Critique : ‘Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé’, de David Yates

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Bonne nouvelle, la franchise Harry Potter assume enfin sa part de ténèbres. Baigné dans une ambiance visuelle lorgnant vers le troisième opus de Cuaron, Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé impose une succession d’images d’une beauté plastique ébouriffante, stimulant l’imagination grâce à une réalisation classieuse et une photographie à tomber par terre. Plus inspiré dans le drame que dans la fantaisie, David Yates délivre un film très respectueux du roman, plus violent et plus noir que les précédents même s’il s’autorise quelques notes d’humour rafraîchissantes. Face à un Daniel Radcliffe charismatique, Tom Felton surprend par l’épaisseur soudaine de son jeu tandis que Michael Gambon et Alan Rickman confirment qu’ils ont parfaitement saisi leur personnage respectif. Un bon cru Harry Potter.

harry_potter_and_the_half_blood_prince_wp02Après avoir honorablement relevé le défi de porter à l’écran le cinquième tome, soit le plus difficile à adapter de la saga Harry Potter, David Yates poursuit son exploration du monde fou créé par J.K. Rowling avec le très attendu Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé. Dans l’opus précédent, le cinéaste parvenait à mettre en place la plupart des enjeux amenés à prendre de l’importance par la suite, démontrant au passage une réelle compréhension du sens de l’histoire, mais évacuait du même coup une bonne partie des sous intrigues développées dans le roman, délivrant un film certes cohérent pour les novices mais qui laissait les initiés un peu sur leur faim.

Le sixième film devrait en rassurer plus d’un puisque non seulement le scénario de Steve Kloves – qui fait son grand retour dans la saga puisqu’on lui devait les quatre premiers opus – s’avère d’une extrême fidélité à l’œuvre d’origine mais il a le bon goût de réintégrer quelques éléments oubliés dans le précédent, le tout reposant sur une narration plus limpide soutenue par une réalisation classieuse. On n’en attendait pas moins de l’adaptation du tome qui reste le préféré de bon nombre de fans.

harry_potter_and_the_half_blood_prince_001Jusqu’au 4ème opus,l’univers de Harry (Daniel Radcliffe) restait encore délimité par ses relations avec ses amis et ses enjeux scolaires (quelle maison allait gagner le plus de points, telle était la question à la fin de chaque épisode ?), une mécanique qui trouvait une conclusion dramatique dans l’affaire de la Coupe de Feu – épisode pivot amorçant un tournant dans la saga. Dans Harry Potter et l’Ordre du Phoenix, sa perception du monde s’élargissait sensiblement : Harry prenait conscience de son environnement politique et s’impliquait dans la guerre contre Voldemort en fondant « l’Armée de Dumbledore ». Pour la seconde fois, le jeune sorcier à la cicatrice se confrontait à la mort, à ceci près que la victime était cette fois un proche, à savoir son parrain Sirius Black, et c’était donc un Harry Potter très perturbé que l’on quittait à la fin du film. Mais un Harry qui avait grandi.

Si le dernier film occultait quelque peu la rage qui habitait le héros à la fin du 5ème tome du roman, il faut reconnaître immédiatement une qualité à Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé : ce 6ème film va plus loin dans le caractère tragique de la saga, sans aucune tentative de l’édulcorer. Au point que le drame prend le pas sur la folie ambiante de l’univers de Poudlard : les tableaux animés se font de plus en plus rares et les gadgets barrés se voient quelque peu mis en sourdine, exceptés lorsqu’ils servent directement l’intrigue comme c’est le cas du philtre d’amour consommé accidentellement par Ron (Rupert Grint).

N’allons donc pas croire que la comédie ait été gommée : peut-être conscient qu’il s’agit là des derniers soubresauts de légèreté de la franchise, David Yates remet en jeu la carte du teen movie introduite dans Harry Potter et la Coupe de Feu (quatrième de la saga), et force est de constater qu’il fait des merveilles dans l’art de mêler le sympathique embrouillamini sentimental entre ados, qui donne lieu à quelques notes d’humour savoureuses, avec des enjeux nettement plus graves, certaines séquences pouvant à ce titre changer radicalement de ton (Ron empoisonné, un argument comique qui devient brusquement dramatique).

Harry Potter and the Half-Blood Prince (#6)Le principal bémol que l’on émettra tient à le direction d’acteurs un peu statique des interprètes de certains personnages secondaires, Ginnie (Bonnie Wright) en tête, ce qui se ressent surtout dans les séquences comiques où David Yates fait parfois déclamer ses comédiens sans les faire évoluer dans l’espace, là où Mike Newell créait une véritable dynamique entre les jeunes gens.

Ce petit défaut de mise en scène ne signifie pas pour autant un manque de consistance. Revenant vers une esthétique burtonienne que l’on doit à la splendide direction de la photographie de Bruno Delbonnel (Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain) et qui s’avère assez proche de celle du troisième opus d’Alfonso Cuaron, Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé impose une succession d’images chiadées dont certaines frappent littéralement l’imagination. Depuis l’opus précédent, on savait David Yates attentif à la qualité visuelle de ses films, mais on ne le connaissait pas aussi perfectionniste sur la composition des plans, aussi inspiré sur l’exploitation des décors. On pense bien sûr à la scène tant attendue plongeant Harry et Dumbledore dans les profondeurs de la grotte, une réussite esthétique époustouflante malgré des Inferis trop digitaux pour susciter l’effroi (nous avions la folie d’espérer des zombies à l’ancienne). On gardera en mémoire quelques moments furtifs de poésie, comme ce plan qui voit Harry et Rogue se font face dans les escaliers du dongeon, quelques minutes avant avant le climax.

Enfin, on reste subjugué par le plan presque dérangeant voyant Drago Malefoy (Tom Felton) parcourir les couloirs de l’école pour mener à bien ses noirs desseins, tandis que des élèves se livrent à des séances de flirt passionnées dans l’obscurité.

Harry Potter and the Half-Blood Prince (#6)A ce titre, s’il est un acteur qui surprend dans ce sixième opus, c’est bel et bien Tom Felton, un peu laissé de côté dans les deux derniers films, et qui trouve le ton juste pour figurer la descente aux enfers du petit caïd néo-nazi de Poudlard. Les autres comédiens maintiennent eux aussi la barre très haut, à commencer par Daniel Radcliffe, de plus en plus charismatique, mais aussi un Jim Broadbent à la fois excentrique et amer en Professeur Slughorn, tandis que Michael Gambon et Alan Rickman prouvent qu’ils ont parfaitement compris leur personnage (comprenne qui pourra). On s’étonnera en revanche du traitement étonnamment léger du personnage de Lord Voldemort mais peut-être le meilleur reste-t-il à venir.

Porté par la partition élégante de Nicholas Hooper, Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé s’achève par une dernière demi-heure intense traversée par quelques visions poétiques mais aussi empreinte d’un pessimisme rare pour un blockbuster hollywoodien. Difficile d’affirmer si le succès de The Dark Knight l’été dernier a ouvert ou non la voie chez Warner, mais ce final cruel amorce de belles perspectives pour le dénouement qui se profile avec l’adaptation en deux films du septième et ultime tome. On aime.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 10 juillet 2009

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