Du luxe, du luxe et encore du luxe. Et derrière le luxe, le vide. Telle est la formule de Perfect Crown, drama romantique sur fond de royauté diffusé sur MBC depuis le 10 avril 2026 et bientôt disponible sur Disney+. Force est de reconnaître que la recette fonctionne : l’épisode 1 a réalisé le score de 7,8 % et l’épisode 2 le score de 9,5 %(1), ce qui en fait le troisième meilleur démarrage de l’histoire pour MBC sur le créneau du vendredi/samedi. Un succès qui laisse perplexe.
Ecrit par Yoo A In, scénariste débutante lauréate du concours MBC Drama Screenplay Contest 2022, et réalisé par le vétéran Park Joon Hwa (Alchemy Of Souls), l’objet mise sur un casting sur-mesure : la chanteuse et actrice IU, auréolée du succès de La Vie portera ses fruits, et le mannequin Byeon Woo Seok, valeur montante de l’industrie depuis Lovely Runner, forment un couple glamour conçu pour attirer les foules. Sauf que le glamour ne suffit pas à faire un bon drama, surtout quand l’intrigue répond aux abonnés absents et que l’acteur principal n’a pas le niveau pour une production de ce calibre.

L’histoire se déroule au 21ème siècle, dans une Corée imaginaire sous régime de monarchie constitutionnelle. Riche héritière de chaebol, Seong Hui Ju (IU) est la fille illégitime du patriarche et encaisse constamment des remarques sur ses origines roturières. Second fils du roi, le prince I-An (Byeon Woo Seok) subit le harcèlement de la reine douairière Yoon Yi Rang (Gong Seung Yeon). Un soir, au cours d’une soirée au palais, Seong Hui Ju et I-An se rencontrent par hasard. Quelque temps plus tard, Hui Jui propose au prince un mariage arrangé.
Pas de doute possible, les moyens sont au rendez-vous. Le chiffre exact n’a pas été communiqué, mais l’argent se voit à l’écran : les décors sont opulents, à défaut d’être porteurs d’une identité visuelle, et les costumes travaillés dans le détail. Mais les apparences sont parfois trompeuses. Avec ses intrigues de palais, de mariage et de chaebols, le pitch de Perfect Crown parait tout droit sorti d’un drama des années 2000, donnant au spectateur l’étrange sentiment d’avoir été piégé dans une machine à remonter le temps. A ceci près que les dramas coréens des années 2000 avaient le sens du rebondissement et savaient créer des moments mémorables entre leurs héros romantiques.
Vous ne trouverez rien de tout cela dans Perfect Crown. Ces deux premiers épisodes étonnent surtout par leur absence de suspense et leur manque de matière. Le premier opus, qui s’étend sur une heure un quart, aurait d’ailleurs pu tenir en vingt minutes : c’est bien simple, il ne se passe strictement rien. Enchaînant les visions carte postale sur une bande son pop employée avec mauvais goût, ce démarrage échoue à créer la moindre tension dramatique entre ses protagonistes.

Il faut dire que ces derniers semblent s’être lancés dans une compétition du personnage le plus ringard : du prince tourmenté par un traumatisme passé (et mis sous perfusion dès qu’il fait un cauchemar) à la femme d’affaires arrogante et superficielle, en passant par le ministre qui se languit de son amie de lycée ou la reine douairière au comportement de mégère, l’écriture des personnages est inhabituellement basique et dénuée d’originalité pour un drama coréen.
Les mises en situation professionnelles n’arrangent rien, qu’il s’agisse de la scène du comité exécutif où Hui Ju humilie ses administrateurs (épisode 1) ou du moment où le ministre Min Jung Woo (Noh Sang Hyun) s’absente de son bureau pour aller flirter (épisode 2), le contexte semble avoir été pensé par un enfant de dix ans qui tente d’imaginer à quoi ressemble le monde des adultes.

A cette indigence s’ajoute une mise en scène lourde et sans finesse, qui accumule les ralentis et les light flares à gogo pour sublimer son couple vedette, en particulier son protagoniste masculin. Le prince I-An nous est d’ailleurs introduit à travers une scène de douche clipesque. C’est totalement vulgaire, mais le message a le mérite d’être clair : l’intérêt du personnage se résume à accumuler les scènes de fan service – les community managers de MBC ont d’ailleurs pris soin de relayer ces images sur les réseaux sociaux, histoire de nous conforter dans cette perception.
Le rôle du prince est tenu par Byun Woo Seok, qui n’a pas progressé d’un iota depuis Lovely Runner. Débitant ses répliques sur un ton monocorde, le regard sans vie, l’acteur cumule tout au plus trois expressions de visage sur les deux premières heures de bobine, son jeu consistant principalement à prendre des poses pour être beau devant la caméra, même quand son personnage est en train de dormir. De là à interpréter les multiples moments où les figurants se prosternent devant lui comme un fantasme de l’acteur, il n’y a qu’un pas.
Une chose est sûre, il est désolant de voir des acteurs autrement plus qualifiés comme Noh Sang Hyun (Des Vœux pour un génie) et Yu Su Bin (Weak Hero : Class 2) se compromettre à ses côtés en lui servant de faire-valoir (voire de bouffon pour Yu Su Bin).

IU se révèle sans surprise nettement meilleure que son partenaire, mais à force de travailler pour deux dans leurs scènes partagées, elle finit par tomber dans l’écueil du cabotinage, accumulant les mimiques au point d’irriter. A sa décharge, l’humour est sa seule carte à jouer pour compenser le manque de sérieux de la caractérisation de son personnage. Du haut de ses talons aiguilles, Hui Ju semble plus préoccupée par ses nouvelles tenues que par l’activité de son entreprise, en plus de s’acharner à humilier tous les hommes qui ont le malheur de croiser son chemin (pauvre Heo Nam Jun !).
IU a elle aussi droit à son faire-valoir en la personne de Lee Yeon (Duty After School), qui mérite elle aussi tellement mieux que ce personnage de secrétaire mal coiffée et habillée en homme. Seule Gong Seung Yeon (Karma), qui tient le rôle ingrat de l’empêcheuse de tourner en rond, parvient à captiver l’attention en apportant un semblant d’intensité le temps de quelques scènes.
Perfect Crown n’est pas le premier drama à planter son décor dans une Corée d’aujourd’hui sous monarchie constitutionnelle – on pense à Princess Hours (2006), The King 2 Hearts (2012) et plus récemment The King: Eternal Monarch (2020) – et ne renouvelle en rien le concept. Nous n’avions pas caché, dans notre critique de l’époque, notre faible estime pour The King: Eternal Monarch, mais Perfect Crown nous ferait presque relativiser sa médiocrité. C’est dire.
Elodie Leroy
(1) Source : IU returns with ‘Perfect Crown,’ aims to revive MBC dramas with bold royal romance – The Korea Times, 11 avril 2026.
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