièrement attachant, tandis que les trois actrices qui incarnent Briony (Saoirse Ronan, Romola Garai et Vanessa Redgrave) participent chacune à apporter une grande profondeur à cette dernière.

Épaulé par le scénariste Christopher Hampton (Les Liaisons Dangereuses) qui effectue un formidable travail d’adaptation, Joe Wright explore la conscience d’êtres tourmentés, la guerre prenant dans la seconde partie du film une dimension éminemment allégorique. Ainsi, à l’univers surprotégé de l’enfance de Briony s’opposent la dureté et le sordide des hôpitaux accueillant les blessés de guerre, les maquillages s’avérant à ce titre étonnants de réalismes, ce qui donne lieu à des images assez corsées.

Évoquée à travers un nombre limité de scènes et de décors, la Seconde Guerre Mondiale se révèle surtout à travers un long plan séquence de plus de cinq minutes qui risque bien d’entrer dans l’Histoire. Filmé en steadycam et dévoilant plus de deux mille soldats sur la plage de Dunkerque, ce plan ne se contente pas d’être une impressionnante prouesse technique mais marque aussi les esprits pour son extraordinaire richesse narrative. C’est toute la guerre qui semble nous êtres contée à travers ces images dont se dégage un mélange d’horreur, de désolation mais aussi d’espoir. Quand la virtuosité formelle rencontre la puissance émotionnelle, on peut dire que l’on est face à un chef d’œuvre.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 7 janvier 2008

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