Besoin d’une série d’action SF qui vous retourne le cerveau ? Disponible sur Netflix, le drama coréen Sisyphus: The Myth est fait pour vous. La critique.

Les amateurs de science-fiction ne bouderont pas leur plaisir. Avec son intrigue tortueuse et pleine d’imagination sur le thème du voyage dans le temps, le drama Sisyphus: the Myth nous entraîne dans une aventure palpitante ponctuée de scènes d’action dantesques, tout en trouvant le juste dosage entre suspense et émotion. Le drama doit beaucoup à son duo d’interprètes attachants, Park Shin Hye et Cho Seung Woo, dont l’alchimie fait des étincelles. Du bon blockbuster SF comme on les aime, visible sur Netflix depuis le 15 avril 2021.

Nouvelle production de luxe pour JTBC

Venue du futur au moyen de l’uploader, une machine à voyager dans le temps, Gang Seo Hae (Park Shin Hye) échappe de justesse au Bureau de Contrôle, une société secrète qui traque les voyageurs du temps clandestins. Seo Hae part à la recherche de Han Tae Sul (Cho Seung Woo), scientifique de génie et CEO de l’entreprise Quantum & Temps, pour le protéger d’une menace mortelle. C’est lui qui créera l’uploader dans un futur proche.

Décidément, JTBC n’a pas fini de nous étonner avec ses productions luxueuses. La chaîne câblée existe depuis dix ans à peine et nous épate déjà avec la variété de sa programmation, entre le drame sociétal Sky Castle, le mélo haut en couleurs The World of the Married, la série historique My Country: The New Age et à présent le drama de science-fiction Sisyphus: The Myth. Ces dramas sont très différents les uns des autres, mais ils ont un point commun : une honnêteté réjouissante avec le genre qu’ils explorent.

Réalisé par Jin Hyuk (The Legend of the Blue Sea), le drama Sisyphus: The Myth se décline en 16 épisodes et installe son mystère dès les premières scènes avec l’arrivée de Seo Hae à notre époque. La suite nous plonge directement dans le feu de l’action avec un accident d’avion contrecarré in extremis par Tae Sul, qui découvre à cette occasion une mallette noire appartenant à son frère mort depuis 10 ans.

La rencontre entre Seo Hae et Tae Sul a lieu dans l’épisode 2, alors que le scientifique est visé par une tentative d’assassinat au beau milieu d’une conférence. Le seul moyen pour Tae Sul de survivre est désormais de suivre sans réfléchir cette femme venue du futur – l’idée rappelle un peu Terminator (James Cameron), mais la comparaison s’arrêtera là. Aux côtés de Seo Hae et Tae Sul, Sisyphus: The Myth nous embarque dans une aventure mouvementée mêlant différentes temporalités, entre un présent perturbé par des forces insaisissables et un futur plongé dans la désolation et le banditisme. L’enjeu ? Sauver la Corée d’une guerre nucléaire.

Sisyphus: The Myth

Paradoxes temporels

Le thème du voyage dans le temps n’est pas nouveau dans le monde des séries, mais nous comprenons vite que l’univers de Sisyphus: The Myth est régi par ses propres règles. Du fonctionnement de l’« uploader » et du « downloader » aux transferts ratés voyant les voyageurs arriver en morceau, les technologies d’aujourd’hui et de demain s’insèrent naturellement dans le récit et les notions de paradoxe temporel et de mondes parallèles sont bien entendu au programme des réjouissances.

Cho Seung Woo (Sisyphus)
Cho Seung Woo

Sur 16 épisodes d’un peu plus de 1h, on trouvera bien quelques longueurs ici et là, mais les scénaristes Lee Je-In et Jeon Chan-Ho ont plus d’un tour dans leur sac et nous réservent toujours des rebondissements inattendus, notamment avec l’arrivée surprise à mi-parcours du véritable méchant de l’histoire – le nom de l’acteur apparaît d’ailleurs au générique à partir de l’épisode où il entre en scène.

Si l’essentiel de l’intrigue se déroule dans le présent, le drama s’affranchit parfois de la chronologie des événements pour s’attarder sur la vie de Seo Hae dans la Corée du futur. Ces ruptures narratives, assez inhabituelles dans un drama, ne nuisent en rien à la clarté du scénario et viennent au contraire enrichir le récit et les personnages.

Park Shin Hye (Sisyphus)
Park Shin Hye

Jouissant d’effets spéciaux luxueux, Sisyphus: The Myth dévoile peu à peu un monde futuriste peuplé de gangs sans foi ni loi. A travers le regard de Seo Hae, qui erre dans les rues et bâtiments en ruine pour trouver des vivres ou des médicaments, le paysage s’élargit progressivement pour déployer, dans l’épisode 8, de superbes plans d’ensemble post-apocalyptiques sur la ville de Séoul après la guerre.

Séoul sous les bombardements

En plus d’être un drama de science-fiction stimulant, Sisyphus: The Myth est aussi une série d’action généreuse, qui remplit scrupuleusement toutes les cases lui permettant de rivaliser avec Hollywood sur son terrain de prédilection, le grand spectacle. La réalisation énergique de Jin Hyuk brille par quelques fulgurances, notamment dans les scènes d’action assez dingues qui ponctuent le récit.

A ce titre, outre les combats musclés comme celui de l’épisode 2, le drama propose des fusillades explosives, une course-poursuite en voiture impliquant des drones meurtriers et même une évasion en tyrolienne entre des gratte-ciels séoulites ! On aime particulièrement la fusillade de l’épisode 13, où nous suivons, comme dans un jeu vidéo, la trajectoire de Seo Hae dans le décor chiadé d’une rue en ruine.

Scène de destruction dans Sisyphus: The Myth

Enfin, impossible de passer sous silence l’incroyable scène de destruction massive qui survient à l’improviste à la moitié de la série, et au cours de laquelle la ville de Séoul est mise à feu et à sang par des missiles nord-coréens. Boostée par une course effrénée en voiture sous les bombardements, la scène paraît tout droit sortie d’un film catastrophe américain à la Roland Emmerich (Le Jour d’Après) et montre des images angoissantes des monuments de Séoul balayés par les missiles (la tour Namsan, l’Assemblée nationale, le palais Gyeongbok…). Seul le drama Designated Survivor avait osé détruire l’Assemblée nationale jusqu’à présent. Sisyphus désintègre toute la ville !

Park Shin Hye impressionnante dans l’action

L’une des surprises de Sisyphus: The Myth est aussi de voir Park Shin Hye se muer en héroïne d’action. Qui eut cru, il y a dix ans, voir un jour l’actrice de la comédie romantique culte You’re Beautiful se prêter à des scènes de combat aussi brutales ? Park Shin Hye ne s’est essayée au registre du thriller que récemment au cinéma, avec Heart Blackened et surtout The Call. Dans Sisyphus: The Myth, elle enchaîne avec assurance les joutes martiales et fusillades – le réalisateur s’attache à montrer qu’elle effectue elle-même ses combats.

Le personnage de Seo Hae a tout d’une superhéroïne, mais ne se résume pas pour autant à une machine de guerre. Park Shin Hye est avant tout une très bonne actrice, ce qui permet à Sisyphus de développer un vrai personnage féminin, avec ses humeurs et son histoire.

Le design de Seo Hae est d’ailleurs pensé pour conjuguer ses différentes facettes : les ornements girly de ses armes à feu lui confèrent un côté enfantin qui l’humanisent instantanément, même sur un champ de bataille, et qui permettent de faire le lien avec la Seo Hae enfant que nous croisons à plusieurs reprises dans le présent.  La complicité touchante de la jeune femme avec son père, interprété par Kim Jong Tae (Do You Like Brahms?), lui apporte d’ailleurs du relief, en plus de jouer un rôle déterminant dans l’histoire.

Cho Seung Woo en scientifique passionné

Le choix de Cho Seung Woo, acteur confirmé au cinéma (Inside Men) comme à la télévision (Stranger), s’avère également judicieux dans le rôle de Han Tae Sul. Abordant son personnage avec humour et décontraction, il excelle aussi bien pour incarner le scientifique passionné, que l’homme ordinaire éberlué par les événements ou le calculateur qui élabore des plans ingénieux pour s’extraire d’une situation de crise.

Jo Seung Woo (Sisyphus: The Myth)

Si les actions de Seo Hae sont influencées par sa relation avec son père, celles de Tae Sul sont guidées par sa volonté de découvrir la vérité sur la disparition de son frère, un mystère qui réservera des rebondissements surprenants. Comme toujours dans les dramas coréens, les enjeux humains sont au premier plan.

Servie par l’alchimie entre les deux acteurs, l’histoire d’amour entre Seo Hae et Tae Sul alterne entre émotion et légèreté et fait ressentir l’attachement des personnages, sans jamais faire basculer le drama dans le mélo. Sisyphus reste avant tout une série d’action et de science-fiction et ne trahit pas les espoirs suscités par les premiers épisodes.

Sung Dong Il (Sisyphus: The Myth)
Sung Dong Il

Les acteurs secondaires sont tous parfaitement à leur place, qu’il s’agisse de Sung Dong Il (The Cursed), excellent en mercenaire sarcastique qui cache son QG sous sa supérette, Chae Jong Hyeop (Hot Stove League) en chevalier servant prêt à tout pour aider Seo Hae, Jung Hye Jin (Rugal) en psy énigmatique ou Tae In Ho (Soul Mechanic) dans le rôle d’Eddie Kim, l’associé de Tae Sul.

Quant à Kim Byung Chul (Sky Castle), il imprime une aura étrange et un humour cinglant à un personnage de méchant tellement diabolique qu’il en devient presque abstrait, tel une incarnation malsaine de la jalousie humaine.

Park Shin Hye : action scene

Mais au fait, pourquoi ce titre mystérieux, Sisyphus: The Myth ? La réponse se dessine vers la fin de la série. Pour ne pas spoiler l’histoire, nous vous rappellerons simplement que dans la mythologie, Sisyphe est un homme condamné par les dieux à effectuer éternellement la même tâche. Il ne vous reste plus qu’à vous triturer un peu l’esprit pour comprendre.

Elodie Leroy

Lire aussi | Critique : Beyond Evil, un polar indispensable avec Shin Ha Gyun

Ci-desosus, le titre My Last Love interprété par Ailee (OST Sisyphus: The Myth) :