Critique : Lovestruck in the City, avec Ji Chang Wook

par Elodie Leroy

Ji Chang Wook est de retour dans Lovestruck in the City, un drama romantique qui tire sa saveur aussi bien de sa liberté de ton que de son casting irrésistible.

Disponible sur KakaoTV et Netflix, Lovestruck in the City est un drama tranche de vie centré sur les relations amoureuses de jeunes citadins d’aujourd’hui entre la fin de la vingtaine et le début de la trentaine. A la fois réaliste, légère et touchante, cette rom-com made in Korea saisit avec justesse les questionnements propres à cette âge de la vie sans jamais franchir la frontière du mélodrame. Servi par l’écriture tout en finesse de Jung Hyun Jung et la réalisation visuellement inspirée de Park Shin Woo, Lovestruck in the City doit aussi beaucoup à son ensemble d’acteurs emmené par Ji Chang Wook et Kim Ji Won, et qui fait beaucoup pour le charme du drama.

Ji Chang Wook et Kim Ji Won

Une femme disparaît

Park Jae-Won est un jeune architecte passionné par son métier. Lors d’un voyage en bord de mer à Yangyang, il rencontre Yoon Seon-Ah, une jeune femme dont il tombe amoureux. Du jour au lendemain, celle-ci se volatilise sans explication. Le cœur brisé, Jae-Won espère la retrouver un jour. Lee Eun-Oh est une experte marketing qui travaille en freelance. Au cours d’un voyage, elle rencontre Jae-Won et tombe sous son charme. Elle décide de mentir sur son identité et de se faire passer pour un esprit libre, ce qui est l’inverse de sa personnalité. Elle finit par l’abandonner.

Sorti le 22 décembre 2020, Lovestruck in the City est l’une des premières créations originales de la plateforme KakaoTV. Lancée en septembre 2020 par Kakao Entertainment, celle-ci s’est vite imposée sur le marché florissant des k-dramas, ce qui lui a permis de quadrupler son nombre de visiteurs hebdomadaires pour atteindre les 33 millions à la mi-mars 2021. Depuis, KakaoTV multiplie les projets, du drama de lycée avec A Love So Beautiful à la mini-série fantastique avec The Great Shaman Ga Doo Shim, en privilégiant les formats courts – 15 à 30 minutes par épisode, selon les programmes.

Découpé en 17 épisodes de 30 minutes environ, Lovestruck in the City suscitait aussi la curiosité pour d’autres raisons. Le couple vedette du drama, formé par Ji Chang Wook (Backstreet Rookie) et Kim Ji Won (Arthdal Chronicles), en fait bien entendu partie, mais nous étions également curieux de découvrir la nouvelle réalisation de Park Shin Woo, dont le récent It’s Okay to Not Be Okay avait suscité beaucoup d’émotions chez les spectateurs l’année dernière.

Avec Lovestruck in the City, Park Shin Woo délaisse la fantaisie qui imprégnait son œuvre précédente pour s’essayer à un autre genre, celui du drama slice of life, ou tranche de vie. A y regarder de plus près, les deux dramas partagent certains thèmes, puisqu’il est une nouvelle fois question de blocages intérieurs comme autant d’entraves à une relation amoureuse épanouie.

So Ju Yeon et Kim Min Seok

Le genre tranche de vie exige un réalisme constant dans la psychologie des personnages et les relations hommes/femmes, un terrain que la scénariste Jung Hyun Jung, dont le dernier drama en date est Romance is a Bonus Book, maîtrise parfaitement. Elle le démontrait dès 2011 dans sa série I Need Romance (tvN), qui photographiait déjà les préoccupations amoureuses et les mœurs de la génération des trentenaires.

Ce point de vue proche du réel explique aussi le manque d’accroche scénaristique du premier épisode, qui a perdu quelques spectateurs en route. Si vous entrez dans cette catégorie, nous vous recommandons de regarder la suite, car le jeu en vaut la chandelle.

Interviews révélatrices

Servi par une réalisation esthétiquement chiadée, Lovestruck in the City déroule petit à petit plusieurs histoires d’amour enchevêtrées au fil de séquences courtes mais signifiantes et caractérisées par une liberté de ton réjouissante. Le drama brosse de portraits proches du réel d’hommes et de femmes qui pourraient être nos voisins, et qui forment un petit monde très vivant que l’on a plaisir à retrouver d’un épisode à l’autre.

Leurs histoires traduisent chacune à leur manière les angoisses et les incertitudes de l’entrée dans la trentaine, entre la peur (ou le manque d’envie) de s’engager, l’angoisse de révéler à l’autre son vrai visage ou la difficulté d’assumer ses choix professionnels. Des histoires qu’un petit défaut de caractère chez l’un peut faire basculer en un rien de temps s’il vient toucher un point sensible chez l’autre.

Lovestruck in the City se distingue aussi par un parti-pris original, celui d’entrecouper la narration d’extraits d’interviews, quitte à faire ressembler le show à un faux documentaire. Seuls face à la caméra, les personnages parlent d’amour, de relations hommes-femmes, de rupture ou d’échec amoureux. Ces interviews s’avèrent de plus en plus funs à mesure que les couples se dévoilent. Entre les grandes vérités sur la vie balancées par les uns, la mauvaise foi des autres et les dialogues par camera interposée, les entretiens mettent le doigt sur les non-dits ou au contraire révèlent les émotions que ces jeunes gens ne parviennent pas à exprimer face à leur partenaire.

Han Ji Eun et Ryu Kyung Soo

La notion d’image filmée tient à ce titre une place importante dans le drama – même le contentieux de Jae-Won et Eun-Oh se cristallise autour d’une affaire d’appareils photos. On peut y voir une allusion à l’image que chacun renvoie aux autres et à soi-même. En même temps, le réalisateur s’amuse avec son concept en laissant parfois planer le doute sur le fait que les acteurs s’expriment en leur nom ou au nom de leur personnage. Cette intrusion du réel dans la fiction donne l’impression que nous pourrions presque aller papoter avec eux. On rigole ainsi lorsque Ji Chang Wook s’étonne face à la caméra de devoir faire un placement de produit pendant son interview.

Ji Chang Wook en amoureux abandonné

A ce titre, Ji Chang Wook fait des étincelles dans le rôle de Jae-Won, un homme passionné qui, comme toutes les personnes au caractère entier, manque un peu de psychologie mais ne ment pas sur ses sentiments. L’acteur se montre également très bon dans le registre de l’autodérision, qui n’est jamais très loin lorsque Jae-Won laisse sortir sa colère ou son désespoir.

Le personnage de Lee Eun-Oh est certainement le plus insaisissable du drama. Pourquoi a-t-elle menti sur son identité à Jae-Won ? S’affranchissant des clichés des dramas romantiques, leur histoire d’amour emprunte des chemins surprenants dans lesquels les objets jouent un rôle important (les appareils photo, la planche de surf…) pour maintenir un lien avec l’autre en son absence.

Dans le rôle de cette jeune femme un peu paumée, Kim Ji Won fait preuve d’une réelle finesse dans son interprétation. Elle alterne subtilement entre les moments de sincérité désarmante et les instants où son langage corporel traduit une attitude fuyante.

Le drama met aussi en avant une galerie d’acteurs secondaires qui, sans être des stars, ont déjà eu l’occasion d’être remarqués ailleurs – So Ju Yeon dans Dr Romantic 2, Kim Min Seok dans Descendants of the Sun, Ryu Kyung Soo dans Itaewon Class et Han Ji Eun dans Kkondae Intern. Si So Ju Yeon tire son épingle du jeu avec une interprétation plus vraie que nature dans le rôle de Rin-i, chacun se révèle très à l’aise dans ce registre qui exige d’interagir avec un grand naturel avec les autres acteurs. Chaque personnage échappe aux stéréotypes amoureux habituellement associés aux femmes et aux hommes et semble avoir un univers qui lui est propre, une vie en dehors du champ de la caméra.

Même quand la situation vire au psychodrame, Lovestruck in the City sait garder sa légèreté et s’agrémente de moments décalés. On retiendra notamment cette scène hilarante où Jae-Won arrive au commissariat en état d’ébriété avancée pour déposer une plainte (auprès de Minho de SHINee, parfaitement crédible en policier de proximité !), ou bien la fin de l’épisode 6 en mode film américain des années 70.

Lovestruck in the City est disponible en France sur Netflix.

Elodie Leroy

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