Black Knight : un drama SF sympathique, boosté par des scènes d’action puissantes

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Kim Woo Bin déborde de charisme dans un drama dystopique audacieux et visuellement bluffant, qui a pour principal défaut d’être trop court au vu de ses ambitions.

Nous sommes en 2071. Cela fait quarante ans qu’une comète a ravagé la Terre, entrainant la disparition de 99% de la population et transformant la Corée en immense désert à l’atmosphère constamment polluée. Les ressources étant devenues rares, la société s’est organisée en castes en laissant sur le carreau la majeure partie des habitants, appelés « réfugiés ».

Entre ces deux mondes, les transporteurs risquent leur vie pour amener leurs colis à bon port, malgré les embuscades des chasseurs du désert. Le plus célèbre d’entre eux, 5-8 (Kim Woo Bin), fait l’admiration de la population et tout particulièrement de Yoon Sa Wol (Kang Yoo Seok), un réfugié qui rêve de devenir transporteur. Mais sa gardienne, le major Seol Ah (Esom), ne voit pas ses frasques d’un très bon œil et refuse de le laisser sortir dehors. Sous l’influence du groupe Cheonmyung et de son héritier Ryu Seok (Song Seung Heon), le pouvoir politique apparait en effet impuissant pour protéger la population.

Kang Yoo Seok et Kim Eui Sung dans Black Knight / © 2023 Netflix, Inc.

Les séries d’anticipation dystopiques sont très rares en Corée. Depuis Circle : Two Worlds Connected en 2017, on en compte seulement deux à avoir proposé leur vision désenchantée de l’avenir de l’humanité, à savoir Sisyphus: The Myth et The Silent Sea, diffusées en 2021. Le fait que Black Knight soit une production Netflix explique certainement que le scénariste et réalisateur Cho Ui Seok ait eu l’audace d’explorer ce genre peu familier, et surtout les moyens de le faire. Le drama s’appuie en effet sur le budget confortable de 25 milliards de won, soit environ 17 millions d’euros.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la bande-annonce spectaculaire de Black Knight ne ment pas. Pour son tout premier drama, qui s’inspire d’un webtoon de Lee Yun Kyun, le réalisateur a mis les petits plats dans les grands pour proposer une série visuellement impressionnante menée par un héros badass et ponctuée de scènes d’action d’envergure.

Dès le premier épisode, on est ainsi frappé par la qualité des décors et le parti-pris esthétique du drama dominé par les tons ocre, qui offre la représentation inédite d’un Seoul postapocalyptique à la Mad Max, avec ses aventuriers de l’extrême et ses bandits motorisés. On s’amuse au gré des indices à reconnaitre certains lieux phares de la capitale, de Ganghwamun avec les célèbres statues du roi Sejong et de l’amiral Yi Sun Shin au quartier hype d’Apkujeong devenu fantôme dans un Gangnam ravagé. La vision d’une délégation de véhicules traversant l’un des ponts centraux de Seoul au-dessus d’un fleuve Han transformé en immense étendue de sable fait forte impression.

Kim Woo Bin / © 2023 Netflix, Inc.

Ces images étonnantes, alliées au design travaillé des personnages et à celui des immenses camions de livraison qui sillonnent les routes reliant un monde à l’autre, confèrent à Black Knight une identité visuelle unique.

Le fait que les personnages portent fréquemment un masque constitue un défi pour les acteurs en termes d’expressivité, mais ceux-ci le relèvent avec brio, à commencer par Kim Woo Bin. Le regard perçant et la dégaine imposante avec son épais blouson, l’acteur de Our Blues et Alienoid dégage un charisme explosif à chacune de ses apparitions, qu’il soit en mouvement dans une mission dangereuse ou simplement assis les bras croisés sur une chaise.

Loin de son rôle d’intrigante dans Kill Bok Soon, Esom est convaincante en militaire intransigeante mais humaine, un contraste qui se reflète dans son design alliant uniforme strict et coiffure stylée. Elle retrouve pour l’occasion l’une de ses connaissances de Taxi Driver en la personne de Kim Eui Sung, méconnaissable en « papy » excentrique et affable.

Esom face à Kim Woo Bin / © 2023 Netflix, Inc.

Kang Yoo Seok, vu récemment dans Payback, se montre attachant en héros tête brûlée, et dynamise le casting sans en faire trop. Avec ses inséparables amis, il représente en effet l’élément chaleureux de Black Knight, sans lequel cet univers nous maintiendrait trop à distance. A l’opposé, Song Seung Heon apporte la touche malsaine nécessaire à une dysopie aussi sombre. On se réjouit à ce titre découvrir l’acteur de Voice 4 et Saimdang : Light’s Diary dans un vrai contre-emploi, auquel il confère une sobriété bienvenue.

Connu pour les polars d’action Cold Eyes et Master (dans lequel il dirigeait déjà Kim Woo Bin), le réalisateur Cho Ui Seok ne se contente pas de filmer de beaux décors et de séduisants acteurs, mais démontre qu’il connait très bien son métier en exploitant celui-ci dans le cadre de scènes d’action ambitieuses.

Black Knight comporte notamment un moment de bravoure jamais vu dans une série coréenne, sous forme d’une course poursuite frénétique en voiture durant laquelle Yoon Sa Wol doit vaincre ses concurrents tout en déjouant les attaques surprises de mercenaires placés sur son chemin. Remarquablement filmée et chorégraphiée, cette épreuve est palpitante de bout en bout. On admire notamment la manière dont le réalisateur nous implique dans l’action aux côtés du jeune homme tout en mettant en relation les péripéties qu’il vit avec les réactions des spectateurs, alliés comme ennemis, qui suivent l’épreuve en direct sur un écran.

Kang Yoo Seok en plein combat / © 2023 Netflix, Inc.

Le parcours de Sa Wol comporte également une sympathique épreuve physique et mentale durant laquelle celui-ci doit affronter ses concurrents sur un ring au cours d’un tournoi dont l’idée n’est pas sans rappeler – c’est un hasard – le récent reality show 100% Physique !

Cet enchainement de séquences d’action forme sans conteste la partie la plus excitante de Black Knight et apparaît à ce titre comme une récompense après les deux épisodes de mise en place du drama. Cependant, et même si la suite comporte de beaux moments – en particulier une impressionnante scène de prise d’assaut d’un bâtiment – le format de six épisodes finit par montrer sa limite avec une conclusion précipitée.

Les thèmes abordés sont pourtant percutants. Black Knight s’appuie ainsi sur l’idée selon laquelle l’octroi de toutes les richesses d’un pays par une puissante oligarchie minoritaire transforme les citoyens en étrangers sur leurs propres terres.

Il donne également une lecture intéressante du cauchemar de la pandémie du Covid, avec ce monde où les humains ne peuvent plus se déplacer sans masque et sont pour la plupart enfermés chez eux à attendre que le livreur leur apporte les produits qu’ils ont commandés – à ceci près que l’oxygène en fait partie. Black Knight rend à ce titre hommage à ces héros de l’ombre que furent les livreurs pendant cette période traumatisante.

Song Seung Heon / © 2023 Netflix, Inc.

Ensuite, le principe de la division de la société futuriste en deux mondes distincts n’est pas sans évoquer le manga Gunm de Yukito Kishiro. Le pouvoir y organisait d’ailleurs aussi des tournois de sports violents pour divertir les « gens d’en bas ». Ce principe de castes était sommairement recyclé dans le film américain Elysium, et repris de manière brillante dans le drama Circle : Two Worlds Connected à travers l’opposition entre Smart Earth et Normal Earth.

A l’aune de Circle, en particulier, on aurait attendu de Black Knight davantage de complexité dans la peinture de cette société dystopique, notamment en ce qui concerne la connivence entre le pouvoir politique et le chaebol Cheonmyung, qui fait finalement écho aux dramas politiques contemporains. La présidente interprétée par l’excellente Jin Kyung (Melancholia) est ainsi trop peu présente pour que l’on prenne la mesure de cette dimension.

Esom / © 2023 Netflix, Inc.

De même, les personnages principaux auraient mérité d’être davantage développés une fois que l’action commence pour de bon, d’autant qu’ils sont suffisamment bien définis et campés pour que l’on s’intéresse à leur sort – à ce titre, le flash-back presque muet sur la genèse du personnage de 5-8 est une vraie réussite en termes de narration et de mise en scène. Mais on reste par la suite sur sa faim, en particulier concernant Sa Wol et Seol Ah.

D’une manière générale, Black Knight aurait donc gagné à étoffer son univers, quitte à s’étendre sur 8 à 10 épisodes. Malgré ces réserves, le drama de Cho Ui Seok montre que le savoir-faire coréen en matière de caractérisation des personnages reste supérieur à l’écriture générique de n’importe quel Elysium. On ressort de la série avec le sentiment d’avoir passé un bon moment, et presque avec l’envie de s’installer dans le camion du flegmatique 5-8 pour sillonner avec lui les routes de cet univers à la fois familier et exotique.

Caroline Leroy

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© 2023 Netflix, Inc.

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