Interview : Oscar Isaac et Max Minghella, les Hommes d’Hypatie (‘Agora’)

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Dans les salles le 6 janvier 2010, Agora est le tout dernier film en date de l’un des réalisateurs les plus intéressants du moment, Alejandro Amenábar, que l’on connaissait jusqu’à présent surtout pour Mar Adentro et Les Autres. Mélange de péplum et de fresque historique, Agora nous plonge dans une Alexandrie du IVe en proie à des bouleversements politiques, sociaux et religieux, et met en scène l’astronome et philosophe Hypatie, femme indépendante et anticonformiste totalement dévouée à ses recherches.

Face à la sublime Rachel Weisz, actrice confirmée qui trouve ici l’un de ses plus beaux rôles, Alejandro Amenábar a le bon goût de révéler deux acteurs dont les visages sont nettement moins connus : Max Minghella et Oscar Isaac.

Nous avons rencontré les deux prétendants à l’amour d’Hypatie au Festival de Cannes, où ils étaient venus présenter le film.

A notre gauche se trouve donc Max Minghella, jeune acteur âgé de 24 ans, fils du regretté Anthony Minghella et de la chorégraphe chinoise Carolyn Choa. Entraperçu devant la caméra de son père dans Cold Mountain, il est remarqué dans Bee Season en 2005 et interprète la même année le fils de George Clooney dans Syriana. Dans Agora, Max Minghella incarne le troublant Davus, esclave qui s’éprend de sa maîtresse mais qui voit dans le christianisme une porte de sortie pour échapper à sa condition.

agora_poster01A notre droite se trouve Oscar Isaac, acteur âgé de 29 ans originaire du Guatemala avec des ascendances françaises et israéliennes. On l’a vu dans des petits rôles chez Ridley Scott (Mensonges d’Etat) et Steven Soderbergh (Che Partie 1 : L’Argentin). C’est dans La Nativité de Catherine Hardwicke qu’il obtient enfin un rôle de premier plan. On le retrouvera à nouveau prochainement devant la caméra de Ridley Scott dans Robin des Bois. Dans Agora, Oscar Isaac est Oreste, disciple de Hypatie qui acquiert avec les années une position importante en Alexandrie. Épris de son enseignante, il est tiraillé entre son amour et ses fonctions de leader politique.

C’est donc en charmante compagnie et dans une atmosphère très détendue que s’est déroulé l’entretien, sur une terrasse cannoise. Chaleureusement accueillie par les deux comédiens, très abordables, je m’installe face à eux tandis que Max Minghella me sert gentiment un soda et m’invite à picorer dans la corbeille de fruits frais qui se trouve sur la table.

Elodie Leroy : Comment avez-vous atterri sur le plateau d’Agora ?
Oscar Isaac
: J’ai fait un essai sur une vidéo et je l’ai envoyé à Alejandro (Amenábar, ndlr). Ensuite je me suis rendu à Londres pour le rencontrer en personne. Je ne sais pas trop comment je m’y suis pris mais je suis parvenu à l’embobiner pour qu’il me prenne. (rires) Et toi?
Max Minghella : Moi ? J’ai couché avec le réalisateur ! (rires) Deux fois, la première fois à Las Vegas et puis à Londres, je l’ai rencontré dans la rue et on a atterri dans sa maison… Il m’a montré le scénario… (rires)
Oscar Isaac : Je pensais pourtant que tu avais passé un casting…
Max Minghella : Oui, oui, exact (rires). Plus sérieusement, c’est comme ça que ça s’est passé, j’ai tout simplement passé l’audition.

AGORA

Oscar Isaac et Rachel Weisz

Avant de travailler sur Agora, est-ce que vous connaissiez bien les films d’Amenábar et lequel était votre préféré?
Oscar Isaac
: J’adore ses films. Il m’est difficile de dire quel est mon préféré parce qu’ils sont très différents. Je suis un grand fan des Autres mais le premier que j’ai vu était Ouvre les Yeux, puis j’ai découvert Mar Adentro.
Max Minghella : Et vous, quel est votre préféré ?
Oscar Isaac : Agora… ? (rires)

Bien sûr ! (rires) En fait, parmi les films qu’il a faits auparavant, j’étais surtout fascinée par Les Autres.
Max Minghella
: Ses films sont tellement différents les uns des autres qu’il est difficile de les comparer.

Comment est-il avec ses acteurs ?
Max Minghella
: Il est très généreux, il nous soutient constamment. Mais il est surtout calme, très calme. Vous savez, c’est un film ambitieux avec une très grosse équipe, il avait énormément de choses à gérer en même temps et il gardait toujours son calme. C’est aussi quelqu’un de très autonome.

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Oscar Isaac

Et vous, qu’est-ce que vous en dites?
Oscar Isaac
: Je dirais qu’il est très précis, très stable, mais aussi qu’il est très facile de collaborer avec lui parce qu’il est toujours à l’écoute des idées des autres. On peut vraiment discuter avec lui et il nous laisse expérimenter des choses. Quotidiennement, il devait gérer cet énorme plateau avec des centaines de figurants mais il prenait tout de même le temps de nous demander, à nous les acteurs, comment on voyait chaque scène, ce qu’on en pensait. Pour quelqu’un comme moi, il est rare que l’on prenne le temps de faire ça!

Vous avez dû tourner des scènes d’action tous les deux. Ça vous a plu?
Oscar Isaac
: J’adore les scènes de combat ! Je voulais encore plus de scènes de combat parce que j’adore manier les épées. En fait, j’aime aussi la manière dont sont tournées ces scènes d’action. Il y a une sorte d’énergie chaotique qui s’en dégage. Nous ne voulions pas rendre la violence glamour. Nous voulions qu’elle ait l’air vraie, qu’elle soit crade et qu’elle mette mal à l’aise. Il était très intéressant d’effectuer des chorégraphies dans ce cadre-là.
Max Minghella : Effectivement, tourner avec des armes est quelque chose de très attirant et c’était très excitant à faire.

Max Minghella

Max Minghella

Comment s’est passée votre collaboration avec Rachel Weisz?
Max Minghella
: Très bien. Elle était très patiente, elle nous aidait beaucoup. On a vraiment eu de la chance.
Oscar Isaac : Elle a aussi énormément de sensibilité. Elle réagit à la moindre nuance que vous apportez, ce qui est crucial pour qu’une scène prenne vie.

Y a-t-il des scènes qui vous ont semblé plus difficiles que d’autres?
Max Minghella
: Si je devais en choisir une, je dirais la toute dernière qui est très intense. Lorsque vous tournez, il arrive le contexte et l’environnement s’avèrent très similaires à ce qui se produit à l’écran. Dans cette scène, vous avez une femme en position de faiblesse et complètement cernée par des hommes. Même si vous savez que vous êtes en train de jouer la comédie, la situation est quand même douloureuse et met mal à l’aise. C’était pour moi la scène la plus compliquée sur le plan émotionnel.
Oscar Isaac : De mon côté, même si le film représente énormément de travail, je ne peux pas dire que j’aie senti une pression insupportable. Bien sûr, après coup, je fais mon autocritique et je vois plein de choses que j’aurais pu faire autrement. Si je devais retourner le film maintenant, il y a un million de choses que je corrigerais parce que je suis comme ça. Mais pendant le tournage, j’ai trouvé que tout se déroulait relativement facilement. Peut-être aussi que je n’ai gardé que les bons souvenirs.

agora_poster04Avez-vous beaucoup tourné devant un écran vert et ce que vous avez découvert à l’écran est-il différent de ce que vous imaginiez?
Max Minghella
: Non, pas vraiment car tous les décors que vous voyez dans le film sont réels.
Oscar Isaac : Etant donné qu’il y avait très peu d’écrans verts, nous vivions dans la ville que vous voyez. Ils l’ont littéralement construite pour le film.
Max Minghella : Nous pouvions parcourir des kilomètres sans pour autant quitter le décor du film. C’était très impressionnant. C’est un endroit incroyable, je pense même que l’on devrait organiser des visites touristiques pour que les gens voient ça.

Qu’avez-vous pensé de la projection d’hier soir (la projection cannoise, ndlr)? Apparemment, il y a eu des réactions extrêmes dans les deux sens…
Oscar Isaac
: Heureusement pour moi, j’étais entouré de personnes qui avaient aimé ! (rires) Sérieusement, je n’ai jamais expérimenté cela auparavant. Je suis très fier d’avoir participé à faire un film qui affecte vraiment les gens. Il est clair qu’il y a des personnes qui ne voudront pas s’embarquer dans ce voyage et d’autres qui prendront au contraire le temps de s’y intéresser.
Max Minghella : Je trouve très excitant qu’il y ait des gens qui adorent et d’autres qui détestent. D’une manière ou d’une autre, tout le monde réagit à ce film. C’est un film qui fait réfléchir et que l’on a envie de revoir pour remarquer chaque fois un nouveau petit détail qui donne matière à réflexion. Il est aussi intéressant de parler avec les journalistes parce qu’ils apportent un autre regard sur le film.

agora_poster05Quelles sont par ailleurs vos impressions sur le festival de Cannes ? Est-ce la première fois que vous venez?
Oscar Isaac
: Oui, c’est la première fois et je suis épaté. C’est la fête partout ! On sent une énergie positive. Certaines personnes nous avaient dit que ce serait pénible mais ce n’est pas le cas, on prend plutôt du bon temps.

Vous avez pu voir d’autres films?
Oscar Isaac
: Malheureusement non, je n’ai pas eu cette chance. C’est d’ailleurs la seule chose qui me déçoit dans ce festival. Je pensais que je pourrais en profiter mais je n’ai pas le temps car nous sommes quand même là pour une chose…
Max Minghella : Le travail.
Oscar Isaac : Voilà. J’aurais bien aimé voir le film de Pedro Almodovar, celui d’Ang Lee ou bien le Quentin Tarantino… Il y a plein de films que j’aimerais aller voir.
Max Minghella : Moi aussi j’aurais voulu aller voir le film d’Almodovar, entre autres. Je pense que la sélection est très bonne.

Dans quoi vous verra-t-on prochainement?
Oscar Isaac
: Je suis en train de tourner Robin des Bois à Londres en ce moment. Je tourne jusqu’au mois d’août.
Max Minghella : Je tourne un film qui s’intitule Hippie Hippie Shake. L’histoire se déroule en Angleterre dans les années 60-70 et parle du lancement du magazine Oz à Londres.

Propos recueillis par Elodie Leroy au Festival de Cannes le 19 mai 2009

Article publié sur Filmsactu.com le 8 janvier 2010

> Lire la critique d’Agora, d’Alejandro Amenábar

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