L’actrice Shin Hye Sun est de retour dans un sageuk délirant, dans lequel son personnage change de sexe et d’époque. Notre avis à chaud sur Mr Queen.

Mr Queen suscite déjà un engouement en Corée. Avec plus de 8 % d’audience dès le premier épisode et près de 9% pour le second, le nouveau drama de Shin Hye Sun est le second meilleur démarrage de l’histoire sur tvN pour un drama du week-end, juste après Mr. Sunshine. Un succès amplement mérité pour ces deux premiers épisodes somptueux, mouvementés et surtout très drôles, qui mixent avec panache les genres du drama historique et de la fantaisie moderne pour parler de confusion d’identité sexuelle. Shin Hye Sun, désopilante à chaque scène, prouve une fois de plus qu’elle est l’une des meilleures actrices de sa génération.

Shin Hye Sun et Kim Jung Hyun

Un macho transformé en femme

Chef cuisinier à la Maison bleue et dragueur invétéré, Jang Bong Hwan (Choi Jin Hyuk) perd son travail à la suite d’une erreur sur un plat destiné à un ambassadeur. Accusé de sabotage, il fait une chute du haut d’un immeuble en essayant d’échapper à la police. Lorsqu’il se réveille, il est devenu une femme ! Et pas n’importe laquelle : Kim So Yong (Shin Hye Sun), la promise de Cheoljong (Kim Jung Hyun), un roi de l’ère Joseon. Alors qu’il cherche un moyen de s’échapper, la cour le presse de se marier…

Si les personnages de Mr Queen ont bel et bien existé, l’histoire est une pure fantaisie inspirée de Go Princess Go, une web série chinoise adaptée en 2015 d’un roman de Xian Chen. Le drama coréen parvient cependant à séduire par ses qualités propres. La recette miracle ? Une production haut de gamme, un scénario bien ficelé et un ensemble d’acteurs parfaitement à leur place, emmenés par une Shin Hye Sun particulièrement en forme.

L’une des qualités du premier épisode de Mr Queen est de ne pas perdre de temps. En un quart d’heure, l’incident s’est déjà produit. « Je devrais rêver d’être avec une femme. Quel intérêt de rêver d’être moi-même une femme ? », s’étonne Jang Bong Hwan, incrédule devant le miroir à son réveil. Notre héros va cependant devoir s’adapter à sa nouvelle vie au palais. Pas évident, pour un macho qui ne pense qu’à draguer la première venue, de s’accoutumer à un corps féminin, de porter toutes ces couches de vêtements contraignants ou encore d’apprendre l’étiquette du palais royal.

En deux épisodes bien remplis, Mr Queen orchestre une série de situations toutes plus rocambolesques les unes que les autres autour de Bong Hwan. Le concept du changement de genre agit à plein pour apporter un plus à cette comédie énergique et audacieuse, qui enchaîne les moments d’ambiguïté hilarants entre la reine et toutes les personnes qui l’entourent – roi, reine-mère, mais aussi dames de cour, servante, gardes, etc.

Mr Queen

Les allusions à l’homosexualité s’avèrent étonnamment libératrices lorsque la reine se laisse aller à draguer les servantes ou à s’éclater avec les gisaeng de la région. Au passage, n’oublions pas que Bong Hwan se prête à un mariage gay avec le roi, ce qui est pour le moins révolutionnaire pour l’époque !

Intrigues de palais et double jeu

En parallèle, le drama développe des intrigues de palais qui s’annoncent complexes. Trouvant le juste équilibre entre les scènes comiques et le développement du fil directeur, le scénario de Park Gye Ok (Doctor Prisoner) plante un univers riche peuplé de personnages d’hommes et de femmes ambivalents, à commencer par le roi, qui révèle déjà un double visage.

Mr Queen surprend également, eu égard à son sujet insolite, par ses qualités de productions au-dessus de la moyenne. Aidé par une photographie splendide, Yoon Sung Sik, le réalisateur de Hwarang: The Beginning, met les petits plats dans les grands pour délivrer des décors et des costumes somptueux, qui forment un écrin idéal pour mettre en valeur les acteurs du drama. Une qualité artistique qui ne l’empêche pas de recourir à des effets cartoonesques et à des références culturelles modernes dans les scènes comiques, comme ce moment impayable où l’assemblage de la tenue de mariage de la reine est présenté à la manière d’un jeu vidéo.

Shin Hye Sun dans un rôle transgressif

Le personnage de la reine – ou plutôt de Jang Bong Hwan dans le corps de la reine – joue sur le principe du poisson hors de l’eau : sortie de son environnement naturel, il est forcé de s’adapter à un monde qu’il ne comprend pas. Jang Bong Hwan devient notre regard éberlué sur le quotidien du palais royal. 

En vérité, Mr Queen va plus loin : dès que la reine arrive dans une pièce occupée par d’autres personnages, elle redistribue les rôles de chacun en prenant tout le monde au dépourvu avec ses réactions décalées et inappropriées, mais qui s’avèrent toujours porteuses d’une certaine logique pour une personne de notre époque. Il y a quelque chose de cathartique à voir cette jeune femme se tenir, parler et jurer comme un homme dans ce monde ultra codifié, transgresser toutes les règles de bienséance et résister aux contraintes délirantes imposées aux femmes. « Je suis la première femme à Joseon à ne pas porter de soutien-gorge », déclame la reine non sans une certaine malice.

En d’autres mains, certaines scènes auraient pu devenir lourdingues. Mais avec Shin Hye Sun, tout passe comme une lettre à la poste. Très populaire depuis son rôle de femme-enfant dans Still 17, elle est la femme de la situation pour emmener Mr Queen vers le succès.

Shin Hye Sun (Mr Queen)

Shin Hye Sun semble posséder une inventivité inépuisable dans le registre de la comédie. C’est bien simple, elle ne recourt jamais deux fois aux mêmes expressions et se renouvelle à chaque scène. Il faut d’ailleurs un immense talent pour être aussi drôle quand les acteurs qui l’entourent doivent au contraire rester de marbre. Shin Hye Sun a l’art de donner le ton d’une scène, d’en imposer le rythme. Cette aisance est l’apanage des grandes actrices.

Sans trop en dévoiler, toute la partie dans la maison de gisaeng, dans l’épisode 2, est une sorte de festival dans lequel les notes de sérieux et les moments cocasses s’emboîtent avec une certaine virtuosité dans la narration.

Kim Jung Hyun en roi énigmatique

Shin Hye Sun trouve un partenaire de taille en la personne de Kim Jung Hyun (Crash Landing On You), dont le jeu est au contraire d’une grande sobriété. Charismatique, énigmatique, le roi suscite déjà beaucoup d’interrogations, notamment pour son implication dans un complot contre un clan ennemi. Nous sommes également en droit de nous demander s’il ignore tout de l’expérience insensée de Bong Hwan.

Kim Jung Hyun (Mr Queen)

Mr Queen est également l’occasion de retrouver Bae Jong Ok (Live), qui côtoyait également Shin Hye Sun dans le film Innocence cette année, Kim Tae Woo (The Tale of Nokdu) en homme politique manipulateur et Yoo Young Jae (ex-membre de B.A.P, vu dans Woman of 9.9 Billion) en jeune noble un peu naïf.

Enfin, soulignons qu’il est assez troublant de passer pour un même rôle de Choi Jin Hyuk, le héros de Rugal, à Shin Hye Sun, de voir la seconde penser avec la voix du premier. L’incongruité de la situation ajoute du sel au principe farfelu qui gouverne le drama.

La suite promet de nouvelles péripéties originales, notamment si Bong Hwan entreprend de mettre ses talents de cuisinier au service du palais. Mr Queen est diffusé sur tvN depuis le 12 décembre 2020 et devrait se poursuivre jusqu’au 31 janvier 2021.

Elodie Leroy

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