Motoko Kusanagi enquête sur des affaires toujours plus mystérieuses dans la série Ghost in the Shell: Stand Alone Complex, exploration visionnaire d’un futur envahi par les technologies.

Sept ans après le film Ghost in the Shell de Mamoru Oshii et juste avant la sortie de Ghost in the Shell: Innocence, les Productions I.G. livrent Ghost In the Shell: Stand Alone Complex, série de vingt-six épisodes consacrée aux enquêtes de la Section 9.

Synopsis : Dans un futur proche où le monde entier est envahi par l’Internet et le développement cybernétique, de nombreux humains ont recours à des greffes d’éléments artificiels afin d’améliorer leurs performances. Le major Motoko Kusanagi en fait partie et peut ainsi accomplir des prouesses impressionnantes qu’elle met au service de la section 9, une force spéciale d’intervention mise en place par le Ministère de l’Intérieur pour lutter contre la cybercriminalité dans les hautes sphères de la société.

Volume 1 : épisodes 1 à 4

Les amateurs du film ne seront pas dépaysés par l’univers visuel de la série : les décors et l’aspect technologique sont proches de l’œuvre d’Oshii. Pas de surprise non plus concernant les personnages : on retrouve Motoko Kusanagi, héroïne du film et du manga, ainsi que les autres membres de la Section 9.

La série comporte deux types d’épisodes : les épisodes « Stand Alone », qui constituent des histoires indépendantes les unes des autres, et les épisodes « complex », qui suivent une trame globale. Ainsi les trois premiers épisodes sont de type « Stand Alone » tandis que le quatrième annonce le point de départ d’une histoire qui va apparemment se développer tout au long de la série.

Ces premiers épisodes se présentent sous forme d’enquêtes policières, dont le scénario est efficace et bien rythmé et où l’action est au rendez-vous. Là où la série se démarque de l’œuvre d’Oshii, c’est dans sa dimension humaine. En effet, si le film était impressionnant par son aspect philosophique, il était caractérisé par une certaine froideur. Ici, l’atmosphère et les relations entre les personnages sont plus chaleureuses, l’humour est plus présent, et les histoires elles-mêmes ne manquent pas de sensibilité, sans pour autant verser dans le mélodrame.


Techniquement, Ghost in the Shell : Stand Alone Complex ne marque pas par ses innovations mais bénéficie d’une animation de très bonne qualité, en particulier dans les scènes d’action qui sont clairement les plus soignées. On devine que les animateurs ont utilisé la 3D pour l’animation des méchas, en ajoutant des textures offrant un rendu proche de celui de l’animation traditionnelle.

Ainsi la 3D est parfois tellement bien intégrée qu’elle passe quasiment inaperçue tout en ayant les avantages de ce type d’animation. Par ailleurs, le générique du début, très onirique, est entièrement réalisé en 3D.

Concernant le design des personnages, réalisé par Makoto Shimomura, il est dans la lignée du long métrage mais plus fidèle au manga que celui-ci. On devine aussi que Kenji Kamiyama voulait que ses personnages aient l’air plus humain que dans l’œuvre d’Oshii. Cependant, le design de l’héroïne est sans doute le point faible de la série car il ne s’intègre pas bien à l’esprit d’ensemble.

En effet, quand on la voit évoluer en slip échancré au beau milieu de personnages qui ont parfois l’air d’être habillés pour l’hiver, on ne peut s’empêcher de trouver qu’elle jure avec le décor. Si cet aspect n’avait rien de gênant dans le film, ici son physique est loin d’être aussi gracieux et ne correspond plus du tout à celui d’une femme en mesure d’accomplir des prouesses acrobatiques.

Cette introduction du « fan service » dans un univers par ailleurs mature a clairement vocation à attirer un public adolescent. Attention à ne pas décrédibiliser le personnage.


Malgré cette petite faute de goût, force est de constater que Ghost in the Shell : Stand Alone Complex bénéficie d’un réel travail tant graphique que scénaristique. Le tout est d’ailleurs mis en valeur par la composition musicale de Yoko Kanno, qui a su se démarquer de celle de Kenji Kawai tout en collant à l’univers cyberpunk de la série. Ghost in the Shell : Stand Alone Complex s’annonce comme une série haut de gamme et ce premier volume donne réellement envie de poursuivre l’aventure.

Volume 2 : épisodes 5 à 8

Suivant la logique installée dans les épisodes précédents, l’alternance entre les épisodes « Complex » et les épisodes « Stand Alone » se poursuit dans ce second volume de la série Ghost in the Shell. Ainsi, on retrouve tout d’abord deux épisodes de type Complex, intitulés Decoy et « Même », qui développent la trame principale à savoir l’affaire du Rieur. Ils sont suivis par deux histoires indépendantes, Idolater et Missing Hearts, deux nouvelles enquêtes menées par la Section 9.


L’affaire du Rieur continue de faire parler d’elle, plus mystérieuse que jamais. Cette fois, il s’agit pour l’équipe de Motoko d’assurer la protection du préfet Daidô. La brigade d’enquête spéciale soupçonne un certain Nanao A d’être à l’origine des menaces de mort qui pèsent sur lui. Si le premier de ces deux épisodes est un peu long à démarrer et se perd un peu en bavardage, le développement se révèle intéressant, en particulier la naissance d’une nouvelle forme de terrorisme et de piratage.

L’épisode Idolater introduit un personnage intriguant, Marcelo Jarti, un héros mythique de la révolution sud-américaine. Celui-ci se rend au Japon suite à un attentat sur sa personne, mais il est soupçonné d’orchestrer par la même occasion un trafic de drogue. Dans l’épisode Missing Hearts, Motoko devra enquêter sur une affaire de trafic d’organes.

Si le premier de ces deux Stand Alone fait tout pour brouiller les pistes et nous mène à une conclusion inattendue, le second s’avère un peu décevant. En effet, mis à part le directeur de la société de production d’organes cybernétiques qui introduit un peu d’humour (sans toutefois éviter les banalités dans le genre), l’histoire ne tient pas vraiment ses promesses et les personnages introduits ne sont pas très intéressants. Le point positif de cet épisode est d’apporter enfin un peu d’épaisseur psychologique à l’héroïne, qui jusqu’ici restait trop monolithique.


Malgré ces quelques inégalités de niveaux entre les épisodes, la trame de la série introduit des concepts intéressants et l’action est toujours au rendez-vous. A noter des scènes d’actions animées de façon impressionnante dans l’épisode Idolater, notamment celle où Motoko affronte les deux femmes.

Par ailleurs, on pourrait reprocher à cette série les échanges dialogués incessants entre les membres de la Section 9, mais la musique joue réellement son rôle d’introduire une ambiance. D’autre part, la mise en scène est toujours au top et l’animation atteint parfois un niveau comparable à celui des meilleures séries. Affaire à suivre…

Volume 3 : épisodes 9 à 12

Sur le modèle des épisodes précédents, l’alternance entre les épisodes complex et les épisodes stand alone se poursuit dans la série Ghost in the Shell: Stand Alone Complex, alias GITS SAC.

Et c’est directement sur un épisode complex que commence ce troisième volume avec Chat! Chat! Chat!, qui comme son nom l’indique met en scène une conversation virtuelle. Même si nous sommes en pleine science-fiction, cet échange est représenté de manière plutôt juste et intéressante et rappelle les véritables chats : les personnages qui parlent sont assis en cercle, tandis qu’un public d’auditeurs (les lurkers) se tient dans l’ombre en arrière-plan. Même les comportements des chatters vis-à-vis de l’affaire qui les occupe – il s’agit d’un chat consacré au Rieur – sont bien vus, en particulier l’attitude du fan frimeur et du hacker.


Les intervenants tentent d’élucider le mystère et discutent des pistes laissées par le mystérieux pirate. Ce chat est aussi très utile au spectateur, qui peut ainsi faire le bilan des indices disséminés jusqu’à présent. Un épisode extrêmement bavard, qu’il est bon de visionner plusieurs fois afin de bien le comprendre.

L’affaire suivante, Jungle Cruise, est un épisode stand alone. Il s’agit d’une enquête autour d’un tueur en série qui écorche ses victimes de manière particulièrement atroce. Le fond de cette histoire s’appuie sur un propos foncièrement anti-américain, ne serait-ce qu’à travers le comportement suspect des agents US envoyés sur place pour assister l’équipe de Motoko. Davantage centré sur Batô, cet épisode bénéficie d’un rythme efficace et d’une belle mise en scène, notamment dans la scène d’action finale.

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Portraitz est un épisode complex et raconte l’enquête menée par Togusa dans un centre d’aide sociale pour enfants handicapés. En réalité, ces derniers sont exploités et semblent tous victimes d’un déséquilibre psychologique. Même si cet épisode fait partie de la trame principale, il est assez différent des épisodes complex vus jusqu’à présent, puisque l’atmosphère cyberpunk est mise en sourdine. L’affaire du Rieur s’exprime dans un cadre inattendu.


Escape From, épisode stand alone dont le titre original japonais se traduit par « fugue d’un tachikoma, rêve d’un réalisateur », est en réalité composé de deux histoires dont le seul lien est une intelligence artificielle trouvée par le tachikoma fugueur. C’est sans doute l’un des épisodes les plus touchants jusqu’ici, qu’il s’agisse de la première partie avec la petite fille, ou de la seconde dans laquelle le concept de l’intelligence artificielle est utilisé de manière originale et poétique.

A mesure que la série avance, les épisodes abordent des thèmes plus difficiles, sans jamais perdre de vue les enjeux principaux et notamment l’affaire qui constitue le fil directeur de la série. Les personnages prennent de l’épaisseur (même Motoko, malgré son design grotesque !) et les scénarios sont de plus en plus maîtrisés. Et on craque toujours pour les tachikomas.

Elodie Leroy

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