OST : ‘The Return of the King’, The Complete Recordings

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On l’attendait depuis des années : The Return of the King – The Complete Recordings (ou Le Retour du Roi – Enregistrement intégral), soit l’intégrale de la bande originale du troisième volet du Seigneur des Anneaux, est enfin disponible ! Arrivé dans les bacs le 20 novembre 2007, ce superbe coffret comprenant rien moins que quatre CD et un DVD Audio fait suite à The Fellowship of the Ring – The Complete Recordings, sorti le 22 novembre 2005, et The Two Towers – The Complete Recordings, sorti le 7 novembre 2006. Autant dire que la trilogie de Peter Jackson nous livre environ une bande originale par an depuis 2001.


Compte tenu de la durée respective des trois longs métrages, il était évident que les premières éditions n’offraient que des versions tronquées de la composition musicale de Howard Shore. Si le résultat s’avérait tout de même des plus plaisants en ce qui concernait La Communauté de l’Anneau et Les Deux Tours, les Complete Recordings permettaient de redécouvrir dans leur intégralité l’ensemble des morceaux déjà connus en plus d’un certain nombre d’inédits avec une prise de son exceptionnelle. On citera parmi les plus beaux passages l’hypnotique Caras Galadhon et l’émouvant The Departure of Boromir dans The Fellowship of the Ring – The Complete Recordings, et les envolées lyriques de The Last March of the Ents et Theoden Rides Forth dans The Two Towers – The Complete Recordings. Le score complet du Retour du Roi était particulièrement attendu pour une bonne raison : la première édition laissait franchement les fans sur leur faim puisque certains des morceaux les plus marquants du film en étaient absents. Un sentiment de frustration que le coffret The Return of the King – The Complete Recordings vient balayer en offrant plus de quatre heures de pur bonheur.


Auteur de plus de soixante-dix bandes originales de films, Howard Shore a collaboré avec quelques unes des plus fascinantes personnalités actuelles du Septième Art. Il a entre autres composé à une exception près toutes les bandes originales des films de David Cronenberg depuis 1979 – on le retrouvait d’ailleurs au générique de History of Violence et plus récemment de Eastern Promises. Il a aussi œuvré pour le compte de Martin Scorsese (Gangs of New York, Aviator, Les Infiltrés), Tim Burton (Ed Wood) ou encore David Fincher (Se7en, Panic Room). Avec Le Seigneur des Anneaux, Howard Shore entre dans l’Histoire en signant l’une des plus belles compositions que le cinéma nous ait donné d’entendre ces dernières années. Si Peter Jackson a su restituer l’univers foisonnant de Tolkien, l’œuvre de Shore a véritablement insufflé la vie à la Terre du Milieu telle qu’elle est représentée dans la Trilogie.

On se souvient que la bande son de La Communauté de l’Anneau était marquée par la récurrence de la mélodie chaleureuse à la flûte associée aux Hobbits, mais aussi du thème glorieux de la Communauté. En réalité, la plupart des thèmes phares de la trilogie étaient mis en place dès ce premier opus. Ainsi, les thèmes associés aux Elfes, aux Nazgûls, aux Nains ou encore aux Uruk-hai revenaient sous différentes formes dès lors que les personnages concernés faisaient leur apparition. De son côté, Les Deux Tours était dominé par le thème du Rohan avec son violon Hardanger entêtant, et introduisait notamment les thèmes de Gollum et de la Nature (The Last March of the Ents). Dans Le Retour du Roi, c’est le peuple du Gondor qui est à l’honneur à travers un thème héroïque en Majeur revenant maintes fois tel un refrain. Ainsi, dans The Return Of The King – The Complete Recordings, la gloire du Gondor s’exprime dans toute sa splendeur avec The Lighting of the Beacons (disque I – 15), grand moment de bravoure qui doit beaucoup à la puissance des cuivres et à l’énergie des violons, et qui permet au passage de se rendre compte de la profondeur sonore de cette nouvelle édition. Le même thème du Gondor se fait aussi entendre dans The Grace of Undomiel, juste après la chanson dédiée à Arwen, comme pour exprimer la bénédiction offerte par cette dernière à son bien-aimé. Plus funeste est la version entendue dans The Sacrifice of Faramir (II – 4), un titre déjà présent dans l’autre édition.

Aux relents héroïques du thème du Gondor s’opposent bien entendu les accents tragiques et défaitistes des morceaux illustrant les scènes avec Denethor (The Pyre of Denethor), mais aussi et surtout les basses lourdes et inquiétantes qui accompagnent l’armée du Mordor. Ainsi, A Coronal of Silver and Gold (disque I – 14) reprend en partie le thème d’Isengard entendu dans La Communauté de l’Anneau. Mais c’est surtout l’excellent The Siege of Gondor (disque II – 12) qui traduit la brutalité et la noirceur des envoyés de Sauron : sur un rythme militaire, les cuivres font lourdement monter la tension tandis que la horde de créatures s’avance inéluctablement, avant que des chœurs endiablés ne marquent l’arrivée surprise des Nazgûls – on se souvient des sublimes plans aériens montrant les créatures assaillir la cité de Minas Tirith. Parmi les Forces du Mal en présence dans Le Retour du Roi, on compte aussi la fameuse araignée géante, Shelob, qui se voit cette fois consacrer deux musiques distinctes marquées par de nombreux changements de tonalité, la première traduisant l’affolement de Frodon dans la grotte (Shelob’s Lair / II – 13) et la seconde la lutte acharnée de Sam contre la sombre bestiole (Shelob The Great / III – 2).


Dans l’édition précédente, on regrettait l’absence du morceau qui participait à donner toute son ampleur et son souffle épique à la charge des Rohirrim sur les Champs de Pelennor. Injustice amplement réparée avec la quatrième piste du troisième disque, The Battle Of The Pelennor Fields, l’un des temps forts de The Return Of The King – The Complete Recordings. Ce morceau crépusculaire réunit pour la dernière fois deux des thèmes majeurs entendus dans Les Deux Tours, celui de la Nature et celui de Rohan (reprise du violon Hardanger), pour porter avec force et majesté cet ultime coup d’éclat de l’armée de Theoden. Les exploits d’Eowyn face au Roi Sorcier d’Angmar sont eux aussi illustrés par Shieldmaiden of Rohan (III – 9), un passage marqué par la montée en puissance de chœurs masculins et féminins exprimant la tension du face-à-face entre le général de Sauron et la guerrière. Un titre immédiatement suivi du mélancolique The Passing of Theoden (III – 10), inédit lui aussi, qui s’attarde sur la relation émouvante entre le Roi et sa nièce.

L’incroyable alchimie entre l’œuvre de Peter Jackson et la composition de Howard Shore fonctionne aussi beaucoup par un système de rappels, les thèmes phares des deux premiers opus faisant parfois de soudaines incursions pour évoquer un instant du passé. Ainsi, tandis que les chœurs aériens de Fondcombe se font entendre dans Andúril – Flame of the West (II – 7), une réminiscence de la mélodie énigmatique associée à la Lothlórien accompagne le moment où Galadriel apparaît à Frodon (Shelob’s Lair). Le temps des Elfes appartient au passé mais ils laisseront une empreinte indélébile en Terre du Milieu. Le morceau The Eyes Of White Tower (I – 13) est quant à lui brièvement traversé par un extrait de The Departure of Boromir (La Communauté de l’Anneau) au moment où le fils préféré de Denethor est évoqué par celui-ci.


Si le thème en Majeur de la Communauté se fait entendre à plusieurs reprises pour marquer le triomphe de celle-ci (« For Frodo », The Fellowship Reunited), l’anneau reste quant à lui plus que jamais au cœur de l’histoire, comme l’exprime le chant ensorcelant et en mineur qui revient doucement mais de manière récurrente tout au long de la trilogie, et qui exprime la séduction exercée par l’objet maudit. Ce chant, on l’entend notamment dans la séquence introductive du métrage avec Smeagol et Deagol (Roots of Beginning / I – 1). Il se manifeste aussi discrètement et sous forme instrumentale à l’instant même où Frodon hésite à jeter l’anneau dans la Montagne du Destin. Lorsque les chœurs explosent pour exprimer le bouleversement de situation (« L’Anneau est à moi! »), le nouveau mixage fait encore une fois des prouesses, offrant une ampleur et une précision sonore époustouflantes dans les morceaux qui accompagnent le final grandiose (Mount Doom et The Crack of Doom / IV – 1 et 2).

Comme dans les précédents volumes, Howard Shore choisit soigneusement ses interprètes et musiciens. Après Enya pour La Communauté de l’Anneau (May It Be) et Emiliana Torrini pour Les Deux Tours (Gollum’s Song), c’est au tour d’Annie Lennox de prêter sa voix au générique de fin du Retour du Roi. Oscarisée en 2004 en même temps que le compositeur, elle interprète Into The West, titre lyrique aux paroles d’une grande poésie et dont la mélodie s’annonce à plusieurs reprises à mesure que l’on approche de la fin du film.

Dans la bande originale du Retour du Roi, la voix de la soprano Renée Fleming a définitivement pris la place de celle d’Enya. En plus de reprendre la chanson d’amour d’Aragorn et Arwen dans The Grace of Undomiel, Renée Fleming accompagne de sa voix envoûtante et aérienne les derniers instants de Gollum (Mount Doom / IV – 1), le vol des aigles (The Eagles / IV – 3) mais aussi l’entrée d’Arwen dans le monde des Hommes (The Fellowship Reunited / IV – 4). Parmi les interprètes majeurs de la trilogie du Seigneur des Anneaux, on ne pourra passer à côté du jeune Ben Del Maestro qui porte décidément si bien son nom. Sa voix exceptionnelle qui nous émerveillait déjà dans La Communauté de l’Anneau (In Dreams) et Les Deux Tours (The Last March of the Ents) revient à plusieurs reprises dans ce tout dernier opus, notamment pour reprendre le thème de la Nature dans « For Frodo » (III – 16). Parmi les musiciens, le flûtiste Sir James Galway, connu notamment pour avoir œuvré aux côtés de Herbert Von Karajan, accompagne les derniers efforts de Frodon et Sam (The Mouth Of Sauron / III – 15) avant d’apporter une maturité nouvelle au thème des Hobbits (The Fellowship Reunited, The Journey of the Grey Havens et Elanor / IV – 4, 5, 6).

Mentionnons enfin la participation de certains membres du casting tels que Viggo Mortensen qui chante le couronnement d’Aragorn (The Fellowship Reunited), Liv Tyler dont la voix douce intervient dans The House of Healing (III – 11), et surtout Billy Boyd qui compose, écrit et interprète une complainte mélancolique (The Edge of Night).


Outre les quatre disques, The Return Of The King – The Complete Recordings contient à l’instar des volumes précédents un DVD Audio reprenant l’intégralité de l’enregistrement et proposant deux pistes son, un Dolby Stéréo et un Dolby Digital 5.1. Attention toutefois en maniant ce DVD qui s’étale sur deux faces et qui s’avère donc très fragile. Le 5.1 offre le loisir de redécouvrir la composition de Howard Shore avec un son d’une pureté exceptionnelle, joliment réparti entre les différents canaux pour créer un effet d’enveloppement particulièrement plaisant. Un enchantement de chaque instant. Les détenteurs d’un lecteur DVD compatible audio pourront même accéder à deux pistes supplémentaires, un Stéréo et un Surround Haute Résolution (48khz / 24bit). Les menus bénéficient quant à eux d’une présentation esthétique et sobre reposant sur des images fixes dans des tons éthérés, ne détournant jamais l’attention du spectateur de la musique. Enfin, outre le packaging de toute beauté, il faut ajouter un livret de 48 pages qui apporte quantité d’informations sur les intentions du compositeur, en plus d’être joliment illustré par des images du film et des extraits de partitions musicales.

Destiné aux collectionneurs ou même aux simples fans de la trilogie de Peter Jackson, The Return Of The King – The Complete Recordings s’avère non seulement à la hauteur de toutes les espérances mais fait littéralement revivre minute par minute la version longue du Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi. A posséder absolument.

Elodie Leroy
Article publié sur Filmsactu.com le 30 novembre 2007

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