Critique : Dark Hole, un drama pandémique sans envergure

par Elodie Leroy
Dark Hole (OCN, 2021)

Ce drama coréen d’horreur offre son comptant de scènes d’action et de moments de suspense, mais ne fait jamais grimper l’adrénaline.

Les dramas pandémiques ont le vent en poupe en Corée. La preuve avec Dark Hole, dans lequel un étrange virus transforme les habitants d’une ville provinciale en mutants. Suivant le canevas d’un thriller de zombies, Dark Hole nous immerge dans une ambiance apocalyptique aux côtés de personnages dont les préoccupations ne sont pas sans évoquer les angoisses nées de la crise du COVID-19. Cette approche prometteuse, combinée avec la présence de scènes catastrophes, aurait dû garantir le divertissement. Dommage que le drama souffre d’un scénario qui s’étire en longueur et d’une mise en scène fade qui ne lui permet jamais de nous prendre aux tripes.

Mettez vos masques !

Policière à la criminelle, Hwa Sun (Kim Ok Vin) est hantée par la mort de son mari assassiné dans le passé par une psychopathe. A la suite d’un appel téléphonique de cette dernière, elle se rend dans une petite ville du nom de Muji. Elle rencontre Yoo Tae Han (Lee Joon Hyuk), un ancien policier hanté par une affaire qui lui a coûté son poste. Sur les lieux, des phénomènes inquiétants se produisent. Les personnes se transforment en monstres sanguinaires après avoir ingéré une étrange fumée noire provenant d’une profonde doline (ou sink hole) située en pleine forêt.

Diffusé du 30 avril au 5 juin 2021 sur OCN et tvN et disponible sur Viki, Dark Hole fait suite au drama militaire Search dans la collection « Dramatic Cinema » d’OCN. Ce qui veut dire que l’objet bénéficie de moyens conséquents, qui permettent au réalisateur Kim Bong Joo (The Yellow Sea) de s’offrir des effets visuels solides.

Dark Hole relève aussi le difficile défi de passer après Kingdom et Sweet Home dans le registre du thriller pandémique option monstres enragés. Le drama soutient-il la comparaison ? Sans être honteux, il est loin d’égaler ses modèles.

Hwa Sun (Kim Ok Vin)

La série commence pourtant de manière prometteuse avec une mise en place efficace. Passées les scènes introductives voyant des individus attraper aléatoirement le virus, nous voilà projetés en plein chaos aux milieu de citoyens en panique dans les rues. Les hordes de mutants se déchaînent contre les habitants de Muji, cependant que Hwa Sun tente de sauver une petite fille rencontrée sur son chemin et que Tae Han assiste à la transformation de son meilleur ami.

Alors que l’horreur se répand dans la ville, les survivants se cloîtrent à différents endroits (école, commissariat, hôpital) pour empêcher la fumée de les atteindre. Mais les humains sont parfois plus effrayants que les monstres, surtout quand une chamane érige un culte fanatique autour d’une mystérieuse entité.

Tae Han (Lee Joon Hyuk)

L’angle d’approche de l’histoire mérite que l’on s’y attarde. Si l’idée de la femme gourou qui prend le contrôle des survivants évoque forcément le film américain The Mist (de Frank Darabont, d’après Stephen King), elle renvoie surtout à l’actualité coréenne du moment. En effet, c’est par des sectes que le virus du COVID-19 s’est introduit au Pays du Matin Frais.

Les préoccupations des personnes font d’ailleurs écho aux angoisses propres à la crise sanitaire dont nous sommes encore en train de nous extirper. La peur de respirer l’air extérieur, la peur de l’autre, la peur des étrangers, et bien sûr, le masque comme seule solution pour éviter les contaminations – l’injonction de mettre son masque, que l’on entend à plusieurs reprises, rappelle forcément quelque chose.

Le fait que les transformations surviennent lorsque les personnes cèdent à leurs peurs et à leurs rancœurs évoque aussi les conséquences du confinement. On notera enfin, dans les premiers épisodes, une insistance particulière sur la dévotion du personnel soignant et de la police de proximité.

Pour ces raisons, Dark Hole se positionne comme une forme originale de témoignage de la crise du COVID-19.

Madame Kim (Song Sang Eun)

Manque d’intensité chronique

Dark Hole avait donc des atouts de son côté, mais ne parvient jamais réellement à nous emporter. Le découpage en drama choral est clair, mais l’intensité manque cruellement à l’appel. La faute à une réalisation sans saveur, qui ne fait jamais monter l’adrénaline. Nous sommes loin des envolées épiques de Kingdom ou des fantaisies horrifiques de Sweet Home.

Dark Hole est surtout un drama bien trop long eu égard au manque de complexité de ses enjeux dramatiques. Les personnages, qui inspirent la sympathie dans les premiers épisodes, finissent par lasser à force de se réduire à un enjeu unique gouvernant toutes leurs actions. Le scénariste Jung Yi Do s’était montré plus inspiré dans l’écriture de Strangers From Hell ou Save Me.

Hwa Sun (Kim Ok Vin) et Dong Rim (Oh Yu Jin)

L’héroïne, Hwa Sun, est peut-être la seule qui s’autorise un semblant d’évolution, passant de la veuve endurcie à la protectrice bienveillante qui prend les plus jeunes sous son aile. Ses scènes avec la jeune Dong Rim (Oh Yu Jin) et la petite Do Yoon (Lee Ye Bit) lui permettent de gagner un peu en humanité. Kim Ok Vin (Arthdal Chronicles) délivre une prestation honnête, à défaut d’être marquante, tout en faisant le job dans la baston et les cascades.

Kim Ok Vin et Lee Joon Hyuk, une relation à distance

Là où le bât blesse, c’est dans les interactions de l’actrice principale avec sa co-star. Ou plutôt le manque d’interactions. Car pendant une bonne partie du temps, Lee Joon Hyuk (Stranger) n’échange avec l’héroïne que par talkie-walkie, une relation à distance qui ne permet jamais à cette réunion d’acteurs de remporter l’adhésion.

L’assortiment n’est d’ailleurs pas des plus heureux. Kim Ok Vin et Lee Joon Hyuk ont eu commun d’être un peu froids, d’avoir besoin d’un partenaire plus expressif pour se mettre en valeur. D’ailleurs, si l’investissement de Lee Joon Hyuk dans l’action est indéniable, son jeu d’acteur se résume au minimum syndical dans Dark Hole. Son regard était plus présent face à Nam Ji Hyun dans 365: Repeat the Year.

Comme toujours dans les dramas coréens, Dark Hole possède néanmoins son lot de figures secondaires sympathiques. Im Won Hee (Dr. Romantic) fait du Im Won Hee dans les premiers épisodes, c’est-à-dire le pitre, mais se révèle plutôt attachant sur la durée. La jeune Oh Yu Jin (True Beauty), qui interprète Dong Rim, parvient à cultiver le mystère de son personnage, tandis que Song Sang Eun (Private Lives) fait une gourou perverse à souhait. Les enfants interprétés par Lee Ye Bit (Beyond Evil) et Park Ye Chan (The Ghost Detective) apportent aussi une touche de fraicheur à l’ambiance de la série.

En revanche, on décernera un carton rouge au personnage de Ji Hye (Kim Soo Ol, Navillera), la femme enceinte dont le rôle se réduit à pleurnicher et à produire des onomatopées. Ce rôle sonne comme un étrange écho de machisme dans un drama qui met par ailleurs les femmes au premier plan.

Elodie Leroy

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