Shin Ha Gyun et Yeo Jin Goo se donnent magistralement la réplique dans ce thriller psychologique captivant servi par une belle réalisation.

En Corée du Sud, quand un adulte disparaît sans laisser de trace, l’affaire est traitée comme une simple fugue, ce qui laisse le loisir à un meurtrier d’agir dans l’impunité. Vingt ans après la disparition d’une jeune provinciale, de nouveaux éléments font surface, poussant des policiers à enquêter. Thriller psychologique réalisé par Shim Na Yeon, le drama Beyond Evil (Au-delà du Mal) cultive son mystère à la faveur d’une intrigue tortueuse et généreuse en rebondissements, tout en développant des personnages ambigus et nuancés. Les deux interprètes principaux, Shin Ha Gyun et Yeo Jin Goo, nous livrent un magnifique face à face d’acteurs dans ce qui s’impose déjà comme l’un des polars indispensables de l’année.

MAJ 14.05.2021 : Beyond Evil a obtenu trois prix aux Baeksang Arts Awards 2021 : meilleur drama, meilleur scénario pour Kim Su Jin et meilleur acteur pour Shin Ha Gyun.

MAJ 15.06.2021 : Beyond Evil est désormais disponible sur Netflix sous le titre Au-delà du Mal.

Yeo Jin Goo (Beyond Evil)
Yeo Jin Goo

Le retour d’un tueur en série

Jeune policier d’élite issu d’un milieu social aisé, Han Ju Won (Yeo Jin Goo) intègre le commissariat de Manyang, une petite ville de province. Il devient le supérieur et coéquipier de Lee Dong Sik (Shin Ha Gyun), un policier qui semblait autrefois destiné à une brillante carrière, mais dont la vie a été bouleversée par une affaire de meurtres en série. Aujourd’hui, Lee Dong Sik effectue des tâches subalternes au commissariat. Alors que le tueur semble être de retour, Han Ju Won commence à soupçonner son collègue.

Dirigé par Shim Na Yeon, la réalisatrice de At Eighteen, le drama Beyond Evil nous immerge dans une petite ville de province, loin de l’esthétique urbaine à laquelle les thrillers télévisuels coréens nous ont habitués. Ce décor rural confère au drama un parfum d’authenticité qui n’est pas sans rappeler quelques classiques du thriller coréen au cinéma, tels que Memories of Murder ou Moss, avec lesquels le drama partage le style réaliste, le sens du mystère et la peinture sociale détaillée.

Shin Ha Gyun (Beyond Evil)
Shin Ha Gyun

Beyond Evil débute sur la découverte d’un cadavre dans la nuit, au milieu des eaux boueuses d’un marécage, comme si la nature recrachait les cadavres qu’elle avait absorbés. La scène suivante nous emmène vingt ans en arrière, pour s’attarder sur l’événement qui a brisé la tranquillité de cette bourgade sans histoire : la disparition de Yu Yeon, la sœur de Dong Sik. Cette affaire est le point de départ d’une quête de vérité acharnée, qui poussera les principaux protagonistes à franchir les limites de la légalité pour démasquer le coupable.

Les monstres du quotidien

Plutôt que d’enchaîner les scènes à une cadence effrénée, Beyond Evil prend son temps pour nous immerger dans son atmosphère et planter son univers. Aidée par une bande son atmosphérique, la réalisation de Shim Na Yeon capte la province de manière organique et entretient une tension psychologique permanente, sans aucun recours au spectaculaire, tout en parsemant le récit de quelques notes d’humour un peu décalé.

Avec son style guindé et son attitude distante, Han Ju Won a l’habitude de dire ce qu’il pense sans prendre de gants, quitte à se montrer franchement arrogant. Le jeune policier peine à se faire accepter par les habitants de Manyang, qui voient en lui un citadin méprisant. Quant à ses nouveaux collègues policiers, ils le prennent pour un espion de son père Han Gi Wan (Choi Jin Ho), un haut fonctionnaire en lice pour devenir le chef de la Police. Han Ju Won est l’outsider dont la venue va peut-être changer la donne.

Sa rencontre avec Lee Dong Sik est un choc de personnalités. Très vite, les deux hommes se prennent mutuellement en grippe. Sarcastique et désinvolte avec son collègue, Dong Sik est entouré de mystères et semble en savoir plus qu’il ne le prétend sur les meurtres survenus dans la région. A commencer par celui de sa sœur, dont il était le principal suspect dans le passé.

Shin Ha Kyun et Yeo Jin Goo (Beyond Evil)

Si la relation conflictuelle entre Ju Won et Dong Sik occupe le devant de la scène dans le premier tiers du récit, Beyond Evil déploie en parallèle une galerie de personnages secondaires qui semblent tous avoir des choses à cacher. Un chef magouilleur, un archiviste potentiellement atteint de troubles mentaux, une bouchère qui ne quitte pas son hachoir… Le doute s’installe sur chacun des hommes et des femmes qui animent le quotidien tranquille de Manyang.

Le titre original de Beyond Evil, « Gwoemul 괴물 », signifie monstre. Qui est le monstre dans le drama ? Au fil d’une enquête qui se complexifie de plus en plus, nous en croiserons plusieurs, et de différents types, du privilégié prêt à tout pour assouvir ses ambitions à celui qui devient un monstre pour dissimuler un secret, en passant par le prédateur qui se cache derrière un visage inoffensif – ce thème est également présent dans Mouse, diffusé sur tvN.

Se souvenir des personnes disparues

La scénariste Kim Soo Jin (Mad Dog) réalise un véritable travail d’orfèvre dans l’élaboration de ses twists scénaristiques, qui ne paraissent jamais gratuits et s’appuient toujours sur le point de vue d’un personnage pour gagner en puissance dramatique. Les indices se trouvent parfois sous nos yeux, mais les enjeux personnels viennent souvent brouiller notre perception.

Choi Da Hoon (Beyond Evil)
Choi Da Hoon

Car en plus d’être un polar bien ficelé, Beyond Evil parle de l’humain. Laissant entrevoir la manière dont chaque crime impacte durablement la vie des proches de la victime, le drama évoque la nécessité de se souvenir des disparus, le besoin de connaître la vérité pour s’autoriser à vivre. Ce thème était exploité de manière différente dans Missing: The Other Side (OCN, 2020), mais prend ici plus de consistance grâce des personnages finement écrits et un récit qui évite soigneusement de jouer la carte du mélodrame. 

Malgré sa noirceur, le drama ne sombre pas dans le nihilisme. Au fil des épisodes, nous apprenons à regarder différemment les habitants de Manyang. Aux monstres s’opposent ainsi l’entraide et les liens chaleureux qui se forgent entre les personnages, tel un rempart contre l’horreur.

Shin Ha Gyun et Yeo Jin Goo s’affrontent

En tant que directrice d’acteurs, Shim Na Yeon impressionne tout particulièrement dans la mise en scène des confrontations entre les personnages, à commencer par celles des deux protagonistes principaux. En témoigne la mémorable scène dialoguée qui clôt l’épisode 5, dans laquelle Dong Sik pousse Ju Won dans ses retranchements. La manière dont chacun des deux personnage réagit aux provocations de l’autre, tant sur le plan des expressions faciales que de l’attitude corporelle, est travaillée avec précision.

A ce propos, la performance de Shin Ha Gyun (Less Than Evil, Brain) est tout simplement incroyable. Le regard provocateur, la posture légèrement voutée, il compose un personnage plus vrai que nature, au point de nous faire oublier que nous avons affaire à un acteur. Tour à tour inquiétant, ironique, imprévisible et émouvant, il donne le ton de la série tout en conservant à chaque instant une humilité dans son interprétation. Shin Ha Gyun se met entièrement au service de son rôle, dont l’attitude revenue de tout lui va comme un gant.

Quant à Yeo Jin Goo (Hotel Del Luna, The Crowned Clown), il est totalement immergé dans son personnage de jeune homme psychorigide en conflit avec les siens, et dont les certitudes vont être ébranlées par l’enquête. Trouvant le ton juste à chaque scène, dans l’intensité comme dans la sobriété, l’acteur excelle aussi bien dans les face-à-face de Ju Won avec Dong Sik que dans la quête d’indépendance du jeune homme vis-à-vis d’un père tyrannique.

De manière intéressante, l’un des tout premiers rôles de Yeo Jin Goo consistait à interpréter la version enfant de Shin Ha Gyun dans le long métrage No Mercy For the Rude (Park Chul Hee, 2006). Beyond Evil permet à ces deux acteurs de se donner enfin la réplique. Shin Ha Gyun est un vétéran reconnu au cinéma (nous l’avons découvert il y a vingt dans JSA (Joint Security Area) de Park Chan Wook) comme à la télévision et Yeo Jin Goo un talent prometteur dont le jeu est étonnamment solide pour son âge. Cette nouvelle rencontre a quelque chose de touchant pour les cinéphiles que nous sommes. Non seulement leur alchimie est exceptionnelle, mais l’évolution de la relation entre les personnages réserve de très belles scènes.

Choi Sung Eun (Beyond Evil)
Choi Sung Eun (Beyond Evil)

Les acteurs secondaires forment également une galaxie intéressante. Choi Sung Eun est la révélation du drama dans le rôle de Jae Yi, tandis que Choi Da Hoon (Do You Like Brahms?) est désarmant dans le rôle de Park Jeong Je. Quant à Heo Sung Tae (Watcher), il nous livre l’une de ces prestations exubérantes dont il a le secret dans le rôle de Lee Chang Jin.

On citera également Kim Sin Rok (The Cursed) en policière pleine de sang-froid, Lee Kyu Hoi en père handicapé mental, Chun Ho Jin (Save Me 2) en chef de la police, Nam Yoon Su (Extracurricular) en rookie débonnaire, Gil Hae Yeon (Law School) en femme politique cynique, Choi Jin Ho (Awaken) en homme de pouvoir exécrable, sans oublier Lee Do Hyun (Youth of May), qui joue Dong Sik vingt ans plus tôt. Nous pourrions en citer d’autres, car l’ensemble du casting de Beyond Evil mérite d’être salué.

Produit par Celltrion Entertainment, le drama Beyond Evil était diffusé sur JTBC du 19 février au 10 avril 2021 pour la Corée et sur Viki pour l’international. Son arrivée sur Netflix a déjà été annoncée, mais la date de sortie française n’a pas encore été communiquée.

Ci-dessous, la superbe chanson principale du drama : The Night, de Choi Baek Ho.

Elodie Leroy

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