Nouvelle page à Seoul : Park Bo Young épatante dans un healing drama fin et chaleureux

Deux jumelles, interprétées par la formidable Park Bo Young, échangent de vie pour surmonter des difficultés. Nouvelle page à Seoul dépeint avec sensibilité les portraits plus vrais que nature de personnages en quête d'eux-mêmes.

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Critique du drama Nouvelle page à Séoul

C’est l’histoire de deux jumelles. L’une, Yoo Mi Rae (Park Bo Young), dont le prénom signifie « avenir », a fait de bonnes études et travaille dans une grande entreprise à Séoul. L’autre, Yoo Mi Ji (Park Bo Young), dont le prénom signifie « inconnue », pointe au chômage et vit aux crochets de sa mère (Jang Young Nam). A l’âge adulte, les deux sœurs ne se parlent plus sans trop savoir pourquoi. Mi Ji a également perdu contact avec Ho Soo (Park Jin Young), son premier amour d’adolescence, qui travaille dans un cabinet d’avocats mais souffre d’un handicap auditif.

Sur l’injonction de sa mère, Mi Ji rend visite à Mi Rae à Séoul. Elle découvre alors que l’apparente réussite de sa sœur cache une profonde détresse. Ostracisée à son travail, Mi Rae est au bord de la rupture. Alarmée par son état, Mi Ji lui fait une proposition insolite : échanger de place à l’insu de tous pendant deux mois, afin de permettre à Mi Rae de faire une pause et de se reconstruire.

On connaissait la capacité des séries coréennes à capter les tourments du monde moderne à travers des portraits de personnages qui résonnent en nous. Nouvelle page à Seoul nous le confirme de manière vibrante. Diffusé du 24 mai au 29 juin 2025 sur tvN et simultanément sur Netflix, Nouvelle page à Séoul est écrit par Lee Kang, le scénariste de Youth of May, et dirigé par Park Shin Woo, connu pour avoir réalisé It’s Okay to Not Be Okay, mais qui saisissait aussi avec justesse les angoisses des trentenaires dans Lovestruck in the City.

Telles des extraits d’un vieux film aux couleurs passées, les premières scènes de Nouvelle page à Séoul passent en revue à l’accéléré l’histoire des deux jumelles : l’affection de leur père, sa disparition, la douleur de la mère, le réconfort apporté aux deux petites filles par la grand-mère. Et surtout, la genèse de l’habitude de Mi Ji et Mi Rae d’échanger de place quand elles étaient enfants, chacune venant à la rescousse de l’autre en cas de difficulté.

Mi Ji (Park Bo Young) © tvN
Mi Ji (Park Bo Young) © tvN

Collant au plus près des émotions des personnages, sans jamais tomber dans le mélodrame, Nouvelle page à Seoul brosse les portraits émouvants de deux jeunes femmes qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau mais mènent des vies radicalement différentes. Avec son style capillaire d’un goût douteux, Mi Ji manque de confiance en elle et peine à s’insérer dans le monde du travail ; tirée à quatre épingle, Mi Rae est si bien insérée qu’elle en a perdu ses repères. Ces deux jeunes femmes ne sont pas dans la misère, elles ne sont pas les plus à plaindre dans le monde d’aujourd’hui. Leurs difficultés sont celles de beaucoup de trentenaires, qu’une succession d’événements malheureux a menés dans une impasse.

A la faveur de flashbacks distillés avec soin, Nouvelle page à Seoul tisse des liens émotionnels entre les blessures du passé et les échecs du présent, et établit des connexions les relations familiales des deux jeunes femmes et leur perception d’elles-mêmes. En les sortant de leur zone de confort, l’échange d’identité les oblige à développer leurs propres ressources et à modifier sans s’en rendre compte leur perspective pour trouver un sens nouveau à leur vie.

Park Bo Young (Daily Dose of Sunshine) étincelle de justesse dans les rôles de Mi Ji et Mi Rae. Exprimant une large gamme d’émotions, elle imprime à chacune des deux sœurs une sensibilité propre. Si les personnages profitent de la difficulté de leur entourage à les identifier, il n’est pas un moment où le spectateur s’interroge tant l’interprétation de l’actrice est travaillée dans le détail – chacune possède son regard, ses intonations vocales et même sa manière de rire ou de pleurer. A l’adolescence, les deux sœurs sont interprétées avec vivacité par la prometteuse Lee Jae In (Hi-Five), qui accomplit également un joli travail de composition dans ces deux rôles.

Nouvelle page à Seoul exploite de manière intéressante le principe du switch d’identité pour développer ses deux personnages. Le portrait de Mi Ji se dessine de manière franche dès le début de la série : malgré son sentiment d’être une « ratée », la jeune femme a gardé sa personnalité chaleureuse et altruiste, ce qui lui permet notamment, habillée dans le costume BCBG de sa sœur, d’apprivoiser une restauratrice revêche qui s’est murée dans le silence depuis des années.

Au contraire, le caractère de Mi Rae ne se dévoile qu’au fil des événements survenant dans le récit. Introvertie, distante avec les autres, elle révèle surtout ses qualités humaines au contact de Han Se Jin (Ryu Kyung Soo), jeune entrepreneur agricole au tempérament excentrique. Le fait d’emprunter l’identité de sa sœur chômeuse lui permet de se libérer de la pression qu’elle ressent depuis des années et ainsi de se découvrir de nouveaux talents.

Difficile également de ne pas s’attacher à Ho Soo, l’ami d’enfance attentionné interprété avec beaucoup de cœur par Park Jin Young de GOT7 (Yumi’s Cells 2). Immergé dans son rôle, l’acteur traduit les émotions de Ho Soo avec beaucoup de délicatesse lorsque celui-ci affronte de nouvelles difficultés liées à son handicap auditif, qui menace de le couper des autres. Il est tout aussi convaincant lorsque le jeune avocat affronte un conflit de valeurs à son travail. On se laisse également charmer par Se Jin, agriculteur faussement blasé campé avec flegme par Ryu Kyung Soo (Ancestral).

L’histoire d’amour entre Mi Ji et Ho Soo et la relation plus hésitante qui se noue entre Mi Rae et Se Jin ajoutent au drama un volet romantique bien dosé, s’insérant de manière fluide dans le scénario pour faire grandir les personnages.

Ces romances montrent aussi la difficulté à bâtir une relation quand on peine déjà à se construire. Elles apportent enfin un contrepoids lumineux à d’autres thèmes plus sombres développés dans la série, comme celui du handicap, qui atteint plusieurs personnages de diverses manières, mais aussi le harcèlement moral dans le monde professionnel et enfin le phénomène des ikkikomori (terme japonais désignant ces jeunes qui s’enferment dans leur chambre pour se couper de toute vie sociale), approché avec beaucoup d’empathie dans le drama.

Autour des protagonistes principaux gravitent des personnages secondaires qui enrichissent l’univers de la série de leurs histoires personnelles et parcourent aux aussi un long chemin. Les mères, notamment, émeuvent par leurs aspérités. Entre celle qui dénigre sans cesse sa fille en croyant l’aider, et celle qui quémande l’affection de son fils indifférent, en passant par la grand-mère qui donne à sa petite-fille l’affection qu’elle n’a pas su donner à sa propre fille, les situations sont universelles et criantes de vérité, notamment s’agissant des relations mère/fille.

Kim Ok Hui, la mère des jumelles, est interprétée par Jang Young Nam (Love Next Door), saisissante de réalisme dans le rôle de cette femme qui masque ses vulnérabilités par une carapace de rudesse. Quant à Yeom Bun, la mère adoptive de Ho Soo, elle est jouée par Kim Sun Young (Le prix des aveux), qui apporte son grain de fantaisie habituel à cette femme touchante par sa sincérité.

Le drama met aussi en avant des figures maternelles de substitution à travers le personnage attendrissant de Kang Wol Sun (Cha Mi Kyung, Dynamite Kiss), la grand-mère des deux sœurs et confidente privilégiée de Mi Ji, et Kim So Ra (Won Mi Kyung, Wonderful World), la restauratrice brut-de-décoffrage que Mi Ji parvient à apprivoiser grâce à sa gentillesse.

Brassant de nombreuses questions et sentiments profonds, Nouvelle page à Seoul est un drama réconfortant dont les personnages complexes ont en commun une difficulté à communiquer avec les autres et qui réapprennent à être heureux avec leurs proches. Leurs histoires contribuent chacune à leur manière à délivrer un message fort : la plupart des difficultés de la vie sont surmontables, à condition de trouver le courage d’ouvrir sa porte aux autres pour relever la tête et écrire un nouveau chapitre de sa vie.

Elodie Leroy

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Elodie Leroy
Elodie Leroyhttps://www.stellarsisters.com
Blogueuse spécialisée dans les séries coréennes, le cinéma coréen, la K-pop et plus largement la pop culture coréenne.

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