Avis : The Devil Judge, un vigilante juridique avec Ji Sung

par Caroline Leroy
Le drama The Devil Judge

Ji Sung se fait le chantre de la justice-spectacle dans le thriller juridique événement de tvN. Avis à chaud sur les deux premiers épisodes.

Que se passerait-il si l’on offrait aux « netizens », ou citoyens du net, les pleins pouvoirs sur la vie de leurs semblables ? Et cela, à partir d’un seul clic sur l’écran de leur téléphone mobile.

Avec ce postulat en tête, les créateurs de The Devil Judge nous plongent dans un monde dystopique où Kang Yo Han (Ji Sung), un juge réputé pour ses verdicts implacables, inaugure une émission télévisée d’un nouveau genre. Le concept ? Dans le cadre de procès conçus sous forme de live shows, les citoyens sont invités à voter en temps réel pour ou contre l’accusé.

Park Jinyoung et Ji Sung dans The Devil Judge

Dystopie ou miroir de notre époque

Lors d’une tribune grandiloquente, Kang Yo Han assure aux journalistes venus nombreux qu’il a pour seul but de rendre la justice du peuple, et qu’il ne s’attaquera pas aux faibles. La conférence de presse est retransmise devant les caméras nationales, tandis que le public présent est acquis à la cause du juge superstar. Au milieu des célébrités et des personnalités politiques se trouve Jung Sung Ah (Kim Min Jung), membre de la fondation sponsor de l’émission, qui observe la scène avec un air énigmatique.

Le seul à porter un regard critique sur Kang Yo Han semble être son nouvel assistant, Kim Ga On (Park Jinyoung), un jeune juge qui a grimpé difficilement l’échelle sociale. Cette méfiance s’accompagne cependant d’une certaine fascination pour cet homme puissant qui ose tout, allant même jusqu’à prendre les armes pour arrêter un terroriste en plein jour !

Diffusé depuis le 3 juillet 2021 sur tvN, The Devil Judge rencontre un certain succès, puisque ses scores d’audience passaient de de 5,5% à 6,3% entre le premier et le quatrième épisode. Il faut dire que le début du drama est enthousiasmant, à la fois bien raconté, bien interprété et habile dans sa manière de restituer l’air du temps – le monde dystopique dépeint n’est pas éloigné du nôtre.

Le réalisateur Choi Jung Gyu, qui nous avait déjà séduites dans le superbe polar Children Of Nobody en 2018, nous accroche dès les premières minutes avec une intro aussi planante qu’efficace, durant laquelle se déroulent simultanément plusieurs actions qui seront cruciales pour la suite, sur fond de Drop The Game de Flume & Chet Faker.

La maestria dans la narration culminera une seconde fois dans l’épisode 2 avec l’insertion d’un flash-back captivant dans un récit comptant déjà deux scènes en parallèle.

Visuellement, la cinématographie de The Devil Judge possède un style très distinctif, avec ses couleurs pétantes et ses noirs agressifs, mais aussi ses éclairages au néon qui donnent l’impression de réalité alternative recherchée. Ce parti-pris esthétique s’inscrit dans la tendance pop récente portée par Taxi Driver mais aussi par un drama tel que Sell Your Hauted House, où l’on retrouve ces couleurs saturées et ces forts contrastes.

Justice expéditive et story telling

Après Taxi Driver, justement, qui prônait la justice privée, et Law School, qui explorait au contraire les arcanes de la loi coréenne, The Devil Judge mélange l’esprit vigilante du premier et le cadre juridique du second, questionnant à sa manière la notion de justice humaine.

Dans ce contexte, les deux premiers épisodes donnent le sentiment que les forces à l’œuvre concernent d’abord les mondes politique, médiatique et judiciaire, mais que les organisations à visée humanistes pourraient aussi avoir leur rôle à jouer, comme en témoignent les relations tendues entre la directrice Jung Sung Ah de la Social Responsibility Foundation et la ministre de la Justice Cha Kyung Hee (Jang Young Nam).

Néanmoins, le personnage qui cristallise à ce stade de l’intrigue la plupart des questionnements éthiques n’est autre que le juge Kang Yo Han, qui paraît manipuler ses amis avec autant de dextérité que ses ennemis, apparaissant ainsi totalement insaisissable. Adepte de la justice expéditive – qu’il pratique également en dehors de la cour, tel un justicier de l’ombre en voiture de luxe –, il demeure constamment soucieux des réactions de son audience. La manière dont il tire les ficelles de celle-ci en jouant sur le story telling et l’émotion illustre parfaitement les dérives de notre époque.

On n’en attendait pas moins de la part de Moon Yoo Seok, ancien juge de son état, qui signe seulement son deuxième scénario après l’excellent drama juridique Miss Hammurabi, où le spectateur était aussi invité à réfléchir sur de nombreux dilemmes moraux.

Ji Sung, héros ou démon ?

L’acteur Ji Sung, qui n’avait pas tourné de série TV depuis Doctor John il y a deux ans, représente cependant l’incontestable attraction des deux premiers épisodes de The Devil Judge avec son interprétation charismatique de ce personnage ambivalent, dont les paroles et les actions s’avèrent constamment déstabilisantes.

Pour lui donner la réplique, Park Jinyoung, remarqué notamment dans He Is Psychometric, possède une présence naturelle qui le rend immédiatement familier. Il est à noter que Kim Ga On joue également les espions pour le compte de son mentor, un juge de la Cour Suprême interprété par Ahn Nae Sang (My Country: The New Age) et qui enquête secrètement sur Kang Yo Han. Autant dire que le jeune homme s’expose à quelques sueurs froides dans un proche avenir !

Quant à Kim Min Jung, elle se montre à l’aise dans la peau de l’intrigante qui cache son jeu, multipliant les œillades à l’instar de son personnage dans Mr. Sunshine. Jung Sung Ah apparaît ainsi comme l’opposé de Yoon Soo Hyun, la jeune flic intègre et sans fioritures jouée par Park Gyu Young (Sweet Home), et qui est issue de la classe moyenne comme Kim Ga On. On devine à ce titre que les différences de classe sociale entre les protagonistes joueront un rôle déterminant dans la suite de l’intrigue.

The Devil Judge pose les bases d’un univers riche et intrigant, peuplé de personnages bien campés, et offrant de belles possibilités de scénario. Assurément une des séries phares de l’année.

Caroline Leroy

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