DOSSIER. ‘Running Man’: l’émission TV sud-coréenne qui rend accro (partie 1)

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Un petit coup de blues ? Regardez donc un épisode de Running Man. J’applique cette recette miraculeuse depuis deux ans et je peux vous le confirmer : ça marche ! Le problème est que vous ne connaissez peut-être pas Running Man… Pas de panique, vous saurez tout grâce à ce dossier complet qui vous initiera au concept de ce programme TV fendard venu de Corée du Sud, et qui fête fièrement ses quatre ans ce mois-ci.

Rappel des faits. Comme nous l’avons vu dans notre article Les variety shows coréens : la nouvelle frénésie mondiale, les émissions de divertissement coréennes ont acquis une énorme popularité à travers le monde, un succès favorisé par l’attrait exercé par les stars de dramas coréens et de Kpop. Si elle est loin d’être la seule à bénéficier d’une popularité mondiale, l’émission Running Man est sans doute la plus emblématique de cet engouement. Diffusée dans une dizaine de pays en Asie (Chine, Japon, Singapour, Indonésie, Vietnam…), elle fait l’objet de fansubs dans une multitude de langues à travers le monde (français, allemand, espagnol, arabe…) au même titre qu’une série TV et fait à présent partie de l’offre de la chaîne web américaine Dramafever.

Quel est le secret de ce programme qui franchit les barrières culturelles ?

Les animateurs de Running Man (SBS)

Les animateurs de Running Man (SBS)

Le concept de Running Man

Lancé en 2010, Running Man fait partie du line-up de Good Sunday, programme de divertissement diffusé le dimanche soir sur la chaîne nationale SBS (Seoul Broadcasting System) et qui regroupe plusieurs émissions.

Présenté comme un « divertissement urbain d’action », Running Man confronte chaque semaine ses animateurs et leurs invités à une succession d’épreuves ludiques : jeux d’adresse, battles de danse, concours de cuisine, challenges sportifs, chasses au trésor dans les rues de Séoul… Certaines atteignent un certain degré de folie : karaoké dans les montagnes russes, parties de football avec des superpouvoirs (bricolés avec une certaine imagination), jeux à la piscine tous plus barjos les uns que les autres. L’émission alterne aussi les épisodes de pure compétition enchaînant les épreuves avec des courses de longue haleine qui s’étalent parfois sur plusieurs opus.

À l’arrivée, les épreuves seront racontées sur 1h30 de programme au moyen d’une réalisation et d’un montage rythmés, mettant l’emphase sur le comique des situations.

Yoo Jae Suk

Les sept animateurs de Running Man répondent présents depuis les débuts. Au centre, on retrouve Yoo Jae Suk, l’animateur préféré des Coréens, réputé pour ses qualités de maître de cérémonie, son caractère chaleureux et sa capacité à rendre drôles les personnes qui l’entourent. Les aficionados de culture pop coréenne ne connaissent que lui. Les autres l’auront peut-être aperçu dans le clip de Gangnam Style (Psy) : l’homme en costume jaune qui frimait dans le parking, c’était lui.

Yoo Jae Suk est entouré de six autres personnalités du show-business coréen : l’animateur Ji Suk Jin, l’animateur et chanteur Ha Dong Hoon (alias Haha), le chanteur Kim Jong Kook, le rappeur Kang Gary (du groupe LeeSsang), l’actrice Song Ji Hyo et l’acteur Lee Kwang Soo. Jusqu’à mai 2011, on pouvait aussi compter parmi les membres l’acteur Song Joong Ki.

Chaque semaine, la bande de trublions reçoit une ou plusieurs célébrités. Personnalités du cinéma, de la télévision, de la musique ou encore du sport, ils viennent souvent (mais pas obligatoirement) promouvoir leur actualité. A noter que l’émission ne cite pas toujours explicitement cette actualité : le thème de l’épisode sera défini la plupart du temps en fonction de l’invité mais vous ne verrez jamais apparaître à l’écran l’affiche du film ou la couverture de l’album de l’artiste, pas plus que vous n’entendrez Yoo Jae Suk s’adresser à vous pour vous inviter à regarder ou écouter le produit. Ça change des émissions de divertissement françaises, qui se réduisent parfois à de simples vitrines pour les invités.

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Race… Start !

Le point culminant du show est la fameuse « Race mission », qui s’apparente à un jeu du chat et de la souris et se joue en solo ou en équipes. Les règles ? Elles sont simples. La première : protéger à tout moment son nametag, bandeau de tissu au nom de chaque joueur et attaché dans son dos. La seconde : ne faire confiance à personne ! En effet, les entourloupes sont légion et certains animateurs sont les rois de la manipulation, quand ce ne sont pas les invités qui se prennent au jeu. La production est d’ailleurs susceptible d’avoir glissé des espions briefés au préalable, voire d’avoir introduit des invités-surprises planqués en mode sniper sur le chemin des participants.

Chaque fois qu’un joueur est éliminé, il est emmené en « prison » par des hommes en noir (apparaissant tels des agents de Matrix), tandis que son nom est annoncé par haut-parleur (« Yoo Jae Suk, out ! Haha, out ! »).

En regardant Running Man, une différence avec la télévision française saute aux yeux : il n’y a pas d’argent en jeu dans les épreuves. Médaille, nametag doré ou simple titre de gloire, les récompenses sont symboliques, à quelques exceptions près. D’ailleurs, le programme ne verse pas dans le racket du téléspectateur : exit les insupportables jeux-concours des émissions françaises, qui proposent d’envoyer un SMS surtaxé pour gagner des milliers d’euros. Running Man reste centré sur sa vocation première : divertir son public.

Les clochettes de Running Man
Les race missions se jouent souvent en équipes, les chasseurs et les proies. Les proies doivent accomplir une mission consistant souvent à trouver un certain nombre d’objets dans l’espace alloué à la mission (immeuble, centre commercial, école, etc.). Les chasseurs doivent tous les éliminer avant que la mission ne soit accomplie. Pour permettre aux proies d’être averties de la présence de l’ennemi et leur laisser ainsi une chance de se cacher, les chasseurs ont une clochette attachée à leur chaussure…

Extrait vidéo : moment critique pour Kris du groupe EXO-M, qui a le temps de trébucher et de se prendre une porte vitrée pendant la poursuite…

De l’imagination et du suspense

Avec ses nombreuses références à la culture geek (films, séries, jeux vidéo…) et son concept voyant des adultes retomber en enfance, l’émission plait énormément aux jeunes mais séduit également d’autres générations. Le principe de la chasse à l’homme évoque d’ailleurs plusieurs films-cultes des années 80. On pense bien sûr au film Running Man (Paul Michael Glaser, inspiré par Stephen King) mais aussi à Piège de Cristal (John McTiernan) – l’un des nombreux surnoms de Yoo Jae Suk est d’ailleurs Yooruce Willis.

Running Man Cho Hyo Jin PD

Le producteur/réalisateur Cho Hyo Jin

Extrêmement addictive, l’émission Running Man est produite par Cho Hyo Jin, Im Hyung Taek et Kim Joo Hyung. Le producteur Cho Hyo Jin, quarante ans, apparait souvent comme le maître du jeu : c’est lui dont la voix hors champ annonce les missions la plupart du temps. C’est aussi lui qui briefe les invités et les éventuels espions. L’équipe comprend aussi une batterie de scénaristes dont le rôle consiste à imaginer les jeux et à les ancrer dans une trame cohérente. L’idée de génie est en effet d’envisager chaque épisode comme une histoire à part entière, plus ou moins élaborée selon les cas. Les auteurs vont jusqu’à imaginer des twists à la manière de Usual Suspects (Bryan Singer).

Ainsi, à l’occasion de la sortie du film Skyfall (Sam Mendes) fin 2012, Running Man s’offre un diptyque d’épisodes sur le thème de James Bond (ep. 120-121), avec pour invités Lee Seung Gi (You’re All Surrounded) et Park Shin Hye (The Heirs). Dans la première partie, les joueurs prennent part à une succession d’épreuves fantaisistes afin d’obtenir le titre d’espion ainsi qu’une « licence to oust ». Le second épisode se présente comme un jeu de piste individuel dans la ville de Séoul, sachant qu’un espion s’est glissé parmi les participants – et franchement, on se surprend à spéculer jusqu’au bout sur son identité. Un autre opus exploite le concept des films de casse pour la sortie du blockbuster coréen The Thieves, film dans lequel Kim Soo Hyun tient un second rôle (ep. 102). Citons aussi cet épisode marqué par des scènes de tribunal comme dans I Hear Your Voice, drama dans lequel Jung Woong In interprète un assassin – dans l’épisode, il est à nouveau au banc des accusés (ep. 157). Autre exemple, cet opus sans invités qui parodie la série Prison Break en immergeant les animateurs dans un univers carcéral aux règles farfelues (ep. 91).

Au montage, les réalisateurs jouent sur des ambiances de cinéma, comme dans l’extrait ci-dessous où Song Ji Hyo est pourchassée par Haha. L’extrait débute dans une ambiance de film à suspense pour s’achever sur le mode de la farce.

Qu’est-ce qu’une Running Ball ?
Aux débuts de Running Man, chaque épreuve permettait aux gagnants de remporter une boule à son nom, la Running Ball. A la fin de l’émission, toutes les Running Ball étaient mises dans une sphère afin d’effectuer un tirage comme au loto. Les Running Ball sortantes permettaient aux joueurs d’échapper à la punition. Celle-ci consistait généralement à se prendre le métro ou se rendre dans un lieu public au petit matin dans une tenue ridicule. Plus un animateur ou un invité détenait de Running Ball, plus il avait de chance d’y échapper…
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Épisode spécial superhéros pour la sortie d’Avengers

Certains épisodes délaissent le principe du scénario de film pour se présenter comme des compétitions opposant les animateurs aux invités. C’est le cas des épisodes 84 et 85, où les animateurs affrontent les membres du groupe BigBang. On retiendra aussi les « Jeux Olympiques d’été » et les « Jeux Olympiques d’hiver » à la sauce Running Man (ep. 104 et 129), où ils se frottent à un groupe d’idoles de Kpop. Choc de générations et délire garantis, notamment dans la race mission où les rôles de chasseurs et de proies s’intervertissent toutes les quinze minutes.

Un concept en perpétuel mouvement

Running Man consiste donc en grande partie à voir des trentenaires et quarantenaires s’amuser comme s’ils avaient dix ans. Le monde de la Kpop fournissant énormément d’invités, les animateurs se retrouvent souvent face à des jeunes dans la vingtaine, un mélange de générations qui fait plaisir à voir. Jeunes ou adultes, hommes ou femmes, tout le monde est logé à la même enseigne.

L’actrice et idole de K-Pop Suzy en mauvaise posture dans Running Man épisode 117

Si Running Man est toujours aussi drôle après trois ans de diffusion, c’est aussi parce que le concept se renouvelle constamment. Il n’y a pas de plateau Running Man comme il y a un plateau Ce Soir Tout Est Permis Avec Arthur, le game show de TF1. Les possibilités de ce dernier sont limitées dès le départ par le décor et le canevas de base, invariables. Quant à Fort Boyard… On ne ressent certes pas la même sensation d’enfermement mais le programme n’a que trop duré.

Au contraire, Running Man change de décor chaque semaine en nous baladant dans des centres culturels, marchés, écoles, entreprises, etc. Seuls les locaux du siège de la chaîne SBS reviennent régulièrement. Le résultat est qu’aucun épisode ne ressemble au précédent. Energique et moderne, la mise en scène répond quant à elle à la quête d’instants-vérités du spectateur d’aujourd’hui.

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Le blob jumping, une attraction récurrente de Running Man

Les créateurs du programme ont compris une chose : à l’heure où la compétition pour l’audience est plus féroce que jamais, surtout depuis la montée en force des chaînes web (le self-broadcasting est un sport national en Corée), le public veut de l’immersion, du changement et de la surprise.

Running Man offre en passant un bon aperçu de la vie quotidienne à Séoul puisque l’équipe part à la rencontre de ses habitants – souvent des étudiants, commerçants ou restaurateurs. A noter que l’on compte très peu de sites de luxe parmi les décors visités : le programme cible les classes moyennes et joue sur le sentiment de familiarité du public vis-à-vis des animateurs. Ainsi, dans l’épisode 162 (« King of idols »), qui réunit une douzaine de stars de Kpop, animateurs et invités se rendent sur le terrain de sport de l’université de Chongbuk pour un ballon-prisonnier avec une centaine de jeunes. On obtient l’un de ces grands moments de télé dont l’émission a le secret.

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Running Man 134 au Vietnam : Haha et Gary faisaient équipe avec l’invitée Han Hye Jin

Aujourd’hui, on trouve sur Internet des pages de fans recensant les lieux où l’équipe de Running Man a tourné. Si vous avez quelques secondes et un peu de curiosité, vous pouvez jeter un coup d’œil à cette carte interactive élaborée par un fan visiblement dévoué, et qui recense tous les lieux de tournage jusqu’à l’épisode 106 (MAJ 2018: le lien est malheureusement obsolète). Lorsque l’équipe est repérée quelque part, les fans s’alertent les uns les autres par le biais des réseaux sociaux (Twitter, KakaoTalk).

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Humoristes et stars du show biz, la combinaison gagnante

Le programme n’étant pas défini par des règles immuables, comment impose-t-il son identité ? C’est bien simple : tout comme il existe des fictions centrées sur les personnages, Running Man est une émission centrée sur les personnalités de ses animateurs – le principe est d’ailleurs assez typique des variety shows coréens d’aujourd’hui. Les scénaristes possèdent certes une imagination sans borne pour créer des épreuves rocambolesques, mais à l’arrivée, l’effet comique provient surtout de la manière dont les joueurs vont vivre ces challenges. Ce sont les animateurs qui font le show, qui définissent le ton.

Grâce à leurs talents d’improvisation, la moindre danse, course de relai ou visite au supermarché se transforme en véritable moment de bravoure. Chaque fois qu’une situation insolite survient, les réactions spontanées et les blagues fusent à cent à l’heure jusqu’à faire enfler l’effet comique et provoquer un climat d’euphorie générale qui contamine irrésistiblement le spectateur. Au montage, ces gags seront appuyés par des rires enregistrés, des incrustations de textes permettant à la production de glisser tout un tas de commentaires amusants, ainsi qu’une galerie de bruitages très cartoonesques – on retrouve ce genre d’effets à la télévision japonaise.

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Haha, Kim Jong Kook et l’actrice Park Shin Hye, sur le point d’expérimenter la « flying chair »

Qui sont les animateurs de Running Man ? Hôte principal, Yoo Jae Suk possède comme beaucoup de ses pairs un background de comédien et d’humoriste. Il avait d’ailleurs remporté en 1991, à l’âge de 19 ans, le concours du meilleur « gag man » organisé par la chaîne KBS, ce qui ne l’empêche pas d’animer également des talk shows (Happy Together). Pour une émission comme Running Man, il doit savoir faire preuve d’’autodérision mais aussi maîtriser l’art de l’improvisation, ce qui requiert une bonne dose d’imagination. Il est également important pour son image de cultiver une certaine humilité : l’animateur/gag man coréen doit être ce guy next door sympa avec qui vous aimeriez passer vos vacances.

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BigBang en plein conseil de guerre

Cela dit, si toute l’équipe de Running Man était composée de comiques improvisant des gags en permanence, le show deviendrait peut-être lourdingue. C’est pourquoi seul le cœur du groupe est formé par des humoristes (Yoo Jae Suk et Haha, principalement). Ce noyau dur est complété par des talents issus du monde du show biz, des chanteurs ou acteurs qui continuent de mener leur carrière artistique en parallèle. Song Ji Hyo, Lee Kwang Soo et Kang Gary n’avaient d’ailleurs aucune expérience en tant qu’animateurs avant Running Man.

Toute la subtilité de la composition d’une telle équipe réside dans l’équilibre et la dynamique entre les humoristes et les autres, l’idée étant que les seconds deviennent drôles au contact des premiers. Running Man n’est ni la seule ni la première émission coréenne à appliquer cette formule : on la trouvait déjà dans 1 Night 2 Days (avec Kang Ho Dong) mais aussi dans X-Man, émission fondatrice qui a connu ses heures de gloire en 2003-2004, et dans laquelle Yoo Jae Suk côtoyait déjà Haha et Kim Jong Kook.

Qu’est-ce que la Flying Chair ?
La Flying Chair est un plongeoir éjectable situé au bord d’une piscine. Les joueurs doivent s’asseoir dessus et relever un challenge. S’ils gagnent, tout va bien. S’ils perdent, ils sont éjectés dans la piscine. On retrouve entre autres la Flying Chair dans l’épisode 120 (avec Lee Seung Gi et Park Shin Hye) : chaque équipe de trois passe une épreuve de diction consistant à lire un texte sans faire d’erreur et dans un temps limité. Si l’un d’entre eux cafouille, toute l’équipe est jetée à l’eau. L’acteur Yoo Ah In a également fait les frais de la Flying Chair dans l’épisode 164.

La mise en scène des personnages, une spécificité coréenne

Chaque opus de Running Man peut se regarder indépendamment, mais l’expérience s’avère encore plus drôle dès lors que l’on maîtrise les dossiers de chacun. L’un des atouts du show est en effet de pouvoir se consommer comme une série télé, ce qui implique la présence de personnages.

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Lee Kwang Soo

Certes, les joueurs sont mis dans des situations où il leur est impossible de simuler leurs réactions : les nombreuses fancams présentes sur le web témoignent de l’authenticité du déroulement des jeux tournés en extérieur. Mais Running Man n’en demeure pas moins un variety show. Pour fidéliser le public, les animateurs développent ainsi un « personnage » amené à évoluer au fil du temps. Inutile de mentir au public : cette dimension est pleinement assumée et c’est pourquoi Running Man ne peut pas être considéré comme une pure téléréalité. Toutefois, il est évident que ces personnages sont connectés avec leur vraie personnalité : difficile de jouer totalement la comédie quand on doit relever un challenge sportif. Ces derniers peuvent en effet être éprouvants physiquement. « Running Man, ce n’est pas de la plaisanterie ! », commentent de nombreux invités

Révélation comique du show, Lee Kwang Soo est l’un des meilleurs exemples de ce va-et-vient entre le naturel et le personnage. Avec son physique longiligne qui lui vaut le surnom de Girafe, il est le maknae du groupe (c’est-à-dire le plus jeune) et endosse par conséquent le rôle du bizuth dont les éléments forts vont tenter d’abuser (principalement Yoo Jae Suk et Kim Jong Kook). A leurs risques et périls. Considéré comme le « Roi de la trahison », le personnage Lee Kwang Soo n’attend qu’une occasion de prendre sa revanche contre ses oppresseurs. Tout est fait pour développer une empathie à son égard, le tout teinté d’une certaine dérision vis-à-vis de la hiérarchie par l’âge qui prévaut dans la société coréenne. Logiquement, Lee Kwang Soo est devenu le chouchou du public dans toute l’Asie.

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Au Vietnam, ambiance mythologique pour le Monday Couple

Un autre exemple de cette semi-scénarisation est la love line entre Song Ji Hyo et Kang Gary : tout le monde sait qu’ils ne sortent pas ensemble (même si le doute a été entretenu pendant un certain temps) mais les allusions récurrentes à la possibilité d’une romance entre les deux animateurs continuent d’animer les conversations des spectateurs. Le « Monday Couple » fait d’ailleurs partie des thèmes préférés des fans (« Monday » car l’émission est tournée le lundi).

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Ji Suk Jin entouré de Wooyoung et Chansung de 2PM

Seule femme du groupe, Song Ji Hyo impose par ailleurs sa ténacité, son sens de l’astuce et son autodérision dans les épreuves. L’occasion de souligner une autre différence avec la télévision française : qu’il s’agisse de Song Ji Hyo ou des invitées, les femmes ne subissent pas les remarques beaufs si chères à nos émissions. Les joueuses concourent contre les hommes sur un pied d’égalité, y-compris dans les épreuves physiques. Et les résultats réservent parfois des surprises.

Entre Haha qui se fantasme en héros de film d’action et voue un culte à Iron Man, Yoo Jae Suk qui saisit toutes les occasions pour prouver qu’il sait danser ou Ji Suk Jin qui fait toujours perdre ses coéquipiers, les personnages de Running Man possèdent chacun leurs thèmes musicaux. Ainsi, la musique triste Saint Agnes and the Burning Train (Sting) se déclenche dès que Lee Kwang Soo se retrouve en position de victime. De même, le titre Extreme Ways (Moby) revient lorsque Yoo Jae Suk se retransforme en Yoomes Bond, prêt à shooter le nametag de ses compagnons avec son légendaire pistolet à eau. A Yoo Jae Suk est également associé le titre Step By Step de New Kids on the Block : cette chanson le poursuit depuis une dizaine d’années en raison d’une parodie réalisée à ses débuts pour la télévision. Enfin, la réplique « This is spartan ! » entendue dans le film 300 (Zack Snyder) est désormais, pour des millions de téléspectateurs à travers le monde, associée aux démonstrations de force de Kim Jong Kook, alias Sparta-Kook.

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Yoo Jae Suk en plein action avec son VJ Ryu Kwon Ryeol

Les scènes d’action : une prouesse technique

Considérées comme l’une des attractions majeures du show, les race missions – jeux du chat et de la souris consistant à arracher le nametag des adversaires – se présentent comme des courses poursuite impliquant aussi bien les joueurs que les cameramen, ou V.J. (Visual Journalist). Le concept représente un véritable défi technique et on ne peut qu’être admiratif du talent et de l’investissement des V.J.

Le dispositif de caméras est à ce titre très pensé. D’une part, plusieurs caméras fixes quadrillent l’espace alloué à l’épreuve. Elles sont soutenues par des caméras sur grues (ou sur drones) pour les plans d’ensemble. Des cameramen mobiles se promènent aussi un peu partout dans le décor, prêts à saisir les interactions entre joueurs qui surviendraient à proximité d’eux.

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Déguisé en M pour le spécial James Bond : Go Dong Wan, directeur de plateau.

Enfin, et c’est là le parti pris le plus osé, chaque joueur est suivi à la trace par un VJ attitré, qui filme ses moindres faits et gestes et l’écoute commenter ses actions. Quand le joueur part en courant, le cameraman court derrière, allant parfois jusqu’à faire des champ-contre champ pour capturer également les poursuivants ! On obtient des scènes d’action mouvementées, voire franchement spectaculaires. La scène d’action finale de l’épisode 138 (avec entre autres Kim Soo Ro, Lee Jong Suk et Kim Woo Bin), où les équipes s’affrontaient dans une école pour la possession d’un drapeau, n’a rien à envier à bon nombre de films d’action sortant sur les écrans. Même chose pour la traque de TVXQ déguisés en fantômes de l’opéra dans l’épisode 27.

Si les techniciens de Running Man fournissent un investissement physique important, leurs efforts ne sont pas passés à la trappe. Les fans connaissent d’ailleurs parfaitement les visages et les noms des V.J. de chaque animateur, à commencer par Ryu Kwon Ryeol, le caméraman attitré de Yoo Jae Suk, qui se voit régulièrement pris à témoin par l’animateur (extrait ci-dessous). Autre exemple, on ne compte plus les apparitions de Go Dong Wan, le plus jeune des directeurs de plateau, sous des déguisements toujours plus farfelus (en vieux sage, en infirmière, en M de James Bond…). Cette visibilité des techniciens est devenue l’une des marques de fabrique des outdoor variety shows coréens (1 Night 2 Days, Family Outing…).

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Les cameramen attitrés des animateurs de Running Man

De Séoul à Melbourne : Running Man s’internationalise

Parmi les invités, certains sont des habitués : le chanteur Jung Yong Hwa de CNBLUE, l’acteur Kim Woo Bin, Suzy de Miss A, Lee Joon de MBLAQ, le groupe 2PM… Les challenges s’adaptent cependant à leur profil : on ne peut pas poser les mêmes défis à Taecyeon (2PM), vingt-cinq ans et très athlétique, et à la comédienne Kim Hae Sook, cinquante-huit ans. Certaines stars créent tout de même la surprise : connue pour ses rôles mélodramatiques de femme fragile, la comédienne Son Ye Jin se prête sans trop de difficulté à une épreuve de saut à l’élastique dans l’épisode 70.

L’année dernière, une star française était pour la première fois invitée dans Running Man : le footballeur Patrice Evra, qui connaissait déjà l’émission grâce à son coéquipier Park Ji Sung de la Manchester United, a débarqué au début de l’épisode 154, diffusé le 14 juillet 2013. Équipé du nametag « Evra » (prononcer « Ebeula », avec l’accent coréen), le sportif s’est prêté au jeu avec un bon sens de l’autodérision, n’hésitant pas à improviser des réactions de footballeur outragé à l’occasion d’un jeu de baby-foot avec une paille. Faisant suite à Jackie Chan, Patrice Evra était la seconde star étrangère ne parlant pas le coréen à prendre part à Running Man. Il s’est tout de même fendu de dire quelques mots dans la langue du roi Sejong !

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Patrice Evra dans Running Man

Populaire dans toute l’Asie, Running Man s’est aussi offert des « sagas » à l’étranger : en Thaïlande, en Malaisie, à Hong Kong ou encore au Vietnam, l’équipe s’est déplacée pour des jeux de piste sur fond d’exploration touristique. Des fans meetings sont d’ailleurs régulièrement organisés dans différents pays asiatiques. En février dernier, Running Man répondait à une invitation officielle de l’Office du Tourisme Australien. Tournées à Brisbane, Melbourne et Sovereign Hill, les épreuves furent comme toujours imaginatives et rocambolesques, allant de la dégustation de spécialités locales à l’enfilage de perles dans un hydravion faisant des loopings, en passant par une épreuve de reconnaissance de koalas.

Running_Man_photogroupe03Aujourd’hui, Running Man est diffusé dans une dizaine de pays à travers l’Asie, de la Thaïlande au Japon en passant par Singapour ou encore l’Indonésie. La Chine s’apprête à faire une adaptation avec des stars locales, tout en continuant de diffuser le programme coréen original. L’émission passionne aussi de plus en plus de monde en Europe, aux Etats-Unis et ailleurs et possède une fanbase française très active, Running Man France.

Il faut croire que l’humour de Yoo Jae Suk et de sa bande franchit toutes les barrières culturelles ! A moins que l’émission ne repose sur un plaisir universel : voir des adultes régresser à l’état de gamins dans une émission très vivante et ultra créative. Une émission qui permet de décompresser et de rire aux éclats sans complexe ni arrière-pensée puisqu’elle valorise l’esprit de camaraderie et d’aventures.

La preuve qu’il est possible de s’adapter aux impératifs du marché moderne tout en conservant des valeurs. Exactement ce qui manque chez nous.

Rendez-vous prochainement pour la partie 2 de ce dossier, consacrée aux animateurs de Running Man.

Elodie Leroy

> A lire : DOSSIER. ‘Running Man’ : précis illustré des personnages (partie 2)

> A lire : ‘Running Man’ en Australie : périple délirant au pays des kangourous

Ci-dessous, quelques extraits vidéo de Running Man, en commençant par un de nos moments cultes : l’épreuve « Draw in a raw » de l’épisode 27, avec Yunho et Chang Min de TVXQ.

Une épreuve de karaoké dans les montagnes russes :

Yoo Jae Suk et son cameraman Ryu Kwon Ryeol :

Quand EXO rime avec exécution :

Un fan a réalisé un montage des moments où Song Ji Hyo démontre ses qualités de femme d’action. Au programme, course-poursuite contre Choi Min Soo, saut à l’élastique de 233m et affrontement contre un champion d’Ultimate Fighting :

Un autre fan a réuni une succession de scènes où Ji Suk Jin se fait éliminer :

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