Interview : Mads Mikkelsen, acteur de ‘Coco Chanel et Igor Stravinsky’

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Le public français le connaît surtout pour le rôle du méchant dans Casino Royale – Le Chiffre, c’était lui. Au Danemark, le nom de Mads Mikkelsen est bien souvent synonyme de gros succès au box-office. Révélé en 1996 par son rôle de junkie dans l’excellent Pusher (Nicolas Winding Refn), dont il interprètera la suite huit ans plus tard, Mads Mikkelsen est vite remarqué à l’international en apparaissant devant la caméra de Suzanne Bier dans Open Hearts et After the Wedding. A l’étranger, Mads Mikkelsen côtoie Gérard Depardieu dans Dina en 2002 et Clive Owen dans Le Roi Arthur en 2004.

A l’occasion de la sortie sur les écrans de Coco Chanel & Igor Stravinsky, dans lequel il incarne le célèbre compositeur devant la caméra de Jan Kounen, j’ai eu l’immense chance de rencontrer cet extraordinaire acteur qu’est Mads Mikkelsen. Je l’ai revu quelques mois plus tard pour la sortie du Guerrier Silencieux, un entretien qui sera bientôt disponible sur le site.

coco_chanel_igor_stravinsky_affiche1Elodie Leroy : alors, maintenant que vous avez tourné en français, vous parlez couramment ?
Mads Mikkelsen : Non pas du tout ! (rires) J’ai dû apprendre à parler français et russe et à jouer du piano pour le rôle. J’ai eu un temps très réduit pour cela. J’avais un peu appris le français à l’école mais c’était il y a très longtemps. J’ai dû apprendre phonétiquement. Par chance, je joue le rôle d’un russe qui parle le français donc on peut accepter qu’il ait un accent.

Et comment avez-vous appris le russe ?
J’ai dû apprendre phonétiquement. Je comprenais un peu le français mais absolument rien en russe. Donc je m’asseyais et j’écoutais…

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le rôle d’Igor Stravinsky ?
Je connaissais un peu sa musique mais je ne savais absolument pas qu’il avait eu une liaison avec Coco Chanel. Quand Jan m’a contacté pour me montrer le scénario, j’ai été séduit. En tant qu’acteur, je trouvais que ce rôle était une excellente opportunité d’incarner quelqu’un que j’admirais mais sur lequel je ne savais pas grand-chose.

Vous étiez donc familier de sa musique ?
Oui, je connaissais un peu sa musique. Je ne m’étais pas plongé dedans comme nous avons dû le faire pour le film, mais je connais certains morceaux, comme bien sûr Le Sacre du Printemps et L’Oiseau de Feu. A partir de là, notre compréhension de sa personnalité s’est faite en grande partie par le biais de sa musique. Beaucoup de choses ont été écrites sur Coco et lui, mais nous ne savons pas toujours distinguer ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. La musique était quant à elle absolument véridique, donc nous avons dû creuser dans cette voie. Nous avons tenté de comprendre quel genre de personne pouvait composer une musique comme celle-ci au début du 20e siècle.

coco_chanel_igor_stravinsky_12Le rôle a-t-il exigé beaucoup de préparation ?
J’ai lu certains des livres qui ont été écrits à propos de lui et d’elle, j’ai commencé à écouter beaucoup de sa musique, j’ai entendu des histoires qui ont été rapportées sur eux. Mais au bout du compte, j’ai décidé que ce qui était le plus important était le scénario et sa musique, et bien entendu sa liaison avec Coco. La musique a été la principale clé pour comprendre qui il était.

Qu’avez-vous pensé de Jan Kounen lorsque vous l’avez rencontré pour la première fois ?
Je l’ai trouvé très facile à vivre. Il arrive que vous ressentiez, au contact de certains réalisateurs, que les choses ne vont pas être faciles, que vous ne parlez pas le même langage. Mais avec lui, c’était très facile. Même s’il est français et que je suis danois, ce qui est normalement très différent, on riait des mêmes choses, on avait les mêmes centres d’intérêt, le même enthousiasme sur tout un tas de choses. Nous sommes par exemple tous deux amoureux de bandes-dessinées, ce que nous ne savions pas avant de commencer à travailler ensemble.

coco_chanel_igor_stravinsky_11Quel genre de réalisateur est-il ? Donne-t-il des directives précises ?
C’est un mélange amusant. Il était très précis sur ce qu’il voulait que soient les personnages et sur leur apparence, mais pour ce qui est de la sensibilité de chaque scène, nous pouvions en parler et improviser à partir de là. Bien évidemment, il y avait avec moi une certaine limite à l’improvisation à cause de la barrière de la langue. Mais dès lors qu’il s’agissait d’une scène physique, nous avions une grande marge de manœuvre pour décider par la discussion de ce à quoi la scène allait ressembler.

Vous jouez le rôle d’un compositeur qui fut controversé à son époque. Saviez-vous avant de faire le film que les films de Jan Kounen ont parfois été l’objet de controverses ?
Non je ne le savais pas. En fait, je l’ai compris assez vite par la suite parce que tout le monde m’a dit que ce n’était pas du tout un film à la Jan Kounen, que c’était radicalement différent de ce qu’il faisait habituellement. C’était d’ailleurs pour cela qu’ils voulaient que ce soit lui qui fasse le film, pour qu’il lui apporte une énergie nouvelle. Tout cela, je ne le savais pas. Maintenant, si vous êtes controversé juste pour être controversé, ce n’est pas très intéressant. Si vous l’êtes parce que votre œuvre est ce qu’elle est mais que la controverse n’est en rien préméditée, c’est très différent.

Comment s’est déroulée votre collaboration avec Anna Mouglalis ?
Très bien. Elle avait des idées fortes sur Coco Chanel, j’avais des idées fortes sur Igor Stravinsky, et Jan avait des idées fortes sur les deux. C’est très intéressant parce que le film raconte la confrontation entre deux égos surdimensionnés. Anna Mouglalis est parfaite pour le rôle parce qu’elle a cette manière étrange d’être agressive et directe, tout en pouvant aussi se montrer très fragile et très drôle. Ces deux facettes en font la personne idéale pour le rôle.

coco_chanel_igor_stravinsky_07Quelle a été la scène la plus difficile à tourner ?
C’est difficile à dire. Évidemment, parler français et russe représentait un défi. Mais une fois que vous êtes dans la scène, vous devez faire abstraction de cet aspect. Certaines scènes musicales étaient difficiles parce que je ne savais pas jouer de piano et que j’ai dû apprendre. Il arrivait que je doive jouer et que l’on me propose de tricher mais j’insistais pour apprendre. C’était vraiment difficile et je me sentais parfois très bien après certaines prises, c’était fantastique.

Avez-vous le sentiment d’avoir apporté une dimension personnelle au personnage ?
Je ne saurais pas dire quel aspect personnel j’ai apporté mais j’ai le sentiment qu’il y a toujours une partie de moi dans chacun de mes rôles. Je pense qu’il est impossible pour un acteur de ne pas mettre un peu de lui-même dans ses personnages. Même en ce qui concerne ces acteurs qui sont connus pour interpréter des rôles extrêmes, vous vous direz toujours : « oh il y a un peu de Daniel Day Lewis là-dedans, je le vois ». Donc il y a bien sûr un peu de moi dans le rôle mais quand à savoir quoi, je n’en suis pas sûr moi-même.

Aujourd’hui, vous tournez dans le monde entier. Aviez-vous envisagé une carrière internationale dès le début ?
Non, pas spécialement. Quand j’ai commencé au Danemark, j’espérais avant tout trouver du travail. Et puis, les choses se sont enchaînées. Il y a soudainement eu un focus sur les films danois, ce qui veut dire que les acteurs se sont aussi fait remarquer. Hollywood recherchait justement des acteurs dans des films étrangers, donc je suppose que j’ai eu la chance de me faire partie de la vague. De manière amusante, j’ai appris qu’une productrice de Casino Royale avait vu Open Hearts de Suzanne Bier. C’est un film du Dogme dans lequel mon rôle n’a absolument rien à voir avec le méchant que je joue dans Casino Royale. Mais c’était un des films préférés de cette productrice et c’est pourquoi elle voulait travailler avec moi. C’est de cette manière que j’ai été contacté pour être auditionné.

Actuellement, vous travaillez sur Le Choc des Titans avec Louis Leterrier. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre personnage ?
Oui, c’est mon année française ! Le personnage principal s’appelle Persée et il se voit confier une mission suicide. Malheureusement pour moi, je dois l’accompagner. Je suis un garde prétorien, un général, et je ne vois pas du tout l’intérêt de la mission, mais je dois quand même y aller. Je voyage donc avec lui et j’essaie au passage de lui enseigner quelques trucs, et il m’en apprend lui aussi.

Ces dernières années, on voit beaucoup de films de genre scandinaves dans les festivals, que ce soit en provenance du Danemark, de la Suède ou de la Norvège. Pensez-vous que cela ouvre de nouveaux débouchés pour ces industries ?
C’est toujours difficile à dire. Les Français sont très ouverts pour ce qui est de voir des films en langue étrangère, mais quasiment aucun autre pays du monde n’a cette habitude. Donc je ne suis pas sûr que cela ait un impact sur le marché. En ce moment, au Danemark, on voit proliférer des films consacrés à ce genre de drames hyperréalistes qui peuvent se produire dans votre maison. Mais comme vous le dites, de nouveaux genres sont en train d’émerger, au Danemark mais aussi en Suède. Espérons que cette attention portée aux films scandinaves va s’élargir, de manière à ce que ce ne soit plus seulement les acteurs danois qui en profitent mais aussi les acteurs suédois et norvégiens.

Mais il y a aussi une vague de remakes hollywoodiens qui débute parallèlement…
Oui, ils font toujours ça. (rires) En général, ils le font parce qu’ils aiment le film original, et ensuite ils changement tellement de choses que cela devient un film américain.

Propos recueillis par Elodie Leroy

Entretien publié en vidéo le 29 décembre 2009

> Lire la critique de Coco Chanel & Igor Stravinsky, de Jan Kounen

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