Critique : Yumi’s Cells, un bijou de finesse et d’inventivité avec Kim Go Eun

par Elodie Leroy

Tour à tour drôle et touchant, le drama Yumi’s Cells décortique de manière passionnante la psychologie humaine et donne à Kim Go Eun l’un de ses meilleurs rôles.

Certaines adaptations sont risquées et Yumi’s Cells en fait indubitablement partie. L’œuvre d’origine, un webtoon à succès, imbrique deux récits : la vie quotidienne d’une jeune femme et les aventures des cellules de son cerveau. Véritable défi narratif et visuel, Yumi’s Cells doit sa réussite à une écriture et une réalisation brillantes et à un casting délicieux emmené par Kim Go Eun. Mieux. Avec son concept ludique, Yumi’s Cells trouve le parfait dosage entre légèreté et profondeur pour expliquer la psychologie et les relations humaines. On en redemande et la suite arrive justement très bientôt.

Dans la tête de Yumi

Célibataire de 32 ans, Yumi (Kim Go Eun) est une employée de bureau introvertie, qui se fait gentiment exploiter par son supérieur et embêter par Ruby (Lee Yoo Bi), la peste de service. En secret, elle en pince pour son collègue Ugi (Choi Minho), sur lequel elle a finalement une désillusion. C’est néanmoins grâce à lui qu’elle rencontre Woong (Ahn Bo Hyun), un développeur informatique qui tombe amoureux d’elle au premier regard.

Diffusé sur tvN du 17 septembre au 30 octobre 2021 et disponible à l’international sur Viki, Yumi’s Cells s’inspire du webtoon de Lee Dong Gun publié sur Naver entre 2015 et 2020. Le concept, qui consiste à mêler les scènes de la vie réelle de Yumi et les échanges entre ses cellules cérébrales, n’est pas sans rappeler l’excellent film d’animation Vice-Versa des studios Disney/Pixar. L’approche est néanmoins différente : dans Yumi’s Cells, les cellules n’incarnent pas les émotions de Yumi, mais les différents fonctionnalités de son cerveau et de sa personnalité.

Il fallait une sacrée combinaison de talents pour transformer une succession de brefs chapitres, dans lesquels il ne se déroule généralement qu’un événement, en série de 16 épisodes d’une heure. Sur un scénario épatant de Kim Yoon Joo (Duel) et Kim Kyung Ran, avec le soutien créatif de Song Jae Jung (W: Two Worlds Apart), le réalisateur Lee Sang Yeob (My Holo Love) navigue avec dextérité entre séquences réelles et séquences animées, sans jamais mettre en péril la cohérence du récit.

Yumi’s Cells est aussi la première série coréenne à utiliser des séquences entièrement réalisées en animation 3D. Derrière le design mignon des cellules, chaque scène animée est finement élaborée pour représenter avec maturité ce qui se passe dans la tête de Yumi.

L’histoire à proprement parler, qui s’intéresse à sa relation amoureuse avec Woong, pourrait être banale si elle n’était pas constamment revisitée dans le monde cérébral, et ce, à travers des scènes jubilatoires jouant avec les références à l’imaginaire et à la psychanalyse. Le va-et-vient constant entre le vécu de Yumi dans la vie réelle et les remous que chaque événement provoque dans sa tête ausculte ses joies, ses doutes et ses peurs, ou même simplement ses habitudes de vie.

Raison et sentiments

Non seulement les cellules sont mignonnes, mais elles sont aussi très vivantes. Nous faisons ainsi la connaissance de la cellule de la faim qui ravage tout sur son passage, de l’anxiété qui se cache derrière les autres, de la luxure qui souffle des pensées érotiques, ou encore de l’amour qui joue les superhéroïnes. La troupe est menée par les cellules de la raison et de l’émotion, dont les débats interminables occupent le devant de la scène et apportent bien souvent un éclairage pertinent sur les séquences de la vie réelle.

La mise en scène des cellules de Woong vient ajouter de la complexité au développement de la romance. Rien que la première rencontre des deux jeunes gens à la fin de l’épisode 2 frise le génie, figurant de manière hilarante le masque porté par chacun pour ne pas déplaire à l’autre. Cette scène est tellement bien vue que nous avons tous l’impression de l’avoir déjà vécue.

Nous pourrions en citer un tas d’autres moments d’anthologie, comme les angoisses de la première nuit d’hôtel, l’exploration du classement des priorités dans la vie de Woong ou encore tout le délire rock autour de l’Endorphine.

A sa manière, Yumi’s Cells raconte avec lucidité les relations hommes/femmes dans le monde d’aujourd’hui, avec ces instants de complicité et d’euphorie, mais aussi de doute lorsque chacun dissimule ses émotions à son partenaire et se méprend sur les intentions de l’autre. On s’amuse parfois de la différence femme/homme dans la manière d’appréhender les situations, et ce, sans jamais que Yumi’s Cells ne sombre dans les clichés sexistes.

L’un des meilleurs rôles de Kim Go Eun

Au fil des épisodes se dessine par petites touches le portrait touchant d’une jeune femme qui manque parfois de confiance en elle, mais qui se montre déterminée à réussir sa relation amoureuse. Quoique. L’histoire, qui s’affranchit du canevas classique des comédies romantiques coréennes, réserve des surprises jusqu’à la fin.

Actrice talentueuse vue dans Goblin et The King: Eternal Monarch, Kim Go Eun trouve avec Yumi’s Cells l’un de ses meilleurs rôles avec ce personnage attachant de girl next door. Son jeu d’actrice est d’une subtilité et d’une précision rares, qu’il s’agisse de ses expressions faciales ou de son langage corporel. Très drôle dans les scènes de comédie, elle se montre également très juste dans les moments d’émotion et porte le drama sur ses épaules du début la fin.

A ses côtés, Ahn Bo Hyun (My Name) interprète Woong avec une candeur réjouissante. On croit sans difficulté à ce personnage de geek un peu à côté de la plaque (le bonhomme se rend à son premier rendez-vous galant en tongs), et dont l’univers cérébral s’avère joliment cohérent avec sa passion de l’informatique.

Parmi les acteurs secondaires, Lee Yoo Bi (A Poem A Day) est excellente en Ruby, la collègue qui parle comme un bébé pour séduire la gent masculine. Son expertise en aegyo donne lieu à une scène de coaching impayable dans l’épisode 10, qui met en parallèle ses mimiques ultra maîtrisées et les tentatives maladroites de Yumi de les reproduire. Le casting nous gâte également avec les apparitions irrésistibles de Choi Minho de SHINee (Lovestruck in the City) en Ugi et de Park Jinyoung de GOT7 (The Devil Judge) en Babi, sans oublier le caméo de Lee Sang Yi (Hometown Cha Cha Cha) en ex-petit ami toxique.

Enfin, les acteurs de doublage qui interprètent les cellules font beaucoup pour le succès de la série, à commencer par Park Ji Yoon pour la cellule émotionnelle, Shim Kyu Hyuk pour la cellule de la raison, Sa Moon Young pour la cellule de l’amour et bien sûr, en guest star, la gag woman Ahn Young Mi (SNL Korea) pour la cellule de la luxure.

Yumi’s Cells a été renouvelé pour saison 2, dont la diffusion débutera sur tvN le 10 juin 2022. En attendant, il n’est pas interdit d’écouter inlassablement l’OST du drama, voire de fredonner les notes du titre Like A Star de Doyoung.

Elodie Leroy

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