Critique : Find Me In Your Memory, avec Kim Dong Wook et Moon Ga Young

par Elodie Leroy
Find Me In Your Memory

Ce drama romantique avec Kim Dong Wook et Moon Ga Young avait des qualités à revendre, mais se perd en route à force d’invraisemblances.

Il se souvient de tout, elle ne se souvient de rien. Le point de départ du drama Find Me In Your Memory (그 남자의 기억법) n’est pas dénué d’originalité, puisque les deux protagonistes sont atteints de troubles de la mémoire opposés. Après une première partie émouvante, au cours de laquelle ces deux handicaps agissent comme des forces contraires sur leur relation, le drama Find Me In Your Memory s’enlise dans un mélange de genres hasardeux entre romance et thriller sans jamais trouver le ton juste, malgré un ensemble de personnages sympathiques. Le couple formé par Kim Dong Wook et Moon Ga Young a beaucoup de charme, mais ne suffit pas à masquer les faiblesses d’un scénario irréaliste et indigent.

Kim Dong Wook et Moon Ka Young

Mémoire et handicap

Présentateur de JT, Lee Jung Hoon (Kim Dong Wook) est atteint d’hypermnésie, un syndrome qui lui donne la capacité de se souvenir avec précision de chaque jour de sa vie depuis son enfance. Actrice montante, Yeo Ha Jin (Moon Ga Young) souffre d’amnésie depuis un choc émotionnel. Lorsqu’il rencontre Ha Jin, Jung Hoon voit en elle de nombreux points communs avec sa petite-amie disparue quelques années plus tôt.

Diffusé sur MBC entre le 18 mars et le 13 mai 2020 et disponible sur Netflix, Find Me In Your Memory est réalisé par Oh Hyun Jong (Weightlifting Fairy Kim Bok Joo) sur un scénario de Kim Yoon Joo (Duel, Nine: Nine Times Time Travel) et Yoon Ji Hyun, une réunion de talents prometteuse pour un drama qui s’annonçait résolument centré sur la romance et le développement des personnages.

Les premiers épisodes de Find Me In Your Memory ont de nombreux atouts de leur côté. La rencontre entre les deux protagonistes, qui ont en commun d’être atteints d’un handicap lié à la mémoire, s’avère étrangement touchante. La faculté de Lee Jung Hoon à se souvenir de tout est source de souffrance, puisque chaque détail du moindre traumatisme reste gravé dans sa mémoire, ce qui explique son caractère distant et crispé. Au contraire, l’amnésie partielle de Yeo Ha Jin lui permet de profiter de la vie sans se soucier de son passé, qui recèle de sombres secrets. Avec son caractère franc et innocent, elle révèle aussi une forte tendance à faire confiance aux autres, ce qui lui joue parfois des tours.

Leur relation commence de manière insolite. A la suite d’un malentendu, Jung Hoon et Ha Jin s’embarquent dans une comédie un peu particulière : faire croire à la presse qu’ils sortent ensemble. En coulisse, Ha Jin commence à fantasmer sur une vraie relation. Au contraire, Jung Hoon se montre froid et lunatique à son égard. L’issue des rendez-vous est parfois douloureuse et le drama parvient plus d’une fois à faire poindre l’émotion à la faveur de scènes dialoguées intimistes.

Ces scènes sont servies par une bonne alchimie entre les acteurs Kim Dong Wook (The Guest) et Moon Ga Young (True Beauty), dont le couple nous charme sans réserve dans ce premier tiers mélancolique qui se suit avec plaisir. Au point que l’on est prêt à se montrer indulgent vis-à-vis du manque de réalisme avec lequel est dépeint l’univers professionnel de chacun (la chaîne TV présentée comme un monde de bisounours, notamment).

Stalkers en série

Les ennuis arrivent dans le second tiers, au cours duquel le drama Find Me In Your Memory s’engouffre dans un piège dont il ne sortira pas indemne : faire du thriller sans traiter le genre au sérieux. Tout dérape avec l’entrée en scène d’un ancien stalker qui s’avère responsable du drame du passé. Dès lors, le drama navigue de manière gauche entre romance et drama à suspense, sans jamais savoir sur quel pied danser. Les scénaristes Kim Yoon Joo (pourtant responsable du chef-d’œuvre Duel) et Yoon Ji Hyun ne parviennent jamais à maîtriser l’exercice et la réalisation s’affadit au fil des épisodes. 

Le suspense entretenu sur l’identité du second stalker – oui, il y en a plusieurs, pour plus de danger ! – devient vite lassant, tant les motivations potentielles des suspects s’avèrent abracadabrantes. L’affaire, qui avancera à coups de facilités de scénario, trouvera d’ailleurs une conclusion des plus grotesques.

Entre-temps, les clichés les plus éculés sur la femme en détresse se seront dangereusement accumulés pour porter un sérieux coup de massue à l’intérêt suscité par la romance entre Jung Hoon et Ha Jin. Celle-ci paraît soudainement puérile, alors que les sentiments étaient abordés avec maturité jusqu’alors. La jeune femme se transforme d’ailleurs vite en archétype de la femme passive à qui tout le monde cache des choses pour préserver sa sensibilité – on a connu plus féministe comme traitement du protagoniste féminin.

Psychiatres indiscrets

Cette partie thriller, en plus d’être bancale, amorce la troisième partie, qui se concentrera sur la résolution des enjeux dramatiques posés dans la première. Si l’émotion repointe parfois le bout de son nez grâce à un couple principal attachant, l’écriture se compromet dans l’irréalisme le plus total avec l’émergence d’une sous-intrigue improbable entre deux psychiatres père et fils.

Le conflit familial entre de Yoon Tae Eun (Yoon Joong Hoon, de The Penthouse), ami de Jung Hoon et psychiatre de Ha Jin, et son père (Kim Chang Wan, de It’s Okay to Not Be Okay) aurait pu être intéressant si seulement leur métier avait été approché avec plus de sérieux. Les créateurs de la série n’ont-ils jamais entendu parler du secret professionnel ? Si les psychiatres déballaient à n’importe qui tous les problèmes de leurs patients comme le font ces deux personnages, la discipline ne serait plus exercée depuis longtemps.

Bientôt, le couple formé par Ha Kyung, la sœur et ange gardien de Ha Jin, et Il Kwon, le collègue de Jung Hoon, devient notre bouée de sauvetage contre l’ennui. L’actrice Kim Seul Gi (Oh My Ghost) et l’acteur Lee Jin Hyuk, du groupe UP10TION, s’avèrent très pétillants et naturels et apportent de la vie à un drama qui s’éteint par ailleurs au fil des épisodes.

L’autre romance, qui se joue entre les deux supérieurs hiérarchiques de Jung Hoon, interprétés par Jang Young Nam (It’s Okay to Not Be Okay) et Lee Seung Joon (The Tale of Nokdu), s’avère également sympathique, si ce n’est qu’elle est abandonnée en cours de route, comme beaucoup d’aspects intéressants dans cette série.

En fin de compte, nous sortons de Find Me In Your Memory avec un gros regret, celui d’avoir eu un rendez-vous manqué. Quel dommage.

Elodie Leroy

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