Avec son intrigue d’invasion démoniaque en costumes, Joseon Exorcist est le drama maudit arrêté à la suite d’une pétition sur Internet. Notre critique des épisodes 1 et 2.

Ces deux premiers épisodes Joseon Exorcist seront malheureusement les derniers. La série était tournée à 80% lorsque la controverse a éclaté en Corée du Sud, provoquant l’annulation des épisodes suivants par la chaîne SBS. La raison : une accusation de « distorsion historique ». Mais finalement, à quoi ressemblait Joseon Exorcist ? Entre pandémie monstrueuse, séances d’exorcisme et intrigues politiques, ce drama d’horreur en costumes lorgnant vers la série de zombies s’annonçait divertissant et imaginatif, en plus d’être servi par une production luxueuse et un excellent casting.

Les démons s’invitent à Joseon

Joseon Exorcist se déroule au début du 15e siècle. Le roi Taejong (Kam Woo Sung) croyait avoir scellé dans le passé un esprit maléfique qui transforme les humains en créatures assoiffées de sang, mais les monstres sont de retour à Joseon. Le prince Chungnyeong (Jang Dong Yoon) est envoyé à la frontière à la place de son frère, le prince Yangnyeong (Park Sung Hoon), pour rencontrer un prêtre venu d’une terre inconnue nommée Vatican. Ce dernier affirme que le responsable de l’épidémie est un démon occidental nommé Azazel.

Réalisée avec environ 32 milliards de wons de budget (environ 24 millions d’euros), Joseon Exorcist est une uchronie s’appuyant sur un contexte historique réel – les débuts de l’ère Joseon – pour imaginer une intrigue de pure fiction dans laquelle les démons s’attaquent au royaume. Le drama repose sur un mélange original entre le thriller d’exorcisme, un genre qui se développe de manière intéressante dans les dramas coréens (The Guest, Priest…), et la mécanique d’une série de zombie.

L’affaire est confiée au réalisateur Shin Kyung Soo, expert des dramas historiques ambitieux, puisque nous lui devons notamment l’impressionnant The Nokdu Flower, qui est disponible sur Netflix, mais aussi Six Flying Dragons, un sageuk de 50 épisodes qui s’intéresse à la même période historique que Joseon Exorcist, mais sur un ton réaliste, et qui lui a valu une pelletée de prix et de nominations en Corée. Quant au scénario, il est signé par Park Gye Ok, également scénariste de l’excellent Mr Queen. Nous attendions beaucoup de cette réunion de talents.

Du sang dans les jardins royaux

Outre le soin artistique accordé aux décors et aux costumes, la première chose qui frappe, dans Joseon Exorcist, est son extrême violence.

L’épisode 1 s’ouvre sur une scène apocalyptique qui provoque une certaine stupeur. Le roi Taejong et ses troupes découvrent une horde de contaminés. Ces hommes et ces femmes se tiennent debout et immobiles, le visage tourné vers le ciel, le regard figé dans une expression fanatique et démoniaque. L’emploi de lumières bleues sur les possédés souligne l’intervention du surnaturel. Pas de doute, le démon est présent sur les lieux.

C’est alors que le roi Taejong est victime d’une hallucination. Le démon, qui prend l’apparence de son père (le roi Taejo), cherche à éveiller en lui un sentiment de culpabilité – le roi Taejong a tué l’un de ses frères pour accéder au trône – pour l’inciter à tuer des innocents. La scène est chaotique et choquante, elle exprime les tourments intérieurs de Yi Bang Won après tout le sang versé pour prendre le trône.

La série enchaîne très vite sur une scène choc dans les jardins du palais, où le jeune prince Kang Nyeong (Moon Woo Jin) est la cible d’un monstre. Entre giclées d’hémoglobine, crânes brisés et bruits de succion organiques, la tension nous prend aux tripes lorsque l’enfant, le visage aspergé de sang, assiste au meurtre sauvage de ses serviteurs.

Le ton est donné : en matière d’horreur, Joseon Exorcist ne fait pas dans la demi-mesure ! Les scènes d’action suivantes mettent en scène des hordes de monstres déchaînés combinant des propriétés de zombies, de vampires et de possédés. Le mélange des genres fonctionne et le drama nous happe sans difficulté dans son atmosphère glauque.

Une menace venue de l’Ouest

Ces deux épisodes ébauchent une intrigue politique prometteuse autour des personnages. Le surnaturel est utilisé pour suggérer les forces hostiles qui mettent en danger le règne du roi et la pérennité de Joseon. Entre les ennemis internes au palais, les fidèles à l’ancien royaume de Koryeo et les puissances étrangères, qui est responsable de l’introduction de ces démons venus de l’Ouest ? L’écriture, efficace, installe les enjeux avec clarté tout en laissant le loisir aux personnages de dévoiler leurs principaux traits de caractère.

Le roi Taejong est incarné par une pointure : l’acteur Kam Woo Sung, connu entre autres pour le drama Should We Kiss First et pour le film King and the Clown. Avec son regard perçant, il possède le charisme et la prestance nécessaires pour le rôle. Interprété avec conviction par le très bon Jang Dong Yoon (Search), le prince Chungnyeong révèle déjà une volonté sans faille de protéger le royaume. Quant au prince Yangnyeong, auquel Park Sung Hoon (Psychopath Diary) imprime une férocité contenue, il se montre sous un jour jaloux et ambitieux.

La série mise aussi sur une galerie de personnages secondaires variés, parmi lesquels une troupe de saltimbanques pittoresques. Le temps passé avec ces derniers est un peu long dans le second épisode, mais les personnages interprétés par Kim Dong Joon (Chief of Staff) et Geum Sae Rok (Class of Lies), qui ont l’air tout droit sortis d’une bande dessinée, attisent la curiosité. On aimerait également en savoir plus sur Eo Ri, la maîtresse du prince Yangnyeong jouée par Lee Yoo Bi (A Poem A Day), et qui est miraculeusement sortie sans une égratignure d’une attaque de monstres, et sur la chamane habillée à la chinoise (Jung Hye Sung, de Chief Kim), qui nous semble un peu suspecte.

Enfin, on notera que le père John est interprété par l’Américain Darcy Paquet, critique de film et expert en cinéma coréen. Darcy Paquet a reçu en 2011 un prix de la part de la Korean Film Reporters Association au festival de Busan. Nous lui devons aussi les sous-titres anglais du film Parasite de Bong Jong Ho.

Grosse production oblige, Joseon Exorcist fait aussi une belle promotion des paysages naturels de Corée. Et de la culture coréenne au travers d’une superbe scène de festivités folkloriques dans l’épisode 2, que le réalisateur filme avec créativité, changeant le format de l’image pour nous mettre en tête à tête avec les masques au cours d’un long plan immersif.

Trop gore pour la TV coréenne ?

En bref, malgré quelques longueurs dans l’épisode 2, ce démarrage était prometteur tant sur le plan du scénario que de l’action.

S’il faut reconnaître une maladresse, dans Joseon Exorcist, elle réside dans son choix de programmation. Compte tenu de sa violence et de sa noirceur extrêmes, le drama aurait été plus approprié sur une plateforme comme Netflix. On s’étonne qu’il ait été proposé à SBS, qui nous avait habitués à des séries plus accessibles au grand public. De l’étranger, nous avons vu Joseon Exorcist sur Viki, un service à la demande. Il est donc difficile de se rendre compte de son impact dans le quotidien des téléspectateurs coréens. Il n’est pas impossible que le choc provoqué par certaines images ait participé à l’hystérie collective qui s’est déchaînée contre Joseon Exorcist après la diffusion de ces deux épisodes.

Pour rappel, malgré l’intervention du surnaturel et l’avertissement explicite stipulant qu’il s’agit d’une pure fiction, Joseon Exorcist a été accusé de “distorsion historique” par des internautes. Près de 220 000 Netizens ont signé une pétition adressée à la Maison Bleue, entraînant le retrait des sponsors et l’annulation de la série.

Pour comprendre les raisons invoqués dans cette folle décision, qui consiste à jeter 32 milliards de wons par la fenêtre et à renier plus de 6 mois de tournage, découvrez notre décryptage de la controverse Joseon Exorcist.

En attendant, la série est toujours visible sur des sites illégaux que nous vous laisserons le soin de trouver par vous-mêmes. 

Elodie Leroy

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