Critique : The Silent Sea, une expédition lunaire oppressante sur Netflix

par Elodie Leroy

Ce k-drama de science-fiction avec Bae Doona et Gong Yoo orchestre une traque sur la Lune, où sévit une menace effrayante et insaisissable.

Le premier drama coréen spatial a vu le jour et il n’est pas passé pas inaperçu. Disponible exclusivement sur Netflix depuis le 24 décembre 2021, The Silent Sea a rencontré un joli succès à l’international, allant jusqu’à dominer le classement mondial des séries non-anglophones sur la plateforme la semaine de sa sortie. Il faut dire que ce survival futuriste en huis-clos, qui revient aux basiques de la science-fiction horrifique, se distingue par un scénario efficace, une ambiance angoissante, ainsi qu’une qualité d’interprétation apportant à l’ensemble un souffle bienvenu d’humanité. Les amateurs du genre ne bouderont pas leur plaisir.

Au clair de la lune

Alors que la Terre est dévastée par la sécheresse, une équipe d’astronautes est envoyée sur la Lune pour récupérer des échantillons à Balhae, une station abandonnée. Cinq ans plus tôt, un accident a causé la mort de tous les employés. Le doctor Song Ji An (Bae Doona) fait partie de l’équipage dirigé par le commandant Han (Gong Yoo). Elle espère comprendre les mystérieux messages laissés par sa sœur, qui a disparu là-bas.

Produit par l’acteur Jung Woo Sung, The Silent Sea est l’adaptation du court métrage du même nom réalisé en 2014 par Choi Han Yong. Ce dernier transpose d’ailleurs lui-même son œuvre à la télévision. Il est aidé en cela par la scénariste Park Eun Kyo, connue entre autres pour avoir écrit le film Mother de Bong Joon Ho.

Les premières minutes de The Silent Sea commencent dans le stress. Après un accident de fusée, les astronautes reprennent progressivement leurs esprits et paraissent pris au piège dans leur véhicule, une situation critique qui annonce la suite des événements.

Après un générique envoûtant, l’histoire nous ramène quelques jours en arrière pour planter le contexte dans lequel survient cette périlleuse mission. Au programme, des paysages terriens apocalyptiques minés par la pollution, des citoyens lambda faisant avidement la queue pour obtenir une maigre ration d’eau et des privilégiés recevant des passe-droits.

Ces visions d’un monde désolé servent surtout de prétexte à justifier la quête dans laquelle se lance l’équipage envoyé sur la Lune, les échantillons à récupérer étant supposés apporter un espoir à l’humanité. Mais lorsqu’ils se réfugient à Balhae après un alunissage forcé, ils découvrent une scène macabre, celle d’une station fantôme jonchée de centaines de cadavres. Que s’est-il passé ? Le fléau qui a décimé les chercheurs est-il toujours présent ?

Combat contre l’inconnu

The Silent Sea s’inscrit dans le genre de la science-fiction en huis-clos, dont l’attrait repose avant tout sur la création d’une ambiance claustrophobe et la sensation d’être traqué. En tant que space opera, le drama est ainsi plus proche d’un Alien, le huitième passager, auquel il fait d’ailleurs ouvertement référence à plusieurs reprises, que d’un Space Sweepers.

Comme dans le célèbre film de Ridley Scott, le drama prend d’ailleurs tout son temps pour faire monter la pression et installer son ambiance avant de faire intervenir l’action. The Silent Sea prend ainsi le contrepied de la tendance des k-dramas actuels à imposer un rythme effréné dès les premières minutes. 

Servi par une direction artistique et une cinématographie soignées, The Silent Sea se déroule presque intégralement dans les locaux de Balhae, dont les allures labyrinthiques et les passages secrets lui confèrent une dimension presque mythologique.

En l’occurrence, la menace à laquelle l’équipage fait face est aussi étrange qu’effrayante. Le drama exploite avec brio la peur de l’inconnu, un ressort majeur de ce type de science-fiction, en ménageant son effet avant de révéler la véritable nature de l’ennemi et de lancer la traque à proprement parler.

De la traque, The Silent Sea en propose à foison dans les épisodes suivants. Si les séquences intérieures de mise à mort sont véritablement atroces, le décor extérieur n’est guère plus amical, comme en témoigne la petite séance de voltige que s’offre le commandant Han dans l’épisode 3 en voulant réparer le matériel.

Casting cinq étoiles

Sans aller dans la complexité psychologique, l’écriture des personnages s’avère réussie en ce qu’elle apporte une dose d’humanité bienvenue sans perdre le drama dans des sous-intrigues annexes. L’émergence de tensions psychologiques entre les membres de l’équipage s’avère prévisible, mais cet argument scénaristique a le mérite de ne pas s’éterniser trop longtemps.

L’histoire se resserre bientôt autour d’une affaire d’expérience scientifique secrète, qui soulève bien entendu quelques questions éthiques dérangeantes. Si le versant politique du scénario ne révolutionne rien, le développement de cette intrigue a l’avantage de donner plus de relief au personnage de Song Ji An, dont la mémoire recèle des éléments-clés pour dénouer le mystère de cette station.

Au casting, Bae Doona (Kingdom) réalise un beau travail d’interprétation dans le rôle de la scientifique, qui apparaît comme une femme glaciale dans les premiers épisodes, mais dévoile petit à petit sa part sensible. Pour lui donner la réplique Gong Yoo (Goblin) fait un commandant charismatique mais humain, loin des héros impassibles à l’américaine.

Parmi les rôles secondaires, on retiendra particulièrement la toujours excellente Kim Sun Young (Backstreet Rookie), dont le personnage participe à réchauffer un peu l’atmosphère, mais aussi Kim Si Ah (Kingdom: Ashin of the North), jeune actrice talentueuse au regard magnétique. Le casting comprend également Lee Joon (Bulgasal: Immortal Soul), Lee Moo Saeng (The World of the Married) et Heo Sung Tae (Squid Game).

Les réactions en Corée

Au moment de sa sortie, The Silent Sea s’est hissé lors de sa sortie au sommet du classement mondial des séries non-anglophones les plus vues et parmi les fictions les plus regardées en France sur Netflix. En Corée du Sud, le drama provoque des réactions contrastées et a reçu quelques critiques négatives, ce qui est surprenant eu égard à sa qualité de production. Il est vrai que le genre de la pure SF ne plaît pas à tout le monde, mais nous pouvons aussi interpréter cet accueil surprenant comme une réaction de défense face à la nouveauté. Espérons que ces critiques ne décourageront pas l’industrie de réaliser d’autres fictions comme The Silent Sea.

Elodie Leroy

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