Pour sa première série, le réalisateur Woo Min Ho frappe fort dès les premiers instants, avec une ambiance visuelle chiadée et des personnages constamment sur le fil du rasoir.
Made In Korea : notre avis sur les deux premiers épisodes
Un avion rempli de citoyens innocents, un gang de terroristes armés et un passager aussi mystérieux que manipulateur. L’histoire débute à l’aéroport de Fukuoka, lorsque des communistes japonais s’emparent d’un appareil en partance pour Séoul. Leur objectif ? Utiliser les otages pour se rendre en Corée du Nord. Pendant ce temps, les autorités japonaises et coréennes, complètement dépassées, se livrent à un dialogue de sourds sans aboutir à un semblant de solution. La vie des otages dépend bientôt de Baek Ki Tae (Hyun Bin), un homme d’affaires qui tente de prendre le contrôle de la situation. Mais quelles sont les intentions de cet homme au comportement étrangement calme ?
Diffusé sur Disney+ depuis le 24 décembre 2025 à raison de deux épisodes par semaine, Made In Korea se classe déjà en troisième position au Top 10 mondial des séries sur la plateforme (source : Flixpatrol). Il faut dire que ce drama d’espionnage, qui plante son décor dans la Corée des années 1970, démarre sur les chapeaux de roues avec une scène de détournement d’avion qui nous tient en haleine pendant près d’une heure. Le réalisateur Woo Min Ho (Drug King), qui dirige une nouvelle fois l’acteur Hyun Bin (Crash Landing On You) un an après le film historique Harbin, installe d’emblée un suspense efficace soutenu par des jeux d’ombre et de lumière ciselés, donnant le sentiment que la situation peut basculer d’un instant à l’autre.
Le choix des cadrages ne doit rien au hasard : Woo Min Ho filme en profondeur le couloir de l’avion en jouant sur les points de vue des personnages pour suggérer que quelque chose se trame dans l’espace confiné de cet avion. Quelque chose qui échappe même aux terroristes. Cette impression se confirme à la fin de l’épisode, qui dévoile Baek Ki Tae sous un jour nouveau : héros de la scène de l’avion, il devient soudainement le bad guy du drama au cours d’une séquence cauchemardesque le voyant traverser avec détachement un long couloir sombre, alors que retentissent autour de lui les hurlements de citoyens torturés hors champ.
Lire aussi
Festival du Film Coréen à Paris 2025 : de Harbin à Omniscient Reader, notre bilan du festival
Ce premier épisode possède tous les atours d’un film d’espionnage : une reconstitution historique soignée, du mystère, un personnage principal stylé (Hyun Bin, très fashion avec ses lunettes noires) et une ambiance musicale rétro. Ce qui aurait pu se limiter à un simple exercice de style gagne en épaisseur avec le second épisode, qui fait rebondir l’intrigue avec l’introduction de nouveaux personnages.
Nous faisons ainsi la connaissance de Jang Geon Young, procureur aguerri interprété par Jung Woo Sung (Hunt, 12.12 The Day), et dont la position hiérarchique ne reflète ni les talents ni l’intégrité. Ou peut-être qu’elle les reflète un peu trop bien : incorruptible, Jang a toujours refusé de lâcher ses affaires sur injonction de sa hiérarchie, ce qui explique son absence de promotion. En l’occurrence, Jang et son équipe enquêtent sur une affaire impliquant un vaste trafic de drogue orchestré depuis le Japon, et dans lequel sont impliqués les services secrets coréens (la KCIA) et la Corée du Nord. Parmi les suspects, nous reconnaissons Baek Ki Tae sur une photo volée.
Si cette histoire écrite par Park Eun Kyo (A Normal Family) demeure une fiction, elle fait allusion à une réalité historique : ce sont bien les Japonais qui ont introduit la méthamphétamine en Corée en utilisant cette dernière comme relais de production dans les années 70. Le réalisateur en parlait lors de la sortie de son film Drug King (2018), qui se déroule à la même période : « Je trouvais ironique et fascinant que la Corée du Sud ait connu un âge d’or de la méthamphétamine grâce aux lois antidrogue strictes du Japon dans les années 70. » (Yonhap News Agency, 19 novembre 2018)
Le contexte dépeint par Made In Korea est donc très noir, mais ce second épisode s’avère étonnamment divertissant grâce à ses personnages truculents. Le toujours très bon Jung Woo Sung se révèle parfaitement à l’aise dans le rôle de Jang Geon Young, procureur excentrique qui chante à tue-tête en arrivant au bureau et envoie son rire sardonique à l’improviste. L’entrée en scène de son personnage dans ce second épisode apporte une énergie nouvelle au drama.
Il forme un duo surprenant avec Oh Ye Jin, jeune policière énergique à l’accent péquenaud interprétée avec beaucoup d’humour par Seo Eun Soo (Chief Detective 1958), formidable dans un contremploi – on ne peut s’empêcher de voir un clin d’œil à ses rôles précédents lorsqu’elle plaisante en disant qu’elle est la douceur incarnée.
L’humour est également au rendez-vous dans l’action, avec notamment l’opération d’infiltration risquée de Jang Geon Young et Oh Ye Jin, qui s’avèrent comiques quand ils sont sur la corde raide, ou encore l’excellente scène d’écoute téléphonique dans un hôtel, au cours de laquelle les espions s’avèrent eux-mêmes espionnés.
On attend beaucoup du choc de personnalités entre Baek Ki Tae et Jang Geon Young, dont le premier face-à-face saisit le procureur par surprise : l’attitude arrogante et le regard dénué d’émotion de Hyun Bin, très convaincant dans cette scène, donnent l’impression qu’un vent glacial souffle dans la pièce. D’autres personnages intrigants ont déjà fait leur apparition, comme le frère tourmenté de Ki Tae, Ki Hyun, interprété par Woo Do Hwan (La Traque dans le sang), mais aussi la mystérieuse et élégante Ikeda Yuji jouée par Won Ji An (Surely Tomorrow). Roh Jae Won (Squid Game 3) fait également une certaine impression en quelques secondes d’apparition sous les traits d’un tortionnaire.
Vous l’aurez compris, Made In Korea nous a accrochées avec ces deux premiers épisodes classieux, dont le ton s’adapte à leur personnage principal – sérieux dans l’épisode 1 centré sur Baek Ki Tae, plus décalé dans l’épisode 2 centré sur Jang Geon Young. Les épisodes 3 et 4 de cette saison 1 arrivent le 31 décembre 2025 et les épisodes 5 et 6 respectivement les 7 et 14 janvier 2026. Une seconde saison est prévue dans le courant de l’année.
Elodie Leroy
Lire aussi
Avis : Low Life Ep 1-3, le réalisateur Kang Yoon Sung au sommet de son style




