Critique : My Name (Netflix), un revenge drama anecdotique

par Elodie Leroy

Disponible sur Netflix, le drama My Name met en scène Han So Hee dans une quête de vengeance sans merci. Si les scènes d’action badass sont au rendez-vous, la série déçoit par un scénario inconsistant.

Quand son père est assassiné, Yoon Ji Woo (Han So Hee) cherche désespérément à se venger. Elle est recrutée par Choi Moo Jin (Park Hee Soon), le chef du gang Dongcheonpa, qui lui révèle que son père était un ami proche et faisait partie de son organisation. Quelques années plus tard, Ji Woo s’infiltre au sein de la police. Elle intègre le département des stupéfiants aux côtés de Jeon Pil Do (Ahn Bo Hyun), qui enquête sur le gang Dongcheonpa.

Han So Hee (My Name)
Han So Hee

My Name, un succès sur Netflix

Lors de sa sortie le 7 octobre 2021 sur Netflix, My Name arrive trois semaines après Squid Game, la série phénomène qui déclenche des passions dans toutes les couches de la société, depuis les plateaux TV de Canal+ jusqu’aux cours de récré dans les écoles. My Name profite alors du coup de projecteur mis sur les séries coréennes pour trouver immédiatement son public et se hisser dans le top 10 de Netflix. La qualité de la série ne s’avère cependant pas tout à fait à la hauteur de ce succès.

Avec son pitch d’infiltration qui rappelle de loin le film hongkongais Infernal Affairs (Andrew Lau, Alan Mak), My Name promet pourtant beaucoup dans ses premiers épisodes. Visuellement réussi, le drama impose immédiatement une identité visuelle forte, avec ses décors crasseux, ses lumières esthétiques et sa gamme de couleurs chaudes.

L’objet est réalisé par Kim Jin Min, qui renouvelle sa collaboration avec Netflix un an après l’excellent Extracurricular. Le même Kim Jin Min s’était fait connaître en 2007 avec le drama policier Time Between Dog and Wolf, qui s’inspirait lui aussi ouvertement d’Infernal Affairs. Il semble que ce film continue d’obséder le réalisateur.

Han So Hee dans My Name
Han So Hee

My Name a également pour originalité de mettre une femme au premier plan, ce dont le genre du drama/film de gangsters n’est guère coutumier. Interprétée par Han So Hee, actrice montante révélée dans le mélo World of the Married et revue entre temps dans la romance Nevertheless. Ji Woo a toutes les caractéristiques d’une héroïne comme on les aime dans ce type de fiction. Déterminée, tourmentée par la disparition d’un père qu’elle connaît mal, elle noue une relation paternaliste avec Choi Moo Jin, le chef de gang qui lui propose de l’aider à se venger.

La partie où la jeune femme fait son apprentissage du combat au milieu d’une horde de machos mal dégrossis s’avère plutôt réussie, évitant toute complaisance envers les violences qu’elle subit malgré une inévitable scène de tentative de viol.

Ahn Bo Hyun (My Name)
Ahn Bo Hyun

C’est lorsque l’action commence vraiment, avec l’infiltration de Ji Woo dans la police, que le scénario se disperse et s’enlise dans la banalité. Tout au long des 8 épisodes de la série, les activités du clan Dongcheonpa restent imprécises, comme si le scénariste Kim Ba Da (Hero) n’avait pas voulu s’embêter à détailler cette partie. Pour l’immersion dans le monde mafieux, d’autres dramas sont passés par là – citons Bad Guys, My Beautiful Bride ou encore Cruel City – et de manière autrement plus percutante.

Un drama paradoxalement androcentré

L’histoire s’écarte aussi trop souvent du point de vue de son héroïne pour s’attarder sur ceux d’un panel de personnages masculins peu passionnants. Les moments passés en leur compagnie occasionnent quelques plages d’ennui. Les émotions de Ji Woo, qui devraient constituer le fil rouge de l’intrigue, s’avèrent d’ailleurs mal définies. Non pas que Han So Hee délivre une mauvaise performance d’actrice, mais l’écriture de son personnage laisse une impression d’incomplétude. A l’image de son appartement dénué de meubles, le monde de Ji Woo s’avère bien vide, se limitant strictement à ses interactions avec les hommes qui l’entourent. 

L’absence d’interaction de Ji Woo avec d’autres femmes est symptomatique de la pauvreté d’écriture du drama. Pour construire un personnage, il est crucial de le mettre en relation avec d’autres personnages de son genre. Le réalisateur Jeong Byeong Gil l’avait fort bien compris dans son film The Villainess, qui mettait également en scène une superwoman d’action. Celle-ci interagissait avec des hommes, mais aussi avec des femmes, ce qui lui permettait de gagner du relief malgré une caractérisation simple.

Dans My Name, l’absence de relation de Ji Woo avec d’autres femmes en fait un personnage inabouti, ancré uniquement dans le monde des hommes et pas dans l’humanité. Pour un personnage qui traverse une quête initiatique, Ji Woo manque de référentiel. Il n’est pas étonnant que sa romance avec Pil Do paraisse sans saveur, alors qu’elle aurait dû ajouter des enjeux dramatiques à l’histoire.

Park Hee Soon (My Name)

En somme, le drama My Name met une femme au premier plan, mais s’avère paradoxalement androcentré, un défaut que l’on a plutôt l’habitude d’observer dans les thrillers coréens du cinéma et que nous n’avions pas franchement envie de retrouver à l’identique dans les dramas.

Si Han So Hee ne marque pas les esprits dans ce drama, ses collègues masculins ne sont guère plus avantagés. Habituellement bon, Ahn Bo Hyun (Yumi’s Cells) écope d’un rôle ingrat de faire-valoir et n’a guère l’occasion de faire des étincelles. La quête de son personnage demeure d’ailleurs très floue, excepté quand il décide de jouer les protecteurs avec l’héroïne. 

Park Hee Soon (Dr. Brain) apporte une certaine prestance à Choi Moo Jin grâce à son charisme naturel, mais le chef de gang demeure trop tiède pour nous passionner sur la durée. Le leader passe d’ailleurs le plus clair de son temps à s’épancher auprès de son bras droit – Lee Hak Joo (World of the Married), plutôt bon.

La plus mauvaise surprise vient de Chang Ryul (Stranger 2) dans le rôle de Do Gang Jae, dont les gesticulations irritent plus qu’elles n’effraient. Quant à Kim Sang Ho (Alice), il fait du Kim Sang Ho et il n’y a rien de plus à dire sur sa performance.

Chang Ryul (My Name)
Chang Ryul

Une touche de romance dans un monde de brutes

Il reste un effort incontestable dans la mise en image de l’action. Les acteurs, à commencer par Han So Hee, se sont entraînés pendant plusieurs mois à la Seoul Action School et cela se voit à l’écran. Les affrontements martiaux sont brutaux et sanglants comme il faut et s’insèrent naturellement dans le récit pour apporter le côté fun qui manque par ailleurs cruellement au drama.

On eut cependant aimé davantage de créativité dans les chorégraphies, qui ont tendance à répéter plusieurs fois les mêmes enchaînements de mouvement. Par ailleurs, sur le plan de la puissance et de la diversité technique, Han So Hee n’arrive pas à la cheville de Kim Ok Vin dans The Villainess.

Puisque My Name s’autorise une touche romantique dans un monde de brutes, nous ne saurions que trop vous recommander de visionner My Beautiful Bride (OCN, 2015), qui mariait de manière autrement plus maîtrisée un souffle romanesque avec des scènes des combats ultraviolentes, en établissant des liens entre le monde du crime, le monde des affaires et le monde politique. Qu’il s’agisse de l’intrigue, des personnages ou de l’action, les deux séries ne jouent pas dans la même cour.

My Name (Netflix)

La hype dont My Name s’est entouré au moment de sa sortie lui a permis de cumuler près de 193 millions d’heures de visionnage en cinq premières semaines (source : Top 10 Netflix), ce qui n’est pas rien. Négligé par la presse française, My Name fait partie des séries qui auront attiré l’attention du grand public sur les dramas coréens cette année. Nous sommes loin du triomphe de Squid Game (1,75 milliard d’heures sur cinq semaines), mais le succès est du même ordre que celui de Hellbound (143 millions d’heures sur trois semaines).

A noter que la romance Hometown Cha Cha Cha est scotchée au top 10 en langue non-anglaise de Netflix depuis 15 semaines et cumule déjà près de 300 millions d’heures visionnées. Le sageuk The King’s Affection y figure également depuis 8 semaines avec près de 110 millions d’heures visionnées. Comme quoi, les k-dramas qui marchent sur Netflix ne sont pas seulement les séries ultraviolentes.

Elodie Leroy

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