Critique : ‘Terminator Renaissance’, de McG

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Après avoir suscité une attente monstrueuse de la part des amateurs de science-fiction en général et des inconditionnels de James Cameron en particulier, le phénomène Terminator Renaissance n’aura finalement pas lieu et c’est un simple blockbuster d’action calibré pour l’été hollywoodien qui nous est offert. Un film efficace mais impersonnel, brillant par quelques fulgurances dans les scènes d’action mais handicapé par une écriture indigente, une réalisation dénuée d’inspiration et un montage trop rapide pour lui permettre de décoller. Terminator Renaissance demeure un divertissement plaisant à regarder mais nous attendions tellement plus.

Depuis l’annonce de la mise en chantier de Terminator Renaissance qui fait suite à un troisième épisode raté même si excessivement conspué, les rumeurs et spéculations en tous genres n’ont cessé de circuler à son sujet. Il y a eu tout d’abord les discussions autour de la présence de McG au poste de réalisateur, le bonhomme s’étant surtout illustré par ses Charlie’s Angels, deux blockbusters qui ne le prédisposaient pas particulièrement à s’attaquer à l’univers de James Cameron mais qui avaient pour mérite de dénoter d’un certain jusqu’auboutisme. Il y a eu ensuite les polémiques autour de la caution accordée ou non par James Cameron et bien sûr les paris sur la participation respective d’Arnold Schwarzenegger et de Linda Hamilton au projet. Parallèlement, les premières images dévoilées à travers les bandes annonces et dessins de production avaient de quoi faire naître les rêves les plus fous, de par l’univers foisonnant et visuellement chiadé qui s’en dégageait, en plus de son casting alléchant.

A l’arrivée, ce quatrième opus de la saga Terminator s’impose comme un divertissement honnête mais c’est tout. Ce n’est ni le chef d’œuvre désiré ni le bide que l’on pouvait craindre, simplement un produit efficace mais impersonnel.

S’il est un reproche majeur que l’on pourra faire à Terminator Renaissance, c’est bien l’absence frappante d’intensité qui caractérise ces 1h48 de bobine. Un encéphalogramme plat que l’on doit à une réalisation dénuée d’inspiration, donnant parfois l’impression d’assister à un téléfilm plaisant plutôt qu’à un vrai film de cinéma. Ce qui est d’autant plus rageant qu’il est perceptible que le cadre narratif et le style visuel ont donné lieu à un véritable travail. Or cet univers est bel et bien là, sous nos yeux, mais reste désespérément sous-exploité, faute d’un réel soutien au niveau de l’écriture et de la réalisation. McG ancre son histoire dans un décor, visions post-apocalyptiques d’une Terre morte, mais oublie de le filmer alors même qu’il cite La Route de Cormac McCarthy, avec son esthétique de désolation et ses gangs sans foi ni loi. McG ébauche des personnages qui ont du vécu mais oublie de les faire vivre à l’écran alors qu’il prétend parler d’humanité. En d’autres termes, Terminator Renaissance est un concentré de propositions passionnantes mais dont les enjeux ne vont guère plus loin que ce qui était déjà ébauché dans la bande annonce.

Qu’il s’agisse des conflits qui opposent John Connor en leader progressiste de la Résistance à ses supérieurs conservateurs, des tourments existentiels de Marcus Wright, dont les origines temporelles offrent un effet de miroir sympathique avec les voyages des Terminators dans les précédents volets, ou même du face-à-face très attendu entre Connor et Wright, le film se contente d’expédier ses thématiques en deux ou trois répliques avant de passer abruptement à la scène suivante. Terminator Renaissance oublie de prendre son temps, la faute à un découpage trop rapide primant l’efficacité du rythme au détriment de la substance, un montage de producteurs dans lequel il semble manquer une bonne demi-heure de développement.

Non seulement l’intrigue pure n’en ressort guère grandie, d’autant que les dialogues pèchent plus d’une fois par excès de simplisme, mais les personnages en souffrent eux aussi énormément. Christian Bale, que l’on attendait beaucoup dans le rôle de John Connor, se révèle étonnamment monolithique, voire crispé, tandis que ses acolytes ne sont que des ombres (Common en tête). De son côté, Sam Worthington réussit à tirer quelques élans d’empathie le temps d’une ou deux séquences mais son idylle avec Blair (Moon Bloodgood) reste trop superficiellement abordée pour provoquer la moindre émotion. A la réflexion, on se demande s’il n’aurait pas été judicieux d’inverser les rôles entre Bale et Worthington : le premier aurait apporté plus de tripes aux tourments de Marcus, le second aurait fait un Connor moins dur, rappelant davantage la coolitude d’Edward Furlong dans Terminator 2.

Parmi les personnages secondaires cependant, Anton Yelchin (Star Trek) tire son épingle du jeu grâce à une interprétation plus vivante, s’imposant comme un Kyle Reese adolescent tout à fait crédible. On regrette presque qu’il ne soit pas le héros du film. Reese forme d’ailleurs un duo pittoresque avec une enfant dont le mutisme n’est pas sans évoquer Newt dans Aliens. La comparaison s’arrêtera là puisque la SF de studio d’aujourd’hui, c’est-à-dire post-Matrix, s’avère décidément bien trop sage pour se mesurer aux productions américaines des années 80 – classé PG13, Terminator Renaissance montre timidement quelques gouttes de sang.

Sur le plan de l’action, car c’est aussi cela que l’on vient voir dans un Terminator, McG et son équipe d’effets spéciaux concentrent leurs efforts sur les scènes les plus ambitieuses et nous délivrent quelques moments généreux, soutenus par un « bestiaire » de machines sympathique. On notera quelques incrustations bâclées ça et là, mais celles-ci se font oublier dès lors que survient le temps fort du film, à savoir l’attaque d’une station service par un robot titanesque, suivie d’une course poursuite impliquant les moto-terminators et donnant lieu à quelques plans donnant la part belle à des mouvements démentiels. On aime. Mais l’effet visuel le plus réussi reste l’apparition surprise – ou presque – d’Arnold Schwarzenegger, accompagné du légendaire thème musical de la saga Terminator.

A ce titre, on ne doute pas une seule seconde que McG connaisse l’univers créé par James Cameron sur le bout des doigts, le film fourmillant de références et de clins d’œil plus ou moins habilement amenés mais dans l’ensemble assez fun. Mais faire un bon film s’adressant aux initiés tout en satisfaisant le cahier des charges très serré des blockbusters actuels, qui exige notamment que celui-ci soit accessible à tous les publics, y compris les plus jeunes, était peut-être une mission impossible (sauf si l’on s’appelle J.J. Abrams). En voulant faire plaisir à tout le monde, McG ne réussit pleinement sur aucun tableau et se contente de niveler son film par le bas, délivrant un produit sans âme, à l’image de sa bande son qui plombe l’atmosphère tout au long du métrage.

Pas de quoi mettre en danger les deux chefs d’œuvre de James Cameron, qui restent décidément indémodables. Alors oui, Terminator Renaissance nous a déçus malgré ses quelques qualités. Mais nous en attendions peut-être trop.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 27 mai 2009

 

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