Critique : ‘The Proposition’, de John Hillcoat

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Il aura fallu quatre ans et le succès critique mondial de La Route pour que The Proposition, du même auteur, parvienne jusqu’à nos écrans. Servi par le scénario remarquablement écrit de Nick Cave et baigné dans une atmosphère oppressante, ce western australien développe des personnages complexes et imprévisibles et confronte la violence viscérale d’un univers barbare avec quelques instants de pure poésie. Le meilleur film à ce jour de John Hillcoat, un metteur en scène à suivre de très près.

Première précision : en dépit de similitudes évidentes entre les deux titres, The Proposition n’a absolument rien à voir avec la récente comédie romantique La Proposition (en anglais, The Proposal) avec Sandra Bullock. Cette éventuelle confusion levée, si nous vantions récemment dans nos colonnes les qualités de La Route, de John Hillcoat, le western australien qui nous intéresse aujourd’hui et qui est signé du même réalisateur s’avère encore supérieur au road movie post-apocalyptique avec Viggo Mortensen – et ce n’est pas peu dire. On regrette juste que l’objet ne nous soit pas parvenu plus tôt puisque le film date de 2005.

theproposition_04Plantant son décor dans l’Australie du XIXe, The Proposition nous plonge dès les premières minutes de bobine dans une ambiance tendue à travers une séquence au cours de laquelle un policier va soumettre un hors-la-loi au plus odieux des chantages : retrouver et livrer son frère aîné pour sauver son frère cadet. En dépit des apparences, The Proposition est loin de se résumer à une simple fantaisie reposant sur l’opposition entre représentants de l’ordre corrompus et gangsters pas si méchants. Le film dépeint un univers cruel gangrené par la violence, dominé par la loi du plus fort, et dont les habitants se débattent contre des questions morales insolubles.

A la découverte de The Proposition et de son monde barbare dans lequel le simple fait d’avoir des principes semble être devenu un luxe, il n’est guère difficile de comprendre pourquoi John Hillcoat a été attiré par La Route de Cormack McCarthy, qui pousse à l’extrême certaines des thématiques déjà présentes dans ce western oppressant.

theproposition_02Servi par un scénario remarquablement écrit par Nick Cave, fidèle collaborateur de John Hillcoat et aussi compositeur de la musique, The Proposition baigne dans une atmosphère saisissante, qui prend littéralement aux tripes grâce à un travail visuel et sonore fouillé. Dans les extérieurs, la chaleur crade et dérangeante du climat de ces contrées hostiles en devient presque palpable, tandis que les séquences intimistes dégagent parfois une réelle puissance émotionnelle.

Au sein du casting, Guy Pearce incarne avec intensité le loup solitaire Mike Burns, qui rencontre quelques figures charismatiques telles que son bandit de frère Arthur (Danny Huston) mais aussi le chasseur de primes dégénéré interprété par John Hurt. Mais c’est surtout Ray Winstone qui tire son épingle du jeu dans le rôle du Capitaine Shanley, sans doute personnage le plus touchant et le plus ambigu du film. Tendre avec son épouse (Emily Watson, toujours impeccable) mais côtoyant la violence dans l’exercice de ses fonctions, ce dernier est à la fois celui qui déclenche les hostilités et celui qui persiste à vouloir envers et contre tous civiliser la région. A travers les contradictions de ce personnage, The Proposition nous rappelle que la civilisation a un prix, celui du sang et des larmes.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 15 décembre 2009

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