Critique : La Traque dans le sang, mélange percutant entre thriller criminel et série de combat

par Elodie Leroy

Woo Do Hwan et Lee Sang Yi sont les rois de la castagne dans le drama La Traque dans le sang (Bloodhounds), qui ravira aussi bien les amateurs d’intrigues criminelles bien ficelées que les fans de combats exigeants. A voir absolument sur Netflix.

Jeune boxeur prometteur, Gun Woo (Woo Do Hwan) se lie d’amitié avec Woo Jin (Lee Sang Yi) après un match intense sur le ring. Un soir, sa mère est agressée par des prêteurs sur gages envoyés par Smile Capital, dont le patron, Kim Myung Gil (Park Sung Woong), terrorise même le milieu des usuriers. Pour rembourser les dettes de sa mère, Gun Woo se fait recruter par M. Choi (Heo Jun Ho), un ancien usurier reconverti en bienfaiteur pour les plus vulnérables. Rejoint par Woo Jin, il fait la connaissance Hyun Joo (Kim Sae Ron), une jeune fille téméraire qui travaille également pour M. Choi.

© 2023 Netflix, Inc.

Les arnaques des années COVID

Nouveau drama coréen produit pour Netflix par Studio N et sorti le 9 juin 2023, La Traque dans le sang est l’adaptation du webtoon Hunting Dogs de Jung Chan, qui était publié sur la plateforme Naver entre 2019 et 2020. La série s’attaque à un genre bien particulier, celui de la série de combat, qu’il combine avec bonheur avec celui du thriller sur le monde du crime.

Sur le grand écran, le film de combat est souvent considéré comme un sous-genre de l’action, et pas nécessairement le plus estimé. Si ce style de fiction a trouvé ses lettres de noblesse dans le cinéma asiatique, notamment hongkongais, il est resté enfermé en Occident dans un ciblage pour adolescents. Les séries du genre sont rares, la plus connue étant Cobra Kai, une déclinaison de la franchise Karate Kid auréolée d’un fier succès sur Netflix. Avec ses héros versés dans la boxe, La Traque dans le sang passe à la vitesse supérieure et s’impose comme une vraie proposition capable de satisfaire les attentes des amateurs d’affrontements virils tout en développant une intrigue criminelle solide, mise en valeur par une réalisation ambitieuse. Cerise sur le gâteau, le drama ancre son histoire dans le réel en revenant sur un contexte social qui nous est familier.

© 2023 Netflix, Inc.

Ce contexte n’est autre que celui des années COVID-19. Nous voilà replongés en décembre 2020, dans un monde gouverné par les couvre-feux et le port du masque obligatoire – un sujet que le drama dystopique Black Knight abordait déjà à sa manière. Quiconque a l’habitude de voyager en Corée du Sud aura ressenti un choc en revenant à Séoul après la pandémie. Choc et tristesse de retrouver certains commerces sinistrés, comme dans le quartier de Myeong-dong, dont il est parfois question dans La Traque dans le sang. La Corée a géré la crise sanitaire de manière exemplaire, mais sur le plan économique, l’épidémie a laissé des blessures béantes. Ce constat très dur est le point de départ des ennuis de Gun Woo, dont la mère, gérante d’un café, a cédé à une arnaque pour payer ses factures.

Aux côtés de Gun Woo et de son ami Woo Jin, qui devient vite son frère d’armes, La Traque dans le sang nous immerge dans un univers interlope où les racailles font la loi, le tout dans un Séoul presque désert et majoritairement filmé de nuit. Le scénario, qui tient la distance jusqu’au bout sans s’essouffler, trouve le juste équilibre entre les épisodes centrés sur l’action pure (comme l’épisode 4, haletant) et ceux qui permettent de découvrir les ramifications de cet univers peuplé de personnages bien campés, avec de vraies tronches, et qui sont tous mêlés de près ou de loin à des activités illégales. Le ton est résolument sérieux, mais la série s’agrémente de notes décalées salutaires qui en font un divertissement efficace et étonnamment attachant.

Lames planquées et couteaux à sushi

La présence au générique du réalisateur et scénariste Kim Joo Hwan (alias Jason Kim) suscitait la curiosité mais aussi un brin de méfiance. D’un côté, le réalisateur a prouvé son savoir-faire avec Midnight Runners, sorte d’After Hours coréen qui séduisait par son cocktail savant d’action, de suspense et d’humour. De l’autre, il nous avait déçus avec le film d’horreur The Divine Fury et son final très kitsch. Bonne nouvelle, le drama La Traque dans le sang s’inscrit dans la veine de Midnight Runners, avec lequel il partage d’ailleurs plusieurs points communs, notamment le principe du buddy movie. Mieux, Kim Joo Hwan s’approprie tellement bien le format de la série et ses exigences narratives, notamment en matière de gestion du rythme et des émotions du spectateur, que l’on se demande pourquoi le monsieur ne s’y est pas mis plus tôt.

© 2023 Netflix, Inc.

La mise en scène de l’action est l’un des points forts du réalisateur. En l’occurrence, celles de La Traque dans le sang sont tout simplement remarquables. L’épisode 1 annonce la couleur : outre le combat de boxe musclé qui marque la rencontre entre les deux protagonistes principaux, nous assistons à un affrontement féroce en pleine rue entre Gun Woo et les voyous de Smile Capital. Woo Do Hwan impressionne par sa rapidité et sa puissance, que nous avons tout le loisir d’apprécier grâce à une réalisation immersive et un montage qui n’est ni trop serré ni trop lent.

Le drama regorge de scènes de combat mémorables, dans lesquelles on appréciera la qualité des chorégraphies, qui confrontent avec brio différents profils de combattants (la brute épaisse, le kick-boxeur hargneux, l’expert en lames de couteau, etc.) et qui sont constamment filmées à hauteur d’homme. On ressent d’ailleurs l’impact physique de chaque coup sur les combattants. Ces affrontements exploitent habilement les possibilités des décors, qui vont d’un passage souterrain tapissé de tags aux cuisines exiguës d’un restaurant japonais, en passant par une ferme piscicole.

© 2023 Netflix, Inc.

Précisons tout de même que La Traque dans le sang atteint un degré de brutalité inouï, comme il est rare d’en trouver dans une série. Le drama a le bon goût de nous épargner les violences sexistes, trop présentes dans les thrillers coréens au cinéma, mais comporte tout de même des séances de torture justifiant largement l’alerte pour les moins de 16 ans. Compte tenu du goût prononcé des personnages pour les armes de blanches en tous genres (couteaux de sushi, sabre, lame cachée dans la chaussure…), le drama ne pouvait sortir que sur une plateforme OTT – sur une chaîne coréenne, les lames et les blessures auraient été floutées par la censure, et le drama aurait perdu son côté radical.

Pour Woo Do Hwan et Lee Sang Yi

Loin de se résumer à une série d’affrontements bourrins, La traque dans le sang met aussi en avant une histoire d’amitié attachante entre Gun Woo et Woo Jin, une dimension humaine qui constitue l’autre atout majeur de la série. Jusqu’où iront-ils pour déjouer les pièges de Myung Gil ? De manière intéressante, les deux hommes ne se battent pas seulement pour protéger leurs proches, mais aussi pour rétablir une certaine justice dans le milieu corrompu des usuriers. Pour garder leurs principes moraux dans un monde dont les repères se sont effondrés, ils se reposent sur l’esprit de la Boxe et des Marines.

© 2023 Netflix, Inc.

Le duo formé par Woo Do Hwan (Joseon Attorney) et Lee Sang Yi (Hometown Cha Cha Cha) participe énormément au charme de la série, tant l’alchimie des deux acteurs est évidente. Woo Do Hwan étend son registre dans le rôle de Gun Woo, boxeur idéaliste et innocent, au caractère aussi doux que ses poings sont en béton armé, tandis que Lee Sang Yi apporte une énergie et un humour qui rythment les scènes et viennent dédramatiser le drama au bon moment. Ils sont rejoints par Hyun Joo, motarde au caractère bien trempé interprétée par Kim Sae Ron (Great Shaman Ga Doo Shim), qui s’intègre très bien dans la dynamique de cette petite équipe et possède elle aussi ses moments de bravoure dans l’action.

Les rôles secondaires font des étincelles. Spécialiste des rôles de méchants charismatiques, Park Sung Woong (Snowdrop) s’en donne à cœur joie dans le rôle de Myung Gil, et même s’il connaît ce registre par cœur, on se surprend à jubiler quand il nous sert son sourire démoniaque. Nous retrouvons également Heo Jun Ho (Missing: The Other Side 2), touchant en usurier au grand cœur, Ryu Soo Young (Queenmaker) et Lee Hae Young (The Glory), flegmatiques en tueurs professionnels, ainsi que Choi Si Won (Work Later, Drink Now 2), qui aborde son rôle de gosse de riche terrorisé avec l’autodérision qu’on lui connaît. On relèvera également un caméo surprise qui ravira les fans de k-dramas.

© 2023 Netflix, Inc.

Un mot sur le maintien dans la série de Kim Sae Ron, qui a failli être évincée en raison de son scandale pour conduite en état d’ivresse. L’événement explique le retard pris par la série, dont le tournage aurait dû s’achever en juin 2022 mais a été prolongé jusqu’en août pour retourner des scènes.

Si Netflix a pu laisser croire dans ses communiqués que l’actrice serait remplacée, il en a été décidé autrement. Et l’on comprend pourquoi compte tenu de l’importance de son personnage dans l’histoire et du travail réalisé par toute l’équipe sur ses scènes d’action. Le choix effectué a le mérite de respecter le travail de tous, y compris celui de l’actrice. On ne peut que féliciter la production pour avoir su gérer cette crise sans altérer la cohérence du drama.

Elodie Leroy

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