Critique : Law School, une plongée ludique dans le système judiciaire coréen

par Caroline Leroy
La série coréenne Law School

Le réalisateur de The Light in Your Eyes retrouve l’acteur Kim Myung Min pour une série juridique rythmée. Disponible sur Netflix, Law School challenge agréablement nos méninges à condition de rester bien concentré.

Ancien procureur au caractère intransigeant, le professeur Yang Jong Hoon (Kim Myung Min) est surnommé « Yangcrate » au sein de la prestigieuse université de droit Hankuk. Il prend plaisir à pousser dans ses retranchements l’une de ses étudiantes, Kang Sol A (Ryu Hye Young), qui a obtenu de justesse son examen de première année de droit. Issue d’un milieu pauvre, celle-ci nourrit un complexe d’infériorité à l’égard de ses camarades de promo venant de familles aisées. C’est notamment le cas de Lee Joon Hwi (Kim Beom), un élève brillant qui ne cesse de la taquiner, et de Kang Sol « B » (Lee Soo Kyung), une snob qui partage sa chambre de dortoir.

Un jour, alors que les étudiants s’affrontent dans une simulation de procès, l’éminent professeur Seo Byung Ju (Ahn Nae Sang) est retrouvé mort dans son bureau. Le professeur Yang est rapidement pointé comme l’un des principaux suspects, au grand désespoir de sa collègue Kim Eun Suk (Lee Jung Eun), qui en pince pour lui. Kang Sol A et ses camarades parviendront-ils à résoudre l’affaire ?

Meurtre en chambre close

Diffusé sur la chaîne JTBC entre le 14 avril et le 9 juin 2021, et arrivé dans la foulée sur Netflix, Law School suit le parcours d’un groupe d’étudiants et de leur professeur.

Law School débute à la manière d’une énigme de Cluedo. Sans perdre de temps, nous voilà immergés dans le feu de l’action tandis que nous sont introduits les protagonistes principaux, qui sont autant de suspects. En effet, alors que le lieu du crime n’est accessible qu’à une poignée de personnes, il s’avère que chacun d’entre eux y a débarqué à un moment ou à un autre. Qui plus est, tous avaient avec la victime une relation, même lointaine, leur donnant un mobile recevable pour attenter à sa vie.

Le scénariste Seo In, qui s’intéressait déjà à l’univers des juges dans la série Judge vs Judge en 2017, surprend ainsi dès le premier épisode en flirtant avec le polar et le genre procédurier, alors que le titre « Law School » laissait présager d’un pur drama étudiant. La série ne perd pas pour autant de vue sa vocation première, celle de nous faire pénétrer dans les arcanes du système judiciaire coréen en le confrontant à ses contradictions.

Law School s’articule ainsi autour d’un habile jeu de ping-pong entre la théorie, décortiquée dans ses moindres recoins à travers les enseignements dispensés par le professeur Yang, et la pratique qui s’impose aux protagonistes au fil des épisodes, avec pour toile de fond la résolution de l’énigme du meurtre du professeur Seo.

Si l’on peut reprocher aux premiers épisodes de Law School une précipitation et une complexité excessives – les concepts juridiques pointus fusent à la vitesse de l’éclair entre les personnages –, la série trouve heureusement son rythme de croisière une fois l’exposition achevée, devenant même plus fun à mesure que s’enchaînent les épisodes.

Le constat vaut également pour les personnages, qui semblent pour certains froids (le professeur Yang, Joon Hwi) ou caricaturaux (Kang Sol A) au début, et que l’on finit par trouver attachants, individuellement et collectivement, sans même l’avoir vu venir.

La loi à l’épreuve du réel

Ce point n’est pas négligeable, car le programme thématique de Law School est ambitieux. La sympathie suscitée par les personnages conditionne par conséquent largement l’intérêt du spectateur pour les nombreux débats de société qui émaillent l’intrigue.

A ce titre, ce n’est pas un hasard si le professeur Yang rappelle dès le début à ses élèves l’importance de s’en tenir aux faits, d’apporter des preuves, et de ne pas céder aux jugements préconçus. Respectant cet esprit, le drama a le bon goût de ne pas verser dans la démagogie, ce qui en fait une œuvre plus riche qu’il n’y paraît au premier abord.

L’intelligence avec laquelle est traité le sujet de la diffamation en constitue un exemple pertinent. Ce thème, qui occupe une place particulière au sein de l’intrigue, revient notamment au premier plan lorsque Kang Sol A décide d’apporter son aide à une femme attaquée en justice car elle a listé sur son site internet les noms des hommes qui refusent de payer leur pension alimentaire.

Pour Sol, il ne s’agit pas de diffamation selon l’acception coréenne, puisque la femme a agi dans un intérêt général. Joon Hwi, de son côté, n’est pas tout à fait de cet avis. Si le drama Law School lui-même prend bien parti dans ce débat, la question est néanmoins abordée sous tous les angles, dans le respect de chaque opinion, y compris celle du spectateur. Parallèlement, les limites de la loi sont énoncées clairement.

Le thème difficile des violences dans le couple bénéficie également d’une attention particulière, puisqu’il concerne directement l’un des personnages principaux. De même, Law School aborde frontalement les questions du plagiat et de la tricherie aux examens, ainsi que celle, très sensible, de la libération des violeurs d’enfants, qui était également au programme du drama Mouse cette année.

Kim Suk Yoon, qui avait aussi admirablement mis en scène les envolées oniriques de The Light In Your Eyes que les revendications désespérées des syndicalistes de Awl, fait preuve à ce titre d’un véritable talent pour orchestrer de manière percutante les savants coups de théâtre concluant les scènes pivots de Law School, aidé en cela par une bande originale stimulante – on adore le titre « X » de la compositrice-interprète Safira.K.

Kim Myung Min en mentor bienveillant

Le réalisateur semble avoir souhaité s’entourer de collaborateurs connus, puisqu’il a déjà dirigé Kim Myung Min sur la série de films Detective K, sachant que Kim Beom était aussi au casting du quatrième opus. L’acteur Ahn Nae Sang était quant à lui le héros de Awl.

Dans la peau de « Yangcrate », Kim Myung Min retrouve un rôle dans la veine de ceux qui ont fait son succès, à savoir Beethoven Virus en 2009, puis King Of Dramas en 2012. Acteur charismatique, voire intimidant, il insuffle toutefois ce qu’il faut de bienveillance au personnage de ce professeur hors normes pour l’imposer comme un mentor crédible auprès des futurs fleurons des tribunaux.

Face à lui, Ryu Hye Young (Dear My Room) et Kim Beom (Tale of the Nine-Tailed) ne déçoivent pas, la première avec son énergie débordante et le second avec son ironie discrète, participant tous deux activement à créer l’excellente dynamique qui prévaut entre le professeur acariâtre et ses étudiants passionnés.

A ce duo de premier plan s’ajoutent les contributions convaincantes de Lee Soo Kyung (Where Stars Land) en princesse de glace, de Ko Yoon Jung (Sweet Home) en étudiante naïve et de David Lee (Itaewon Class) en nerd désagréable. Du côté des adultes, Lee Jung Eun (Parasite) et Park Hyuk Won (L.U.C.A.: The Beginning) tirent leur épingle du jeu, l’une en professeure débonnaire et l’autre en procureur rusé.

D’une manière générale, l’un des points forts de Law School est de mettre l’emphase sur les notions de transmission et d’apprentissage sans jamais que la relation professeur-élève ne verse dans le paternalisme. Qu’il s’agisse de Kang Sol A, que Yang aide à révéler son potentiel, de Joon Hwi qu’il guide vers l’émancipation de ses déboires familiaux, ou de Kang Sol B dont il s’efforce d’éveiller la conscience, il joue un rôle de déclencheur, mais tout en laissant aux jeunes gens leur complet libre arbitre.

Fort de ce principe, Law School s’impose ainsi au fil des épisodes comme une réflexion à la fois humble et profonde sur la loi : son contenu, sa légitimité, son utilité dans la société, et bien sûr son interprétation. Une réussite qui mérite de trouver son public, à l’heure où les jugements hâtifs et violents trouvent de plus en plus d’écho sur internet.

Caroline Leroy

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