Critique: ‘World Invasion: Battle Los Angeles’, de Jonathan Liebesman

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Plus qu’un film catastrophe d’invasion alien, World Invasion: Battle Los Angeles s’impose comme un film de guerre 100% action, qui plonge le spectateur au cœur d’un champ de bataille peuplé d’aliens féroces, aux côtés d’une équipe de Marines et d’une poignée de civils assaillis de toutes parts. Le choix du point de vue des soldats, le rythme soutenu et la réalisation énergique confèrent à ce Battle Los Angeles une indéniable efficacité. Mais les clichés trop envahissants et les personnages insipides entravent le potentiel émotionnel de l’expérience, le reléguant au rang des divertissements sympathiques mais sans aucune personnalité. Dommage.

S’il n’avait pas convaincu avec Massacre à la Tronçonneuse : le Commencement et si son The Killing Room n’a pas eu les honneurs d’une sorties dans les salles françaises, Jonathan Liebesman est à l’origine d’un petit buzz à Hollywood depuis la diffusion du premier teaser de World Invasion: Battle Los Angeles. Un teaser sublimé par une musique atmosphérique (The Sun’s Gone Dim and the Sky’s Turned Black, de Jóhann Jóhannsson), et qui dévoilait quelques beaux plans apocalyptiques.

En effet, l’intrigue de World Invasion: Battle Los Angeles puise ses inspirations dans un fait réel : le black out survenu dans la nuit du 24 au 25 février 1942 sur toute une partie de la Californie, suite à l’apparition de plusieurs appareils aériens non identifiés au-dessus de Los Angeles. Croyant à une invasion japonaise (Pearl Harbor n’était pas loin), la DCA n’avait alors pas hésité à ouvrir le feu. Les appareils ont finalement disparu et l’énigme de leur origine n’a jamais été élucidée.

Près de soixante-dix ans plus tard, le long métrage qui nous intéresse reprend à son compte le nom de l’incident, « Battle Los Angeles », pour mettre en scène une guerre sans merci entre l’armée américaine et des envahisseurs extra-terrestres. Le film World Invasion: Battle Los Angeles est-il à la hauteur des espérances suscitées par sa campagne alléchante ? Pas complètement. Jonathan Liebesman délivre toutefois un divertissement honnête et techniquement réussi, à défaut de briller par son scénario et de posséder une véritable identité.

La première bonne nouvelle – car il y en a plusieurs –, c’est que Battle Los Angeles s’avère entretenir un rythme extrêmement soutenu. Après une séquence d’ouverture percutante reposant sur des images de destruction massive, le film a le bon goût de ne pas étirer plus que de raison son chapitre introductif. Heureusement, car la mécanique, on la connait par cœur : c’est celle qui règne en maître sur tous les films catastrophe depuis des décennies. À la manière d’un film choral, plusieurs soldats destinés à former le noyau dur des personnages nous sont présentés en parallèle à travers les enjeux majeurs qui gouvernent leur vie 24h avant l’invasion. Très vite, les événements se bousculent autour de cette équipe de Marines envoyés en mission d’évacuation, et parmi lesquels le Sergent Nantz (Aaron Eckhart) peine à s’intégrer en raison d’un passé difficile lui valant l’hostilité de ses collègues.

Avec une efficacité indéniable que l’on doit aussi bien à un montage péchu qu’à un jeu de caméra à l’épaule maîtrisé, Jonathan Liebesman parvient à installer une réelle tension dans la première heure, de l’arrivée en force des créatures sous les yeux effarés des soldats, à l’embuscade dont ces derniers seront les infortunées victimes, et qui réserve quelques petites scènes en huis clos tout à fait sympathiques.

Sur le plan technique, il serait vain de cracher dans la soupe : Battle Los Angeles bénéficie d’une qualité de production incontestable et offre de vraies visions de fin du monde, à la fois crédibles et surréalistes. Entre les grands angles sur Los Angeles à feu et à sang, les intérieurs dévastés mais aussi les créatures et les drones insaisissables, le soin visuel est au rendez-vous, soutenu qu’il est par des effets spéciaux de qualité et par une panoplie d’effets sonores fort bien mixés. Aux côtés des Marines et d’une poignée de civils, Battle Los Angeles enchaîne donc les scènes d’action avec une certaine virtuosité formelle, même si la bande-originale ronflante vient parfois plomber l’ambiance.

Jonathan Liebesman a d’autre part la bonne idée de s’en tenir strictement au point de vue de ses héros, ne permettant qu’en de très rares occasions au spectateur d’anticiper les menaces qui s’abattent sur les soldats, à une cadence effrénée. Une cadence peut-être un peu trop rapide d’ailleurs, le trop plein d’action risquant plus d’une fois de blaser le spectateur.

Mais le vrai souci vient des enjeux dramatiques, c’est-à-dire ceux qui concernent les personnages et qui s’avèrent complètement inconsistants. Battle Los Angeles enchaîne cliché sur cliché (la palme revenant au lien qui se crée entre Nantz et le petit garçon) et peine ainsi à susciter une quelconque émotion. Ainsi, les personnages passant de vie à trépas le font dans l’indifférence générale (des spectateurs, du moins), peu aidés en cela par des dialogues sans saveur, si ce n’est qu’ils sont assaisonnés de manière un peu trop prononcée par un discours de fond glorifiant l’armée américaine. En d’autres termes, Battle Los Angeles est peut-être la plus grosse publicité pour l’US Army vue au cinéma depuis des années. Cela dit, cet aspect n’est pas dénué de justification car il devient vite évident que Jonathan Liebesman a conçu son Battle Los Angeles non comme un film d’invasion façon La Guerre des Mondes (avec lequel son film tient difficilement la comparaison), mais plutôt comme un film de guerre, l’invasion alien n’étant qu’un prétexte.

Si l’on excepte quelques invraisemblances (les télévisions sont aussi tenaces que la caméra de Cloverfield) et une absence trop consensuelle d’hémoglobine, c’est en effet dans un véritable champ de bataille que nous plonge Battle Los Angeles à la manière d’un Black Hawk Down, et c’est sans doute ce parti pris qui constitue le principal élément original du film. La présence de quelques bons acteurs relève elle aussi le niveau, Aaron Eckhart (The Dark Knight, Rabbit Hole) parvenant à maintenir un semblant de fil rouge dramatique grâce à son charisme et son intensité de jeu naturelle, tandis que Michelle Rodriguez (Avatar) fait une femme soldat crédible.

On sort de Battle Los Angeles avec l’impression d’avoir pris un bon coup sur la tête mais pas vraiment d’avoir côtoyé des personnages. Moyennant quelques petites prises de risque scénaristiques, le film aurait pu être tellement plus grandiose… Jonathan Liebesman manque donc l’occasion de faire quelque chose d’énorme, mais suscite néanmoins l’envie de jeter un coup d’œil à ses prochaines fantaisies.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 14 mars 2011

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