Critique : Scholar Who Walks The Night, avec Lee Jun Ki

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Reposant sur un scénario creux qui fait la part belle à une romance puérile, Scholar Who Walks The Night n’a pour seuls atouts que les prestations de Lee Jun Ki en vampire élégant et tourmenté, et Lee Soo Hyuk en méchant racé et sensuel.

Scholar Who Walks The Night raconte l’histoire de Kim Sung Yeol (Lee Jun Ki), un érudit de l’époque Joseon qui, après être tombé dans un piège, se retrouve changé en vampire et contraint d’assister au meurtre de sa fiancée Lee Myung Hee (Kim So Eun) par le vampire tout-puissant Gwi (Lee Soo Hyuk). Cent vingt ans plus tard, toujours hanté par ce souvenir, il rencontre par hasard le sosie de sa fiancée morte, une certaine Choi Hye Ryung (Kim So Eun), qui ne semble pas le reconnaître.

Tout en se rapprochant du pouvoir politique en place et notamment du prince héritier Lee Yoon (Shim Chang Min), dont l’ascension vers le trône se heurte à la volonté du démoniaque Gwi, Kim Sung Yeol fait la connaissance d’un intrigant jeune homme, Jo Yang Sun (Lee Yoo Bi), qui vent des livres plus ou moins autorisés. Yang Sun est en réalité une jeune fille du nom de Seo Jin, qui se déguise en garçon afin de ne pas nuire à la réputation de son père, un noble déchu. Sung Yeol et Yang Sun tombent amoureux l’un de l’autre mais Sung Yeol refuse de révéler à la jeune fille sa vraie nature…

Lee Soo Hyuk dans « Scholar Who Walks The Night » / Image : capture

Diffusé du 8 juillet au 10 septembre 2015, Scholar Who Walks The Night s’inscrit en effet dans la lignée des sageuk fantastiques annuels de la chaîne MBC, prenant la suite de Arang and the Magistrate (2012, déjà avec Lee Jun Ki), Gu Family Book (2013) ou encore The Night Watchman (2014). Le drama est écrit par Jang Hyun Joo, la scénariste du drama culte The First Shop of Coffee Prince, et le réalisateur Lee Sung Joon n’est pas non plus un novice puisqu’on lui doit le hit The Moon Embracing the Sun.

Troisième et dernier drama coréen de l’année 2015 consacré aux vampires, Scholar Who Walks The Night était aussi le plus attendu lorsqu’il a été annoncé. Outre son thème, la présence en tête d’affiche de Lee Jun Ki, une star populaire et particulièrement à l’aise dans le sageuk (drama historique), participait évidemment à cette attente fébrile. Nul n’était donc préparé à assister à un tel naufrage artistique.

Lee Jun Ki dans « Scholar Who Walks The Night » / Image : capture

Ce qui frappe d’emblée, c’est le manque de soin artistique dont pâtissent les premiers épisodes de Scholar Who Walks The Night, comparé à ses prédécesseurs sur la chaîne. Les décors et la cinématographie sont si quelconques que la plupart des scènes fantastiques suintent le toc – mention aux plans montrant Lee Soo Hyuk dans sa caverne en carton-pâte éclairée d’une lumière verdâtre –, tandis que les autres scènes peinent à poser clairement des enjeux narratifs pourtant essentiels pour la suite de l’intrigue.

On saisit néanmoins l’idée qui émane en filigrane de Scholar Who Walks The Night. L’existence même d’un vampire terrifiant tel que Gwi, auquel les monarques successifs doivent leur puissance, se veut une allégorie de la corruption qui prévaut inéluctablement dans les hautes sphères du pouvoir. Le Prince héritier Junghyun (Lee Hyun Woo) se fait éliminer parce qu’il entend rester intègre, contrairement à son père, et ce même destin guette plus tard le Prince Lee Yoon dont le père a également vendu son âme à Gwi, à l’instar du Premier ministre Choi Cheol Joong (Son Jong Hak).

Le thème est classique mais les personnages hors normes interprétés par Lee Jun Ki et Lee Soo Hyuk lui apportent une touche fantastique intéressante que l’on aurait aimé voir développée tout au long des vingt épisodes de Scholar Who Walks The Night.

Lee Soo Hyuk dans « Scholar Who Walks The Night » / Image : capture

Au lieu de cela, le drama s’enfonce dans une épouvantable romance à l’eau de rose entre Sung Yeol et la jeune ingénue jouée avec force minauderies outrancières par Lee Yoo Bi, romance dont il n’émergera que vers le quinzième épisode au moins.

Le couple est sans doute l’un des plus mal assortis que l’on ait vu depuis longtemps dans un drama coréen. Lee Jun Ki donne constamment l’impression de faire du baby-sitting en présence de sa partenaire, pas un seul instant on ne croit qu’il puisse être attiré par cette fille immature qui écarquille les yeux à la moindre occasion. En fait, Lee Yoo Bi est tellement mauvaise que l’on en oublierait presque qu’elle nous avait semblé prometteuse deux ans plus tôt dans Gu Family Book.

Sans atténuer ce constat, il faut tout de même préciser que le personnage de Seo Jin/Jo Yang Sun est l’un des pires personnages principaux féminins vus récemment dans un drama (décidément cela fait beaucoup de records pour Scholar Who Walks The Night). Il n’y a guère que le personnage joué par Han Ji Min dans Hyde, Jekyll and I pour lui faire concurrence.

Lee Yoo Bi dans « Scholar Who Walks The Night » / Image : capture

Seo Jin se déguise en garçon à l’ère Joseon, ce qui laisse a priori supposer une certaine témérité de sa part, mais elle s’avère rapidement n’être qu’une demoiselle en détresse qu’il faut sauver tous les deux épisodes. Lorsqu’elle semble enfin avoir un rôle à jouer dans l’histoire, c’est-à-dire vers le dernier tiers du drama, elle ne pense qu’à se sacrifier pour son vampire, nous imposant sans scrupule des scènes d’une niaiserie sans nom.

Lee Jun Ki et Lee Soo Hyuk rattrapent tant bien que mal la mise et l’on se surprend à se replonger de nouveau dans l’histoire dès que ces deux-là sont à l’écran. Non seulement ils sont tous deux charismatiques, mais ils rivalisent littéralement de beauté du début à la fin du drama, que ce soit dans leurs échanges dialogués ou leurs affrontements féroces de vampires.

A côté de ces créatures surnaturelles, toutes les actrices du drama ont l’air d’être triviales, de Lee Yoo Bi à Kim So Eun en passant par Jang Hee Jin. Cela mérite d’être souligné car cette gratification visuelle est l’une des seules qui nous est offerte ici.

Lee Soo Hyuk dans « Scholar Who Walks The Night » / Image : capture

Lee Soo Hyuk avait déjà démontré une certaine présence dans Shark et surtout dans King of High School Life Conduct, mais Scholar Who Walks The Night est indéniablement le drama qui lui permet de percer pour de bon, avec une composition personnelle. Son regard hautain, ses postures impériales, sa diction parfaite font de chacune de ses apparitions un moment savoureux.

Quant à Lee Jun Ki, il est comme toujours très investi dans son rôle et il parvient à rendre mémorables des scènes banales par la seule magie de son jeu. Difficile par exemple d’oublier sa transformation en vampire dans le premier épisode, l’une des plus réalistement douloureuses que nous ait donné le genre. Il récidive à plusieurs reprises, parfois dans des scènes toutes simples, comme lorsqu’il découvre enfin le manuscrit du Prince Junghyun : seul avec la caméra, il nous tient en haleine par la force de son regard et de son langage corporel.

Enfin, comment ne pas mentionner cette étrange conversation avec deux autres exemplaires de lui-même dans l’épisode 17, durant lequel on reste une fois de plus suspendu au moindre de ses changements d’expression.

Lee Jun Ki dans « Scholar Who Walks The Night » / Image : capture

Lee Jun Ki est trop talentueux pour se retrouver avec une débutante pour partenaire, trop intense pour se complaire dans des romances adolescentes. Son prochain drama, Scarlet Heart: Ryeo (diffusion le 29 août prochain sur SBS), dans lequel IU lui donne la réplique, risque de confirmer la tendance un peu glissante que prend sa carrière depuis deux ans. Nous espérons nous tromper.

Pour conclure sur le sujet des vampires, sachez qu’après Scholar Who Walks The Night, Blood et Orange Marmalade, un nouveau thriller vampirique fera son apparition sur la chaîne OCN fin mars 2016 : Vampire Detective. Lee Joon (Rough Play) y tiendra le rôle d’un détective privé devenu vampire, et résoudra diverses affaires tout en cherchant à percer le mystère qui entoure sa transformation. Toute ressemblance avec un certain Vampire Prosecutor est bien sûr fortuite…

En réalité, on aimerait que cette série soit dans la même veine de celle qui propulsa Yeon Jung Hoon dans la lumière en 2011. Qui sait, cela nous consolerait peut-être des déconvenues encaissées sur le même thème tout au long de l’année dernière.

Caroline Leroy

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