G-Dragon dans Vogue Korea : images troublantes et révolution des genres

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L’image de G-Dragon est faite de paradoxes. Superstar de la K-pop mainstream, artiste le plus cher du monde des « idoles », icône fashion connue pour initier les tendances, le leader de BIGBANG cultive pourtant une image ambiguë et insaisissable, marquée par une envie de transgression de plus en plus perceptible, notamment à travers ses clips et ses concerts solo. Là où la plupart des rappeurs jouent la carte des valeurs viriles, G-Dragon, lui, entretient certes une image d’homme à femmes, comme il le faisait l’année dernière dans le clip de One of a Kind, mais n’hésite pas pour autant à se travestir, comme dans le clip de Crayon quelques semaines plus tard. Il y a quelques mois encore, il n’avait aucun complexe à apparaître en punk tendance SM pour se prendre la fessée dans MichiGO. Sacré G-Dragon.


Ainsi, dans mon article consacré à MichiGO, justement, je titrais « jusqu’où ira-t-il ? »… Je pensais alors que le chanteur/rappeur ne cessait de repousser les limites de la transformation physique et s’autorisait des audaces que ses confrères, souvent obligés de coller à une image façonnée par leur maison de disques, se permettent encore rarement, à quelques exceptions près. Oui, je voyais G-Dragon comme un marginal malgré son incroyable succès.

Il n’en demeure pas moins que j’étais loin d’imaginer un jour voir ça :

g-dragon_vogue0813_bt06 Vous l’aurez compris, un an après ses photos en jupe de collégienne à cheveux roses au Château de Versailles, G-Dragon s’est illustré dans de nouveaux exploits dans l’édition 17e anniversaire de VOGUE KOREA. G-Dragon est pour ainsi dire devenu intenable, il n’a peur de rien, notamment dès lors qu’il s’agit de jouer sur les ambiguïtés – voire la confusion totale – entre les genres.

Ce numéro d’Août 2013, dédié au 17e anniversaire de VOGUE Korea, se décline en trois thèmes : Black twins, Swing times et Street to street. Des thèmes dont G-Dragon est le dénominateur commun.


Je vous l’avoue, la séance de photos associée au thème Black twins, dans laquelle il pose avec la top model Soo Joo, m’a laissée bouche bée : plus d’une fois, je me suis surprise à me demander qui était l’homme et qui était la femme… jusqu’à ce que mon regard descende un peu plus bas pour confirmer – ou infirmer – mes premières impressions. Au-delà des traits raffinés du chanteur, de ces traits que nous autres, Occidentaux, qualifions trop rapidement d' »efféminés » et qui sont ici joliment mis en valeur par l’emploi du noir et blanc, ce sont surtout ses postures qui induisent la confusion. Le jeu de séduction auquel les deux modèles se livrent devant la caméra, en particulier dans la séquence de la cigarette, a quelque chose de troublant. G-Dragon posant jambes écartées, tel une actrice de film érotique, avec une fourrure entre les jambes ne l’est pas moins.
Deux autres couvertures arrivent simultanément sur les thèmes Swing times et Street to street, avec leur set de photos correspondantes à l’intérieur de la revue. Dans Street to street, notre ami forme un duo glamour avec la top model Kim Sunghee, en musiciens de rue très fashion (après tout, c’est un magazine de mode). Joli, sophistiqué, mais moins surprenant. Dans Swing times, on le retrouve aux côtés de la top model Park Ji Hye dans des tenues évoquant les années trente, l’occasion pour le chanteur d’arborer une coiffure de l’époque – oui, mais une coiffure de femme !


Bien sûr, d’aucuns diront que VOGUE Korea fait un excellent calcul en convoquant une icône majeure de la K-pop d’aujourd’hui pour son édition anniversaire. La presse coréenne a d’ailleurs salué l’emploi de talents locaux pour l’occasion, soulignant que trop de numéros prestigieux édités précédemment à la même date faisaient appel à des mannequins de type caucasien. A noter que G-Dragon n’en est pas à son coup d’essai dans la déclinaison coréenne de la revue d’Anna Wintour : il avait déjà entre autres posé avec Taeyang pour l’édition de février 2013 (et Taeyang surmaquillé, ça donne là encore un résultat assez unique). Les séances photos du thème Black twins ont cependant fait davantage couler d’encre. Une parodie existe déjà sur le web avec deux animateurs de l’émission Running Man (évidemment, Kim Jong Kook et Haha en Black twins, ça ne fait pas exactement le même effet !).

Blague à part, si l’on ajoute cette couverture dédié au thème Black twins, et toutes les photos bizarres qui vont avec, aux récents clips de K-pop jouant sur le questionnement identitaire de genre (The Baddest Female de CL), sur le travestissement (Lee Hyori en homme dans Going Crazy) ou sur tous les tableaux possibles et imaginables (Xia Junsu dans Tarantallegra, en homme, en femme, avec des hommes ou avec des femmes), il n’est pas exagéré de conclure que la Corée du Sud vit à l’heure actuelle une véritable révolution culturelle sur le plan des rapports entre les sexes (cela, on s’en doutait un peu) mais aussi de la définition-même des genres. Si l’on se souvient de l’impact en Europe, dans les années soixante-dix, des apparitions choc de David Bowie travesti et maquillé en femme, il est évident que ces initiatives n’ont rien d’anodin. À ceci près que le travestissement des stars masculines coréennes ne questionne pas forcément, aux yeux de leur public, leurs orientations sexuelles ; et ce, alors même que la société coréenne repose sur le principe de séparation des sexes. Il y aurait là un point de différence culturelle intéressant à étudier.

En tout cas, de cette révolution des genres, les icônes telles que G-Dragon font de magnifiques symboles.

Elodie Leroy

Retrouvez ci-dessous les vidéos making-of des trois thèmes de VOGUE Korea Août 2013 avec G-Dragon, suivies d’une galerie de photos.

Making of du thème ‘Black twins :

Making of du thème ‘Swing times :

Making of du thèmeStreet to street :

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