Portraits de Chats : le Chat à travers le Cinéma et la TV

0

Animal vénéré ou créature maudite, le chat est entouré de mythes contradictoires. A travers les époques, les humains se sont abîmés dans la contemplation de ses yeux profonds, ont loué sa grâce légendaire et son pelage soyeux et brillant. Parallèlement, ils ont fustigé son indépendance, son individualisme, sa sournoiserie et son pouvoir de manipulation. Tandis qu’il acquiert un statut quasi divin en Égypte, en tant qu’incarnation de la Déesse Bastet (symbole de la fertilité d’apparence féminine avec une tête de chatte), et qu’il devient le symbole de la prospérité et de la fortune au Japon (le fameux Maneki Neko, statuette de chat présente dans tous les commerces), le chat est longtemps victime de persécutions en Europe. Au 12e siècle, il est déclaré ennemi public numéro un par l’Église, dont les représentants associent le félin au Diable et à la Sorcellerie, avant de l’assimiler au Féminin et ses turpitudes. En même temps que les sorcières, les chats sont brûlés, sacrifiés, subissent les pires tortures. Tout cela pour finir par s’apercevoir que les félins sont finalement bien utiles pour se débarrasser des rongeurs. De quoi faire un soudain virage à 180 degrés.

Le Chat Potté vu par Gustave Doré, XIXe siècle

Depuis la réhabilitation du chat, on ne compte plus les écrivains et artistes amoureux des gracieux félins. Le premier chat à se faire connaître à travers la littérature est le chat botté, que l’on rencontre dans le célèbre conte de Charles Perrault, publié dans Les Contes de ma mère l’Oye et qui s’inspire de la création de l’écrivain italien Gianfrancesco Straparola en 1550. Seul héritage légué au cadet d’une famille de trois garçons, le chat malicieux fait une requête à son maître : des bottes. Ainsi, il pourra prouver au jeune garçon qu’il est une bénédiction. Manipulateur et rusé, le chat botté apporte à son maître la gloire, la fortune et même un mariage. La fin justifiant les moyens, le chat n’hésite pas à employer le mensonge voire la cruauté pour faire passer son maître pour un riche seigneur auprès du roi, afin que celui-ci consente à donner au jeune homme la main de sa fille. Le chat botté synthétise à peu près tous les vices que l’on prête à son espèce. Pourtant, il ne porte pas malheur, bien au contraire.

Le premier chat à avoir marqué le 7ème Art de sa majestueuse empreinte est le héros de la série de courts-métrages d’animation en noir et blanc Krazy Kat, dont le premier épisode date de 1916. Créé par George Herriman en 1913 et publié dans le William Randolph Hearst’ New York Evening Journal, Krazy tint la vedette de comic strips réguliers jusqu’en 1944. Chat de sexe indéterminé, dont l’allure filiforme a de quoi déconcerter, ce personnage très populaire s’est vu de nouveau porter à l’écran en 1925 après une pause de quelques années. Entre temps et sous l’influence de Bill Nolan qui reprend les rênes de la série, il renaît sous les traits d’un chat mâle et son design a sensiblement changé au point d’évoquer très fortement le nouveau chat vedette des années 20 : Félix le Chat.

Félix le Chat, dont la paternité a été revendiquée à la fois par l’Australien Pat Sullivan puis par son assistant américain Otto Messmer, est un dessin-animé distribué pour la première fois en 1919 par Paramount Pictures, soit à l’époque du muet. Son adaptation sous forme de comics, dessinée par Otto Messmer, est postérieure à son énorme succès au cinéma. Les courts-métrages au ton souvent surréaliste doivent beaucoup au talent d’animateur de Messmer. Ce petit chat noir et blanc est le héros des déshérités, courageux et débrouillard en dépit des difficultés que la vie met en travers de son chemin. Il est aussi le premier héros de dessin-animé à avoir acquis un statut de « star », avant Mickey Mouse. Il sera d’ailleurs détrôné par ce dernier dans le cœur du public dès la fin des années 20, lors du passage du muet au parlant. Il fera ensuite son retour à la télévision en 1960 dans une série supervisée par l’assistant d’Otto Messmer, Joe Oriolo, et destinée cette fois aux enfants : Félix s’y balade avec un sac magique dont il peut retirer tous les objets dont il a besoin, quelle que soit leur taille.

« Z’ai bien cru voir un grosminet« , disait Titi. Déployant son charme, révélant ses ambiguïtés, le chat est devenu un animal récurrent du Septième Art. Retour sur les différents visages du félin à l’écran et à travers le monde. De l’animal anodin à la grande star, du chat noir au rouquin tigré, du gentil compagnon à la bête sauvage, qui sont les chats inoubliables du cinéma ?

Il a la classe…

Aventurier, rebelle, souvent individualiste, le chat n’oublie jamais de faire preuve d’élégance en toutes circonstances ou presque. Le chat botté demeure l’un des chats les plus mythiques de notre littérature mais les adaptations s’avèrent rarement fidèles à l’esprit du conte. S’il apparaît sur le grand écran dès 1922 à travers un film réalisé par Walt Disney, alors âgé de 21 ans, deux autres versions du Chat botté retiendront inévitablement l’attention de par les libertés qu’elles prennent avec le récit.

Le Japon nous en fournit une adaptation originale dès 1969 avec Le Chat Botté, de Kimio Yabuki. Issue des studios Toei, cette œuvre charmante fait de cette histoire une fable pour enfants. Notre chat botté n’y est plus un animal domestique mais un chat banni de l’île des chats. L’animal se montre certes rusé mais il n’incarne plus la sournoiserie et valorise au contraire l’honnêteté et le courage. Il fait ami-ami avec des souris, lesquelles lui apportent une aide précieuse face aux agissements monstrueux de l’Ogre, transformé en Prince des Ténèbres.

L’autre version classe du Puss’n Boots est apparue en 2004 dans Shrek 2 d’Andrew Adamson, Kelly Asbury et Conrad Vernon (Update : avant qu’un long métrage, l’excellent Le Chat Potté, ne lui soit consacré en 2011 – NDLR). Doublé avec brio par Antonio Banderas, ce Puss’n Boots rouquin se révèle extrêmement soucieux de son paraître : il arbore non seulement ses légendaires bottes mais aussi un chapeau et une épée. Aussi prétentieux qu’involontairement comique, le matou est aussi parfaitement conscient de son pouvoir de séduction auprès des humains, surtout lorsqu’il joue les mignons petits chats avec ses gros yeux innocents. Au cours des combats, le chat use et abuse de son regard charmeur, attendrissant sournoisement la galerie pour piéger l’adversaire en l’assaillant par surprise. Ceux qui ont un chat savent pourtant bien que les pupilles dilatées signifient que l’animal est prêt à bondir !

Beauté, souplesse, élégance, les éloges se bousculent lorsqu’il s’agit de commenter l’allure altière du chat. Personnage-clé du Royaume Des Chats (Hiroyuki Morita, 2002), le Baron incarne à lui seul, non sans une bonne dose d’anthropomorphisme, tout le raffinement naturel de cet animal mythique. Gentleman jusqu’au bout des griffes, danseur accompli, aventurier téméraire, ce beau chat roux au regard charmeur vole sans hésiter au secours de la malheureuse Haru, jeune fille brutalement enlevée par le Roi des Chats qui souhaite la marier de force à son fils Loon. Éblouie, Haru tombe amoureuse du félin. Tout est possible ! Les chats roux sont décidément des tombeurs…


…et il est mélomane, à ses heures

Ce que l’on ignorait en revanche, c’est que les chats étaient aussi amateurs de musique. Dans Les Aristochats (Wolfgang Reitherman, 1970), la précieuse Duchesse et ses trois chatons Marie, Toulouse et Berlioz, sont victimes de la cupidité du majordome de leur maîtresse Madame de Bonnefamille, et se retrouvent balancés dans un cours d’eau avant d’avoir compris ce qui leur arrivait. Heureusement, ils sont aidés dès le lendemain par Thomas O’Malley, un chat de gouttière gouailleur qui passait justement par là. Or ce dernier a quelques relations sur les toits de Paris.
C’est ainsi que Duchesse et ses petits vont découvrir les rythmes endiablés du jazz, à l’occasion d’une fabuleuse scène où O’Malley (doublé par Phil Harris en VO) et ses acolytes se déhanchent sur Everybody Wants To Be A Cat.

Autres chats portés sur la musique : les protagonistes de Cats Don’t Dance (Mark Dindal, 1997). Le héros de cette comédie musicale animée est un chat roux (encore !) du nom de Danny (doublé par Scott Bakula, qui est aussi un excellent chanteur) qui quitte son petit patelin pour poursuivre une carrière d’acteur à Hollywood, avec pour seuls bagages ses dons pour le chant et la danse. Bien sûr, rien ne va se passer comme prévu.

Enfin, bien qu’il ne fasse pas partie de la catégorie des « raffinés », difficile de ne pas mentionner ce cher Garfield dans la catégorie des chats qui ont le rythme dans la peau. Si même la présence d’une souris ne peut convaincre le gros patapouf de se bouger le derrière, il semble que la musique soit seule capable d’accomplir ce miracle. Dans Garfield 2 (Tim Hill, 2006), Garfield parvient même à convaincre un chat de la haute d’échanger quelques pas de danse avec lui !

Il se croit tout permis

C’est bien connu, le chat se fiche de savoir qui a acheté la maison ou qui paye le loyer : il est ici chez lui et consent seulement, dans sa suprême bonté, à ce que d’autres êtres, humains ou animaux, lui empruntent une parcelle de son territoire. Mais il n’est guère conseillé de dépasser les bornes, comme le fait le petit cochon héros de Babe (Chris Noonan, 1995) en indisposant par sa seule présence la chatte Duchesse qui s’estime supérieure à tous les autres animaux de la ferme et aime à se prélasser confortablement chez les Hoggett. De même, le chat Snowbell de Stuart Little (Rob Minkoff, 1999) ne voit pas d’un très bon œil l’arrivée d’une souris au sein du foyer, qui plus est d’une souris considérée comme un membre de la famille à part entière. Rapidement tourné en ridicule par ses potes de la rue qui le traitent d' »animal de compagnie d’une souris », Snowbell n’aura de cesse que de redorer son blason en fomentant toutes sortes de complots contre le pauvre Stuart.

On retrouve un schéma à peu près similaire dans Garfield, où le gros chat roux tente par tous les moyens de se débarrasser du nouveau venu, un petit chien nigaud et mignon du nom d’Odie qui met en danger sa position privilégiée. Chat bon-vivant (il raffole des lasagnes), paresseux et drogué de télévision, Garfield n’en peut plus de voir Odie squatter sans se gêner son sofa préféré et pire encore, prendre sa place la nuit sur le lit de son maître bien-aimé, Jon Arbuckle – si tant est qu’un chat ait un maître. Tout comme Snowbell finit par sympathiser avec Stuart Little après l’avoir sauvé d’un coup fourré dans lequel il l’avait volontairement entraîné, Garfield, pris de remords d’avoir provoqué la disparition d’Odie, part vaillamment à sa rescousse et l’aventure se termine en belle histoire d’amitié. Ouf ! Les chats ne sont donc pas si teigneux, ils ont un cœur. Quoique…

Les deux femelles siamoises Si et Am de La Belle et le Clochard (Clyde Geronimi, Wilfred Jackson & Hamilton Luske, 1955) ne semblent pas avoir besoin que l’on envahisse leur territoire pour déployer un arsenal sophistiqué de crasses en tout genre afin de bouter la douce Lady hors de chez elle. Accusée à tort par leur maîtresse, la redoutable Tante Sarah venue garder la maison pendant quelques jours, la petite chienne cocker n’a d’autre choix que de fuir ce cauchemar malgré les risques que cela comporte. La sournoiserie des félins n’a décidément pas de limites…

Il vient d’ailleurs

Mystérieux, séducteur, insaisissable, le chat est souvent représenté comme le messager d’un autre monde, jouissant d’un accès privilégié au spirituel, au divin. Cette dimension mystique resurgit régulièrement au détour de contes divers ou d’histoires de science-fiction parfois rocambolesques. Parmi les chats les plus énigmatiques du cinéma, le Chat Cheshire d’Alice au Pays des Merveilles (Clyde Geronimi, Wilfred Jackson & Hamilton Luske, 1951) tient une place de choix. Omniscient et omniprésent, ce chat hilare a la capacité de faire disparaître tout ou partie de son corps, ne laissant plus entrevoir que son sourire carnassier. Mais il ne faut pas se fier à son apparence inquiétante : il guidera en effet Alice tout au long de son périple dans le monde absurde du Pays des Merveilles.

Dans Le Royaume des Chats, les félins apparaissent comme des intermédiaires entre une réalité tangible et un univers intemporel – la nuit ne tombe jamais au Royaume des Chats – et se révèlent seuls capables de glisser d’un monde à l’autre sans y perdre leur âme, au contraire des humains, trop faibles. Enfin, les mythes liés aux chats leur attribuent aussi l’immortalité, ce qu’illustre l’histoire de Catwoman dans l’excellent Batman, Le Défi de Tim Burton. Lorsque Lorsque Selina Kyle (Michelle Pfeiffer) est précipitée du haut d’un immeuble par son patron, sa fidèle amie Miss Kitty alerte tous les chats du quartier qui viennent éveiller la jeune femme en la léchant et en lui mordant les doigts. Le destin de la jeune femme témoigne d’un autre pouvoir parfois attribué aux chats, celui de ramener un être humain du Royaume des Morts.

S’il ne vient pas d’un monde parallèle, le chat pourrait bien venir d’une autre galaxie, une idée exploitée en 1978 dans Le Chat qui venait de l’espace, production Disney réalisée par Norman Tokar.

Ce film destiné aux enfants met en scène un chat rouquin extra-terrestre contraint de se poser sur Terre en raison d’un problème technique avec son vaisseau. Baptisé Jake par le docteur Link (McLean Stevenson) et sa voisine Liz Bartlett (Sandy Duncan), qui acceptent de lui venir en aide dans la réparation de son vaisseau, le chat se révèle capable de prédire certains événements de l’avenir, dont les résultats des courses ! De quoi fantasmer. Il est doté d’un collier qui lui permet de communiquer par la pensée sans ouvrir la gueule (ce qui évite des dépenses inutiles en effets spéciaux) et qui est équipé d’un dispositif de traduction – les aliens avaient tout prévu.

L’idée de faire du chat un alien est reprise en 1992 par les Hongkongais – il fallait bien que cela arrive – à travers The Cat, dans lequel Nam Nai Choi (le réalisateur de The Seventh Curse, tout s’explique !) met en scène un chat et une jeune femme, tous deux extra-terrestres, cambriolant des musées afin de réunir le matériel nécessaire à leur retour sur leur planète.

Avec son pelage noir, le chat passe d’abord pour une créature maléfique aux yeux du flic Wisely (interprété par… Waise Lee), lequel enquête sur une suite de meurtres reliés à l’animal. Mais le chat s’avère être un digne général qui ne cherche qu’à rentrer chez lui (un peu comme Jake, finalement) et qui se trouve être poursuivi par un alien redoutable, dont les pouvoirs principaux consistent à absorber l’énergie des autres et à se transformer en une sorte de bouillie organique informe de couleur orange (façon Tetsuo dans Akira). Classé catégorie III pour ses quelques scènes gore – des passages plus hilarants qu’effrayants – , The Cat est un monument du film Z, doté d’un scénario invraisemblable mais à mourir de rire, en plus de se payer le luxe de recourir aux services d’un chorégraphe d’arts martiaux, en l’occurrence Philip Kwok (le directeur d’action d’A toute épreuve et du Pacte des Loups).

Car dans The Cat, il y a bel et bien des arts martiaux ! Mais à la grande surprise du spectateur éberlué, la scène de combat centrale du film n’implique pas des humains mais des animaux : sous un ciel nocturne et orageux, au beau milieu d’une décharge de voitures fracassées, le chat affronte un gros chien lancé à ses trousses… Un vrai décor de film d’horreur pour un affrontement mémorable au cours duquel le chat fait preuve d’une belle inventivité (il connaît les fonctionnalités des voitures) pour contrer les attaques du molosse qui se déchaîne contre lui. Un film tout simplement culte, à découvrir de préférence en groupe lors d’une soirée bien arrosée.

Vous ne lui avez toujours pas donné son Kritekrat…

Attention, chat méchant. Vénéré pour son mystère, sa beauté et son indépendance, le chat est aussi un acteur récurrent du cinéma d’horreur. Si le chat roux incarne typiquement le gentil petit animal de compagnie, le chat noir cristallise quant à lui toutes les peurs et les superstitions et se retrouve bien souvent relégué au mauvais rôle de l’annonciateur de mauvais présage – un trait de caractère tourné en dérision par Tex Avery dans Le Chat Noir porte malheur (Bad Luck Blackie, 1949). Comment expliquer une telle discrimination ?

Le coupable est peut-être bien l’auteur anglais Edgar Allan Poe, dont la nouvelle Le Chat Noir a fait des émules depuis sa première publication en 1843. L’histoire exprime à merveille la double nature du chat observée dans les légendes, à travers son rapport avec le Mal mais aussi avec la Femme : le narrateur, un homme qui avait toujours aimé les animaux, ne voit-il pas sa haine et sa répulsion envers le chat s’accroître dès lors que son épouse manifeste un attachement au félin ? Son obsession malsaine pour le chat n’aboutit-elle pas, ultimement, au meurtre de sa femme ? La présence du chat noir révèle les vices cachés et les pulsions inavouables de l’homme, lequel fait de l’animal l’exutoire de tout son sadisme (il lui arrache un œil, le pend) avant d’être finalement châtié pour ses crimes, grâce au chat bien entendu.

La nouvelle d’Edgar Allan Poe a donné lieu à de multiples adaptations, parmi lesquelles on citera The Black Cat (Edgar G. Ulmer, 1934) ou encore l’œuvre éponyme de Lucio Fulci (1981). Dario Argento a lui aussi livré sa version dans Deux Yeux Maléfiques en 1990, tandis que George Romero et Stephen King écrivaient le scénario d’une adaptation libre intitulée Cat from Hell, présentée dans Les Contes de la Nuit Noire (John Harrison, 1990). On parle à présent d’une adaptation par Stuart Gordon (Re-Animator, Les Poupées) dans Masters of Horror, version qui mettrait en scène Edgar Allan Poe lui-même aux prises avec un chat noir en plein pendant l’écriture de la nouvelle Le Chat Noir (Update : Stuart Gordon a réalisé The Black Cat en 2007 – NDLR).

D’autres films d’horreur ont exploité la terreur suscitée par le chat, encore persistante dans l’imaginaire collectif. N’oublions pas une caractéristique majeure du félin : sa qualité de redoutable chasseur. Aussi vifs qu’insaisissables, les chats du grand écran se transforment parfois en prédateurs, comme c’est le cas dans Strays (John McPherson, 1991), quand il ne devient pas complice d’un cannibale comme dans Night of a Thousand Cats (René Cardona Jr., 1972)…

Enfin, comment ne pas oublier la star Orangey, acteur-chat célèbre dans les années 50 pour ses prestations dans Diamant sur Canapé (Blake Edwards, 1961) mais aussi dans L’Homme qui rétrécit (Jack Arnold, 1957) – le chat qui poursuit ce pauvre Scott Carey (Grant Williams), c’est lui ! Ce film mythique de Jack Arnold raconte l’histoire étrange d’un homme qui devient mystérieusement de plus en plus petit suite à une contamination radioactive. Alors que le chat représentait à ses yeux un animal familier et bienveillant, il en devient la proie. Mais qu’est-ce qui est pire, entre le chat et l’araignée ?

chats_lhommequiretrecit01Son rival : le chien

S’il est un animal avec lequel le chat a du mal à composer, c’est le chien. Ce dernier n’est autre que son rival dans le cœur de l’homme et donc sur le territoire domestique. Quant à savoir laquelle des deux espèces entretient la plus grande peur de l’autre, c’est une autre histoire : le plus peureux n’est peut-être pas celui qu’on croit.

Il fallait bien que cette haine ancestrale soit exploitée au cinéma. Les aventures de Tom et Jerry (Hanna-Barbera), qui voyaient le chat poursuivre inlassablement la souris, font parfois intervenir le chien pour botter les fesses du chat. C’est le cas dans The Bodyguard (1944), dans lequel un bouledogue sauvé de la capture par Jerry promet à ce dernier de lui venir en aide. Il suffit à la souris de siffler un bon coup pour que Tom se prenne une bonne raclée.

Du côté de Tex Avery, l’excellent Le Chat Noir Porte Malheur, s’appuie sur un principe similaire, sauf que cette fois, c’est le gros bouledogue qui a le mauvais rôle, puisqu’il persécute un pauvre petit chaton sans défense. C’est ainsi qu’un jour, un chat noir cool et décontracté, membre de la « Bad Luck Company », propose au chaton ses services et lui donne un sifflet : au signal, il fait un passage surprise (et en musique) devant cette racaille de chien afin de lui porter malheur. Un bon moment de rigolade dont on ne se lasse pas – comme la plupart des Tex Avery. La même année et toujours chez Tex Avery, un chat révélait dans The Counterfeit Cat sa nature hypocrite en se déguisant en chien afin d’attraper un canari.

Certains films exploitent l’hostilité entre chiens et chats de manière nettement moins heureuse, comme dans le stupidissime Comme Chiens et Chats (Lawrence Guterman), qui met en scène un chiot sacré malgré lui agent secret dans la lutte contre la menace féline. Dans ce film, non seulement les chats sont méchants, idiots et ambitionnent rien moins que de conquérir la Terre, mais ils ont l’accent russe ou bien utilisent des armes de ninjas, font du kung-fu. Amusant pourrait-on dire, mais légèrement arriéré, voire carrément raciste, surtout pour un produit qui s’adresse à un très jeune public. Dans Comme Chiens et Chats, les chiens incarnent l’esprit américain par excellence face à la menace orientale, tout cela décliné presque exclusivement au masculin – une seule femelle parmi les innombrables chiens, aucune chez les chats (mais comment donc se reproduisent-ils ?). Un film laid qui véhicule une philosophie douteuse fondée sur la notion de « race supérieure »… pour petits et grands !

Rassurons-nous, Comme Chiens et Chats n’est pas significatif d’un nouveau mouvement anti-chats. Les deux opus de Garfield en sont la preuve. Par ailleurs, quelques années plus tôt sortait le film pour enfants Retour au bercail (Duwayne Dunham, 1993), tiré du roman The Incredible Journey. Ce film mettait en scène un trio de choc, deux chiens et un chat qui se perdaient en s’aventurant trop loin de leur domicile… Enfin, mentionnons dans Harry Potter et le Prisonier d’Azkaban les rapports de complicité entre Pattenrond, le chat d’Hermione, et le gros chien noir que Harry prend pour un agent de Voldemort et qui n’est autre que Sirius Black…

Un espoir de réconciliation entre les deux espèces ?

harrypotter3_pattenrond
Même en second rôle, on ne l’oublie pas

Un chat reste un chat : il faut qu’il se fasse remarquer d’une manière ou d’une autre, quelle que soit la place que lui a prévu le scénario. Partenaire de l’héroïne comme Jiji dans Kiki, la petite sorcière (Hayao Miyazaki, 1989) ou sidekick temporaire de Schwarzenegger comme le personnage animé Moustache dans Last Action Hero (John McTiernan, 1993), le chat a bien le droit lui aussi au statut de co-star, fut-ce le temps d’une ou deux scènes. Certains acteurs semblent par ailleurs manifester des affinités particulières avec les félins, comme Will Smith, qui peut se targuer d’en avoir sauvé deux, un dans Ennemi d’Etat (Tony Scott, 1998) et un dans I, Robot (Alex Proyas, 2004), et à chaque fois d’un éboulement.

D’autre part, le chat symbolisant traditionnellement le Mal, on le retrouve aussi aux côtés du méchant de service : la tendance est initiée par Blofeld, légendaire méchant de la série des James Bond, un homme en fauteuil roulant constamment accompagné d’un chat blanc – certains ont même émis l’hypothèse que le chat serait le véritable instigateur des malfaisances. La mode a même été suivie par le Docteur Gang et son chat Madchat dans la série télévisée Inspecteur Gadget et plus tard dans la parodie Austin Powers (ce qui vaut au matou au majestueux pelage d’être congelé avec son maître et – ô catastrophe – de perdre tous ses poils à son réveil).

Il y a aussi ces chats pour lesquels on a tremblé, ces petits chats innocents pris au piège comme dans Willard (Glen Morgan, 2003), l’histoire d’un homme (Crispin Glover) qui héberge et élève des rats dans son sous-sol. La scène du chat en a traumatisé plus d’un, et il faut dire que le réalisateur n’y va pas de main morte : il s’arrange non seulement pour faire durer au maximum la traque de l’animal par les rats, mais remue ensuite le couteau dans la plaie en prenant bien soin de nous attendrir à travers un gros plan sur la tête toute mignonne de l’animal, juste avant le saut du dernier espoir, avec l’issue horrible que l’on connaît. Le procédé est classique : derrière le petit animal tout mignon, c’est l’enfant innocent qui est visé. On l’a tous remarqué, les films montrent rarement des enfants se faire trucider (tout le monde n’est pas d’humeur à pondre un The Untold Story) et font passer la pilule en utilisant un animal, ce qui est bien moins insupportable mais laisse le spectateur faire la transposition.

On a aussi eu des sueurs froides pour le petit rouquin tigré Jones, le chat de Ripley (Sigourney Weaver) dans Alien, lui aussi congelé avec sa maîtresse bien que cela n’ait pas eu les mêmes conséquences que sur le compagnon de l’ennemi d’Austin Powers. Fort heureusement pour Jones, que Ripley abandonne momentanément dans un couloir vers la fin du film (gros plan sur les oreilles du chat, la gueule de l’alien toute proche), la monstrueuse créature ne s’intéresse pas à lui, ce qui explique qu’il ait été le témoin muet de plusieurs meurtres tout au long de l’hécatombe qui a frappé le Nostromo.

De chat témoin il est aussi question dans La Fureur du Dragon (Bruce Lee, 1972), qui voit Bruce Lee et Chuck Norris s’affronter au milieu des ruines avec pour arbitre… un chat, lequel donne littéralement le coup d’envoi de l’affrontement brutal sur le point d’opposer les deux artistes martiaux dont l’un représente le kung-fu et l’autre le karaté.

Mais le mot de la fin revient au chat farceur de la vieille Mrs Munson dans Ladykillers (Joel & Ethan Coen, 2004), voleur de doigt coupé, surgissant parfois à l’improviste dans les pattes des gangsters, quitte à en faire tomber un dans les escaliers. Observateur et imprévisible jusqu’au bout, ce mignon petit chat se pose en juge et témoin des méfaits des humains, qui croyaient échapper à l’ironie de leur destin… Les présomptueux !

Dossier réalisé par Élodie et Caroline Leroy
Remerciements à Arnaud Mangin

Article publié sur DVDRama.com le 19 juillet 2006

Share.