Interview : ‘Twilight’ et le sexe, la scénariste Melissa Rosenberg s’explique !

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La convention Twilight qui s’est déroulée du 2 au 4 juillet 2010 était l’occasion pour les fans ainsi que pour les journalistes de rencontrer entre autres Melissa Rosenberg, scénariste des films adaptés de la saga best seller de Stephenie Meyer, et connue pour être scénariste et coproductrice de la série Dexter.

Très avenante, Melissa Rosenberg nous a accordé un peu de son temps pour nous parler des thématiques de Twilight 3, des difficultés majeures posées par ce chapitre par rapport aux autres ou encore de l’évolution du personnage principal.

Cependant, comme vous l’aurez peut-être constaté dans ma critique, si j’ai plutôt apprécié les nombreuses qualités formelles de Twilight Chapitre 3 : Tentation, j’ai aussi émis quelques doutes sur les convictions d’Edward, l’amoureux de l’héroïne, relatives à la chasteté avant le mariage. Titillée par cette question, je n’ai pas pu m’empêcher d’aborder le sujet avec Melissa Rosenberg, et je n’y suis pas allée par quatre chemins. Et comme vous le verrez, la scénariste répond avec franchise pour nous apporter son éclairage sur le sujet.

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La scénariste Melissa Rosenberg, aussi scénariste et productrice de Dexter

Elodie Leroy : Quelles sont vos impressions sur la convention?
Melissa Rosenberg : C’est très excitant. J’adore rencontrer le public et les fans français sont adorables. Ils sont très enthousiastes et posent des questions intelligentes.

Comment se passe votre collaboration avec Stephenie Meyer?
Elle a toujours participé activement au travail d’adaptation et j’interagis énormément avec elle. Dès le début, quand j’ai commencé à ébaucher l’histoire avant même d’écrire le scénario, j’ai beaucoup fait appel à elle pour l’interroger sur des choses qui ne sont pas forcément dans le livre mais qu’elle a en tête. Par exemple, pendant que Bella vit son histoire, que font les Volturi ? Que font les « nouveau nés » ? Tout cela est dans sa tête, mais comme le livre raconte l’histoire selon le point de vue de Bella, ce n’est pas écrit sur le papier. Elle a plein de bonnes idées et je me réfère énormément à elle. Nous échangeons beaucoup.

Le budget de la saga a beaucoup grandi au fil des épisodes. Est-ce que cela change quelque chose en termes d’écriture?
Sur certains aspects, effectivement. Au début, dans le premier Twilight, beaucoup de coupes ont été effectuées. Il y avait une partie au milieu du livre avec beaucoup d’action, mais nous n’avions pas les moyens de l’adapter. Donc les personnages se sont retrouvés assis à bavarder… (rires). Dans les deux suivants, les choses ont changé et nous avons pu faire à peu près tout ce que nous voulions.

Dans quelle mesure David Slade a-t-il insufflé sa personnalité au troisième film?
David est un homme très intense. Il a un sens visuel très aiguisé. Il a apporté un degré supérieur d’intensité, d’intimité et d’immédiateté. Vous le constaterez dans Eclipse.

Dans le troisième tome, il y a beaucoup de passages dialogués pendant les trois quarts du roman et l’action se concentre à la fin. N’était-ce pas un défi de l’adapter ?
Tout à fait. L’un des grands défis posés par l’adaptation d’Eclipse (titre anglais de Hésitation, ndlr) est qu’effectivement, le plus gros de l’action se situe à la fin. C’est amusant parce que j’ai toujours pensé que ce tome 3 serait le plus facile à adapter à cause de ces scènes d’action. Ensuite, j’ai réalisé que c’était l’inverse et je me suis demandé comment traiter toute la première partie. Il s’agissait de tirer ces scènes d’action vers le début mais aussi de les mettre en scène. Il fallait que l’on suive ce que faisaient les nouveaux nés en dehors du point de vue de Bella, afin d’amener cette scène d’action finale. Il fallait que l’on ressente tout au long du film la menace grandissante qu’ils représentaient afin de maintenir le suspense.

La première scène fait très film d’horreur. Pourquoi avoir commencé par l’agression de Riley?
Riley joue un rôle clé dans l’histoire en tant qu’informateur de Victoria. Sachant qu’Eclipse est centré sur le choix que devra accomplir Bella, je souhaitais explorer ce que ce choix pouvait vouloir dire. Je voulais que l’on assiste à la transformation de quelqu’un d’autre en vampire, que l’on voie à quel point cela pouvait être douloureux et effrayant. Je voulais que le public ait cela présent à l’esprit lorsqu’il verrait Bella prendre sa décision. Dès le début, j’avais donc dans l’idée d’accorder davantage d’importance à Riley, de montrer sa création en tant que vampire et de lui inventer une histoire, notamment le fait qu’il venait de Forks. Il faut savoir aussi que Stephenie vient de sortir un autre livre, The Short Second Life of Bree Tanner, qui parle de certains de ces nouveaux nés et qu’elle m’a laissé le lire avant sa publication. J’ai donc eu accès à ses idées sur ce qui se passait à Seattle avec tous ces vampires pendant que l’histoire racontée dans Eclipse se déroulait. J’ai utilisé tout cela pour remplir les trous dans le parcours de Riley.

twilight_3_hesitation_05Quelque soit le choix que fait Bella, il semble qu’il aille de pair avec le renoncement à quelque chose d’autre…
Le thème principal d’Eclipse est celui du choix mais aussi de ses conséquences. Ce moment est donc décisif pour Bella. Au début de l’histoire, elle a déjà fait son choix pour Edward, mais il s’agit d’un choix très immature, très impulsif. Au cours du film, le choix devient de plus en plus averti, plus mûr. A la fin de l’histoire, elle persiste dans son choix mais elle le fait en connaissance de cause, en sachant davantage qui elle est et ce qu’impliquera ce choix. C’est une évolution importante.

A la fin du tome 3, il y a un chapitre qui adopte le point de vue de Jacob et il est absent du film. Pourquoi l’avoir supprimé?
A l’origine, je voulais l’inclure dans le film mais nous avons préféré achever le film sur une note plus positive. Mais cela ne veut pas dire que ce chapitre n’apparaîtra pas quelque part… (rires)

Je vois… Surtout qu’il reste encore deux films!
Exactement ! D’autant que j’ai toujours vu ce chapitre comme une sorte de prologue du tome suivant. Donc nous l’avons retiré d’Eclipse mais… peut-être que vous le verrez ailleurs.

Il y a une controverse sur le sexe dans Twilight, notamment avec cette tirade d’Edward qui souhaite rester chaste avant le mariage. Est-ce que vous n’avez pas eu peur de perturber voire de perdre une partie du public ? Doit-on y voir un message dans le film?
Certainement pas. Il ne faut pas y chercher un message. Le désir d’Edward de rester chaste avant le mariage est directement lié au fait qu’il est né au début du 20e siècle. Il a donc des convictions et une sensibilité très vieux-jeu. Bella ne voit pas du tout les choses comme ça et quand Edward lui fait part de cette volonté, elle en est stupéfiée. Elle se demande quel est son problème. Nous ne cherchons absolument pas à délivrer une morale dans le film. Bella n’est pas du tout censée avoir honte de son point de vue ni même penser qu’elle a tort. Elle a un point de vue différent, c’est aussi simple que ça. Elle se demande pourquoi on devrait attendre le mariage. Son point de vue à lui est qu’il préfère attendre, ce qui s’explique par ses convictions vieux-jeu. Les deux points de vue sont représentés à égalité, sans aucun jugement sur aucun des deux. En réalité, s’il fallait voir un jugement quelque part, ce serait plutôt Edward qui en serait l’objet puisque l’histoire est vue du point de vue de Bella.

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Stephenie Meyer et Melissa Rosenberg

Peut-on voit Jacob comme une incarnation de la tentation?
Absolument. Dans Eclipse, Jacob est une tentation. On peut sentir l’attirance physique de Bella pour lui.

En France, certains trouvent que Twilight est conservateur parce que les personnages ne passent pas à l’acte.
En fait, il est vrai que Stephenie admire les positions traditionnelles d’Edward. Elle a été élevée dans la culture mormone et elle est très traditionnelle. Cela dit, quand vous la rencontrez, vous ne pourriez pas vous en douter parce qu’elle est très marrante et facile d’approche. Nous ne parlons jamais de religion ou de politique, nous n’avons pas besoin de le faire. En ce qui me concerne, j’ai été élevée dans une mentalité à l’opposé de la sienne. Je viens de Californie du Nord, j’ai été élevée dans la culture hippie, mes parents sont psychothérapeutes. Je suis très à gauche et je me sens politiquement proche des libéraux. C’est très intéressant de voir ces deux bords se rencontrer dans un film parce qu’ils s’équilibrent l’un l’autre. J’espère que les films se situent entre les deux. J’ai essayé de faire en sorte qu’ils restent neutres parce que mes convictions sont très différentes de celles de Stephenie. Je ne veux pas trahir mes croyances mais d’un autre côté, je ne ressens pas le besoin de trahir les siennes. Le film parle des personnages et pas de politique. Si vous le voyez dans cette optique de personnage, tout prend un autre sens. Du moins je l’espère, les Français me le diront ! (rires)

La saga Twilight parle beaucoup de sexualité féminine, de désir féminin. Peut-on voir cela comme une manière de traduire que la sexualité féminine se heurte toujours aux traditions?
Tout à fait, vous pouvez voir les choses de cette manière. Il y a aussi autre chose : pour moi, il est très rare, aux Etats-Unis, que ce soit au cinéma ou à la télévision, qu’une jeune fille soit montrée comme un être sexuellement désirant, sans qu’elle soit considérée comme une trainée ou une mauvaise fille. Bella est montrée comme une personne normale, avec des émotions sexuelles comme les autres. Le film ne la juge pas, les autres personnages ne la jugent pas. Il est rare de voir ce genre de personnage féminin, comme un être désirant. Sexuellement parlant, elle veut Edward encore plus qu’il ne la veut. Elle désire ce garçon, ou devrai-je dire, ces deux garçons (avec Jacob, ndlr). On n’a pas l’habitude de voir cela et c’est ce que j’aime dans ce personnage.

twilight_3_hesitation_07C’est sûr qu’il est rare dans un film grand public parlant de l’adolescence ou de la jeunesse, de voir une fille dire « je te désire » à son petit ami.
Non seulement c’est très rare, mais en général, à la télévision ou au cinéma américain, la fille commence toujours par refuser les avances de son ami. Le garçon est toujours le plus avide de sexe. Non seulement cela ne représente pas la réalité mais cela provoque chez les filles un sentiment de culpabilité quand elles découvrent ces sentiments très naturels. Je déteste cela. Je trouve cette façon de voir les choses malsaine. Ce que j’aime dans Twilight, c’est que vous voyez une jeune fille forte avec des sentiments forts, et que clame ce qu’elle veut. Rien ne se mettra en travers de son chemin. En réalité, elle n’en a rien à faire du mariage, donc quand il lui demande de l’épouser, elle finit par se dire : « après tout pourquoi pas, marions-nous, mais c’est ça que je veux. » Elle ne fait pas de compromis : elle veut cette vie qu’elle a choisie, elle veut ce garçon, elle veut du sexe. Donc elle fonce.

Dans ce cas, s’il s’agit pour elle du droit à disposer librement de son corps, on pourrait presque dire que c’est féministe, paradoxalement.
On peut, effectivement (rires). On peut et ce serait totalement volontaire, du moins en ce qui me concerne.

Vous vous définissez comme féministe?
Absolument. Et fière de l’être. En Amérique, le mot « féminisme » est devenu un gros mot, tout comme le mot « libéral ». La droite conservatrice a stigmatisé ces mots pour leur donner une connotation négative. Pour ma part, je le dis franchement : je suis libérale, je suis féministe et j’en suis fière. Je considère qu’il est de mon devoir de dire aux jeunes filles : soyez féministes, pourquoi ne l’êtes-vous pas ? Sommes-nous payées aussi bien que les hommes ? Non. Sommes-nous traitées à égalité avec eux ? Non. C’est pourquoi vous devriez être féministes. Pensez-y. Cela ne veut pas dire que vous devez haïr les hommes. Cela veut seulement dire que vous considérez que vous méritez d’être leurs égales. Je considère que répandre ce message est ma mission dans la vie. (rires)

Propos recueillis par Elodie Leroy

Interview réalisée à la Convention Twilight 2010
Article publié sur Filmsactu.com le 13 juillet 2010

Articles à lire :

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