Critique : Voice 4 redonne ses lettres de noblesse à la franchise

par Elodie Leroy

Lee Ha Na et Song Seung Heon pourchassent un tueur en série aussi créatif que retors dans ce nouvel opus de la franchise Voice.

Bonne nouvelle, la franchise Voice a retrouvé la forme ! Présente sur le petit écran depuis quatre ans, cette série procédurale suit les enquêtes d’une unité de police pilotée par un centre d’appel d’urgences. Après une saison 1 haletante, les deux suivantes décevaient par un scénario sans finesse et une réalisation balourde. La saison 4 revient pour notre plus grand plaisir vers les bases de l’univers de la série, à savoir un cocktail habile d’investigation, de suspense et d’action, tout en apportant du neuf avec un décor dépaysant et surtout avec l’arrivée de Song Seung Heon, qui fait un excellent partenaire pour Lee Ha Na. Voice 4: Judgment Hour mérite également le coup d’œil pour son psychopathe haut en couleurs, qui place la barre haut pour les suivants.

Cette critique dévoile l’identité de l’interprète du psychopathe.

Lee Ha Na (Voice 4)
Lee Ha Na

L’équipe Golden Time en exil

Depuis la mort de son partenaire, Kang Kwon Joo (Lee Ha Na) souffre du syndrome post-traumatique, mais continue de diriger l’équipe Golden Time. Elle découvre bientôt qu’un tueur en série possède comme elle une acuité auditive exceptionnelle. Elle doit également collaborer avec Derek Cho (Song Seung Heon), le leader d’une unité de police de Los Angeles dépêché en Corée pour attraper le même criminel. Bientôt, ce dernier s’en prend à la sœur de Derek Cho.

Pour ce nouvel opus diffusé entre le 18 juin et le 31 juillet 2021, la chaîne OCN partage l’exploitation avec sa sœur tvN – toutes deux font partie du groupe CJENM –, qui prend en charge la promotion du drama. Ce changement a de quoi étonner, la franchise Voice faisant partie des séries phares d’OCN, mais le succès est au rendez-vous, puisque les ratings naviguent entre 3 % et 4,5 % lors de la diffusion.

Les hostilités démarrent avec une scène dérangeante. Vêtues d’imperméables à capuche noirs, trois silhouettes s’avancent dans la nuit, déambulant entre les arbres, pour s’acheminer vers une modeste maison de campagne. A l’intérieur, un adolescent armé d’un couteau de cuisine a attaché ses grands-parents dans des guirlandes de Noël, une scène qui tourne au carnage avec l’arrivée des trois individus. Accompagnée d’un clown nain et d’un homme d’âge mur, la femme qui dirige le groupe ressemble comme deux gouttes d’eau à Kang Kwon Joo.

Song Seung Heon (Voice 4)
Song Seung Heon

Les meurtres commis par ce trio tout droit sorti des Enfers marquent le début d’une enquête qui emmènera la Golden Time Team et l’équipe de Derek Cho jusqu’à l’île Vimo, dont les habitants, qui se méfient des personnes venues du continent, se montrent peu coopératifs. Nous comprenons également que le passé des deux personnages principaux, Kwon Joo et Derek, est connecté à cette île, où un mouvement religieux semble avoir une prise sur les autorités locales.

Violences familiales

Toujours écrit par la scénariste Ma Jin Won, Voice 4: Judgment Hour est réalisé par Shin Yong Hwi, qui possède une certaine expérience dans le domaine du thriller, puisqu’il a également travaillé sur trois classiques du genre, à savoir Tunnel, Bad Guys et Gap Dong. Shin est secondé par Yoon Ra Young, qui fait ses débuts en tant que réalisatrice.

Le changement de réalisateur s’avère bénéfique pour la franchise. Exit le trop plein d’action de la saison 2 et l’esthétique criarde de la saison 3. Shin Yong Hwi trouve le juste dosage entre mystère, le suspense et la peur, tout en accordant juste ce qu’il faut de place au développement de ses personnages. Le décor insulaire de l’intrigue, qui nous plonge dans une ambiance bord-de-mer éloignée des rues étouffantes de la ville, marque également la volonté de ne pas uniquement se reposer sur les acquis de la série, en plus de jouer sur les spécificités du mode de vie local (l’activité des plongeuses, les croyances folkloriques).

Comme toujours dans Voice, les différentes affaires abordent des sujets de société perturbants. Un thème principal se dessine au fil des enquêtes de Voice 4 : les abus domestiques, de la violence physique ou morale à l’indifférence des adultes envers les enfants. Un petit garçon mis en cage, une ado victime d’abus sexuels, un octogénaire abandonné par son fils… Les situations diverses que découvrent les enquêteurs sont aussi réalistes que révoltantes. On relèvera bien quelques excès lacrymaux ici et là, notamment dans l’affaire du vieil homme, mais la série ne franchit jamais la barrière du mélodrame. Elle fait également le lien avec un autre thème présent dans les saisons 2 et 3, celui de l’influence du dark web sur les jeunes à la dérive.

Quand Song Seung Heon donne le ton

Véritable pilier de la série, Lee Ha Na (A Piece of Your Mind) reprend le rôle de Kang Kwon Joo avec l’assurance et la conviction d’une actrice qui connaît désormais par cœur son personnage et les codes de l’univers qui l’entoure. La tâche de Lee Ha Na comporte cependant une difficulté supplémentaire, puisqu’elle doit également, dans certaines scènes, incarner un assassin. Le contraste entre le caractère apaisant de l’héroïne et la noirceur glauque de son double vient perturber nos repères pour nous amener à nous interroger sur le passé de la policière.

Cette nouvelle saison de Voice marque également l’arrivée dans la franchise de Song Seung Heon, qui succède à Jang Hyuk dans la saison 1 et Lee Jin Wook dans les saisons 2 et 3 dans le rôle principal masculin.

La bonne surprise est que Song Seung Heon (Black) prend ses marques avec une grande facilité dans son personnage de flic américain têtu et mû par la vengeance, mais empathique avec les victimes. Moins brut de décoffrage que Jang Hyuk, plus expressif que Lee Jin Wook, il s’impose très vite comme le meilleur partenaire de Lee Ha Na dans Voice. Song Seung Heon se révèle tellement à l’aise dans son rôle que sa présence contribue largement à redéfinir le ton de la franchise, qui fait davantage ressortir l’esprit d’équipe qui anime la Golden Time Team, un aspect qui avait disparu des deux opus précédents – Do Kang Woo, le personnage de Lee Jin Wook, agissait souvent en solo.

Baek Sung Hyun et Song Seung Heon

Nous retrouvons par ailleurs avec plaisir l’indélogeable Park Eun Soo (Son Eun Seo), qui se rend désormais sur le terrain, mais aussi Shim Dae Sik (Baek Sung Hyun), un personnage de la saison 1 qui revient avec un set up d’homme traumatisé qui le rend forcément attachant. Enfin, l’équipe accueille un petit génie de l’informatique campé par Kang Seung Yoon de WINNER (Kairos), et qui vient détendre l’atmosphère avec sa décontraction et son humour.

Lee Kyu Hung, l’autre raison de voir Voice 4

Comme toujours dans la saga Voice, la véritable identité de l’ennemi nous est dévoilée à mi-chemin de la série. Si le tueur de la saison 1 en avait traumatisé plus d’un, ceux des saisons 2 et 3 nous avaient déçues par une caractérisation indigente, voire oubliable dans la saison 3. Dans la saison 4, le tueur est interprété par Lee Kyu Hyung, acteur assez génial dont la performance nous avait déjà marqués dans Stranger, et qui compose ici un psychopathe dont les troubles mentaux font partie des attractions de la série.

Comprendre le labyrinthe de la pensée de Dong Bang Min ne s’avère pas une mince affaire, puisqu’il switche constamment – et de manière ludique pour le spectateur – entre plusieurs identités. Alors que la réalisation maintient par ailleurs une certaine sobriété, les références à l’univers de la représentation théâtrale (masques, maquillages…) et les couleurs vives de l’univers glauque de Dong Bang Min jouent à plein pour entourer le personnage d’une aura de bizarrerie. En d’autres mains, le rôle aurait pu paraître outrancier, mais Lee Kyu Hyung lui apporte sa subtilité de jeu et sa sensibilité particulière, ce qui rend son personnage à la fois inquiétant, perturbant et divertissant.

Lee Kyu Hyung (Voice 4)
Lee Kyu Hyung

Il va sans dire que les séquences de meurtres et les affrontements sont ultra violents, conformément à l’esprit de la franchise. Ce qui nous amène parfois à nous interroger sur la logique de la censure coréenne, qui impose de flouter les lames de couteau (ou de hachette), mais ne s’offusque pas de voir un homme encaisser une quinzaine de coups de couteau sur tout le corps – séquence qui, si elle se trouve en fin d’épisode, sera reprise au début du suivant, histoire de nous faire savourer chaque blessure !

La fin du dernier épisode, dans laquelle un personnage connu fait une apparition surprise, constitue manifestement une amorce pour une saison 5. Elle révèle en effet l’existence d’un lien entre les affaires passées, qui devrait occuper le devant de la scène par la suite. La scénariste Ma Jin Won a annoncé le 16 août 2021 qu’elle travaillait déjà sur une suite.

Elodie Leroy

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