Critique : ‘Dead Snow’, de Tommy Wirkola

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S’adressant explicitement au fan du genre sans toutefois larguer le simple amateur de divertissement déjanté, Tommy Wirkola signe avec Dead Snow une comédie décomplexée mais aussi un film d’horreur gore et généreux, qui exploite pleinement le caractère grotesque de ses méchants pour donner (sadiquement) le change à des victimes bien décidées à ne pas se laisser bouffer. Soutenu par des effets spéciaux à l’ancienne et une mise en scène énergique, le film atteint une hystérie collective hilarante et jouissive dans son climax, quitte à se montrer ouvertement régressif. Et si Tommy Wirkola était le digne successeur du Sam Raimi des débuts ?

S’il est un indispensable dans la série de films d’horreur qui nous arrive tranquillement de Scandinavie depuis quelques années, c’est bien Dead Snow. Après une séquence d’ouverture surréaliste montrant une jeune fille pourchassée par de mystérieuses créatures, en rythme sur le Peer Gynt d’Edvard Grieg (l’inoubliable morceau Dans le Hall du Roi de la Montagne) comme pour marquer les origines norvégiennes du métrage, place à une succession de scènes laissant présager d’un slasher on ne peut plus classique. Oui, Dead Snow met en scène une bande de jeunes (encore !) qui s’apprêtent à passer leurs vacances dans un chalet situé en pleine montagne à proximité d’une forêt. Oui, ces jeunes ont eu la bonne idée de garer leurs voitures très loin de leur lieu de résidence, histoire de se fermer tout échappatoire possible. Oui, cette bande de joyeux lurons un peu simplets va commettre, en dépit des avertissements, un acte irréparable qui provoquera la hargne de zombies revanchards, tout comme les personnages d’Evil Dead provoquaient involontairement et par leur propre bêtise l’esprit démoniaque qui allait les harceler.

Signalons immédiatement que les héros de Dead Snow ne sont pas n’importe quels jeunes : les garçons affichent clairement des looks de geek, à commencer par celui qui porte un T-shirt Braindead. « Faut pas se faire mordre ! » recommande-t-il à ses amis lorsqu’il comprend la nature de la menace qui rôde autour du chalet – sa culture en la matière ne lui sera cependant d’aucun secours.

En prenant explicitement en complicité les aficionados du genre, Tommy Wirkola ne pouvait se contenter de délivrer une simple parodie burlesque destinée à conquérir l’audience la plus large possible et se devait de satisfaire les besoins sanguinaires d’un public dont il fait indubitablement partie. Et il le fait avec générosité puisque Dead Snow offre pleinement son comptant d’hémoglobine et de viande hachée menue, s’imposant ainsi comme un film d’horreur à part entière à la différence de nombre de comédies post-Shaun of the Dead. Tommy Wirkola exploite en outre avec un enthousiasme non dissimulé le caractère grotesque de ses méchants – une horde de créatures assoiffées de sang et adeptes de la croix gammée – pour en faire non plus seulement de simples créatures mortelles mais de véritables acteurs à part entière et donner le change à des victimes qui ont décidé de ne pas se laisser bouffer.

On est certes loin des zombies façon Romero mais il faut les voir, ces zombies nazis grognant et courant avec leurs uniformes de la Seconde Guerre Mondiale, guettant leurs proies au moyen de jumelles pour organiser leur attaque, écartelant avec application les corps et déchiquetant sadiquement les boyaux de leurs victimes.

Contrairement à la plupart des films d’horreur, les séquences d’action les plus marquantes se déroulent en plein jour et en extérieur, Tommy Wirkola tirant à ce titre parti de toutes les possibilités de son décor (montagnes enneigées, falaises, forêt), ce qui confère au métrage un souffle qu’il est rare de trouver dans des petites productions de ce genre.

Soutenu par des effets spéciaux pour la plupart traditionnels (les maquilleurs sont à l’honneur), Dead Snow bénéficie aussi d’une mise en scène énergique et pleine de bonnes idées, sans toutefois que le cinéaste ne cherche à en mettre constamment plein la vue. Le mélange de massacre et d’humour déjanté fonctionne à merveille, au point d’atteindre une véritable hystérie collective dans son climax qui fourmille de références aux classiques du genre (Evil Dead, Massacre à la Tronçonneuses, etc.), d’allusions aux films de guerre (les nazis bombardés) et tout un cas de détails hilarants (l’un des garçons se bat avec une faucille et un marteau !).

Entre musique classique et titres pop, Tommy Wirkola exploite judicieusement sa bande son pour prendre en complicité un spectateur à la fois conquis par le suspense et par les débordements d’hémoglobine outranciers, quitte à verser dans la farce régressive. Un délire jouissif à ne surtout pas manquer.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 17 novembre 2009
Film découvert au marché du film du Festival de Cannes 2009

Dead Snow est disponible dans les bacs français depuis le 2 décembre 2009 sous la bannière Wild Side Vidéo. Cliquez ici pour découvrir le test DVD.

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