Critique : Strong Girl Nam-soon, comédie d’action pétillante et cartoonesque

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Lee Yoo Mi se mue en superhéroïne dans Strong Girl Nam-soon, une comédie d’action vivifiante qui, à défaut de retrouver la magie de Do Bong Soon, séduit par ses personnages attachants et propose une satire familiale plus fine qu’elle en a l’air. Le drama est disponible en France sur Netflix.

Au fin fond de la Mongolie, une petite fille adoptée par un couple de villageois crée la stupéfaction de tous grâce à sa force exceptionnelle. Dix ans plus tard, Tsegtseg (Lee Yoo Mi) découvre la vérité sur ses origines coréennes et décide de partir à la recherche de ses parents biologiques. Au même moment, en Corée du Sud, Hwang Geum Ju (Kim Jung Eun), une femme d’affaires influente, organise un concours féminin de force, espérant de retrouver Nam Soon, sa fille disparue des années auparavant.

Lee Yoo Mi / Cr. JTBC

De Park Bo Young à Lee Yoo Mi

Diffusé du 7 octobre au 26 novembre sur JTBC et à l’international sur Netflix, Strong Girl Nam-soon est le second opus d’une anthologie initiée en 2017 par Strong Woman Do Bong Soon, avec Park Bo Young dans le rôle principal. Si la scénariste Baek Mi Kyung est toujours aux commandes de l’écriture, la réalisation est cette fois confiée à Kim Jung Sik, qui a déjà témoigné son affection pour les personnages féminins modernes et un brin déjantés dans Work Later, Drink Now.

Ce nouvel opus est-il à la hauteur de la série d’origine ? Peut-être pas. Il manque à Strong Girl Nam-soon un soupçon de magie qui lui permettrait de pleinement se mesurer à Strong Woman Do Bong Soon. Il serait néanmoins injuste de s’arrêter à cette comparaison et de ne pas voir les atouts de ce divertissement bien produit et hautement sympathique, qui reprend fidèlement les ingrédients de son modèle tout en imposant son style propre.

Lee Yoo Mi / Cr. JTBC

Parmi les ingrédients en question, nous retrouvons bien entendu le postulat féministe de l’original, qui veut que seules les femmes soient dotées de superpouvoirs, ce qui permet une nouvelle fois de profiter de ces moments cathartiques où elles corrigent des voyous machos. Nous retrouvons aussi l’alliance entre un esprit très cartoonesque, qui joue à plein dans les scènes d’action, et une trame de fond plus noire, évoquant des problèmes de société bien réels.

Succédant à Park Bo Young dans le rôle principal, Lee Yoo Mi ne commet pas l’erreur d’imiter son aînée et imprime à son personnage un ton bien à elle. L’actrice, que nous avons découverte dans des rôles sombres dans 365: Repeat the Year, All Of Us Are Dead ou Squid Game, révèle une facette radicalement différente de son jeu, avec ses allures de femme-enfant, ses mimiques choupinettes et son énergie communicative.

Ong Seong Wu / Cr. JTBC

Lee Yoo Mi a pour partenaire Ong Seong Wu, ancien idol révélé dans Moments of 18, et qui explore ici un registre plus populaire. Malgré son jeune âge, l’acteur se montre immédiatement à l’aise dans le rôle de Kang Hee Sik, le jeune flic pugnace auquel Nam Soon décide de prêter main forte. La romance entre les deux personnages s’avère plutôt réussie, mais ne constitue pas le cœur de l’histoire.

Des méthodes d’espionnage originales

Justement, la scénariste Baek Mi Kyung a le bon goût de créer, dans Strong Girl Nam-soon, une affaire policière radicalement différente de la précédente. Cette fois-ci, le méchant n’est plus un tueur en série, mais un jeune PDG du nom de Ryu Si Oh (Byun Woo Seok), dont l’entreprise, Doogo, sert de couverture à un trafic de drogue. Et pas n’importe quelle drogue : produite dans son laboratoire maison, cette substance provoque une addiction immédiate et promet une mort quasi certaine à ses victimes. Au passage, le fait qu’elle soit transmissible par n’importe quel objet renvoie à la paranoïa née de la période COVID-19.

L’autre sujet abordé en toile de fond dans la série est l’obsession de l’argent qui règne dans le Séoul d’aujourd’hui. La plus grande partie de l’intrigue se déroule à Gangnam, district huppé dans lequel il semble très facile de se faire arnaquer si l’on en croit les mésaventures rencontrées par Nam Soon dès son arrivée – ciblée par une arnaque au logement, elle se retrouve vite à la rue et sympathise avec un jeune couple de sans-abris victime d’une arnaque à la cryptomonnaie. Les liens étroits entre le trafic de drogue et le blanchiment d’argent seront mis en évidence tout au long de l’enquête menée par l’équipe de Kang Hee Sik.

Byun Woo Seok et Lee Yoo Mi / Cr. JTBC

Si l’enquête policière s’avère dans l’ensemble conduite avec sérieux (on passera les quelques facilités de scénario), le second degré n’est jamais loin. Il faut voir les méthodes d’espionnage absurdes et tout sauf discrètes employées par notre héroïne, infiltrée chez Doogo comme employée administrative pour dénicher des preuves dans le bureau luxueux de Ryu Si Oh. Le fait que ce dernier s’entiche de cette jeune femme au sourire mutin n’est pas franchement réaliste, mais participe étrangement au charme de la série, en plus d’humaniser ce personnage de méchant.

Quant à Kang Hee Sik, il n’est pas le dernier à employer des méthodes invraisemblables pour faire avancer l’enquête – le moment où il se travestit pour se faire passer pour une femme en détresse au bord de la route est hilarant.

Kim Jung Eun, patronne au grand cœur

Malgré tout, l’élément le plus intéressant de Strong Girl Nam-soon réside peut-être bien dans sa manière d’utiliser le principe des superhéroïnes. A la différence de Strong Woman Do Bong Soon, qui confrontait ce postulat féministe à la haine misogyne d’un psychopathe, Strong Girl Nam-soon utilise la condition surhumaine de Nam-soon et des femmes de sa lignée pour offrir une satire des rapports entre les sexes au sein de la famille coréenne d’aujourd’hui.

Kim Jung Eun / Cr. JTBC

En l’occurrence, l’entourage de Nam-soon est une famille en crise qui tourne autour de Geum Ju, patronne narcissique d’un puissant conglomérat, et qui se transforme la nuit tombée en superhéroïne stylée sur sa moto. Derrière la femme autoritaire se cache une idéaliste au grand cœur, qui souhaite employer son argent pour construire un monde meilleur – ce personnage permet aussi au drama d’éviter le discours anticapitaliste sommaire. Ce rôle semble avoir été fait sur mesure pour Kim Jung Eun. Star des années 2000, l’actrice avait fait un come back remarqué en 2017 dans Duel, et s’offre avec le rôle de Geum Ju un nouveau challenge en jouant les redresseuses de torts sexy à plus de cinquante ans. Un challenge qu’elle relève avec beaucoup d’humour, de détermination et de classe.

Néanmoins, quand les représentantes du sexe « faible » sont invincibles et qu’une femme aussi intimidante donne le ton, quelle place reste-t-il pour les hommes de la famille ? Strong Girl Nam-soon répond à cette question avec un humour décapant, mais aussi avec beaucoup d’humanité et de tendresse à travers les réactions des différents personnages masculins. Il y a ceux qui refusent de voir ces rapports de force allant à l’encontre du patriarcat, comme l’ex-mari qui revient après avoir disparu pendant dix ans et entend exercer son autorité. Il y a ceux qui respectent ces femmes, mais recherchent des rapports plus égalitaires, comme le père de Nam-soon (Lee Seung Joon, toujours très bon). Il y a ceux qui se laissent infantiliser par la situation, comme l’oncle immature qui fait sa crise d’adolescence à quarante ans (Kim Ki-doo, très drôle).

Jung Bo Suk et Kim Hae Sook / Cr. JTBC

Le cas le plus intéressant est celui du barista au regard charmeur (Jung Bo Suk) qui fait fondre le cœur de Joong-gan, la grand-mère extravagante de Nam-soon jouée avec beaucoup de panache et d’autodérision par Kim Hae Sook (La Créature de Kyŏngsŏng). Leur romance est certainement la plus surprenante de la série. Non seulement les romances entre seniors se font rares à l’écran, mais il est aussi réjouissant d’assister à la manière dont les deux tourtereaux vont peu à peu refaçonner la notion-même de romantisme en se créant des situations visant à stimuler leur sentiment amoureux.

Une saison 3 à l’horizon

Le principal défaut de Strong Girl Nam-soon est de vouloir trop en faire avec une profusion de sous-intrigues qui cassent parfois la tension de l’enquête policière constituant le fil rouge de l’histoire. Cette tension est sauvée de justesse par les interventions de Ryu Si Oh, qui permettent de nous replonger rapidement dans l’ambiance quand la série commence à partir dans tous les sens. Avec son charisme et son allure classieuse, Byun Woo Seok (Record of Youth) captive l’attention à chacune de ses apparitions et réussit à apporter une ambivalence et une mélancolie intéressantes à son personnage très noir.

Byun Woo Seok / Cr. JTBC

Citons enfin quelques personnages secondaires amusants qui enrichissent l’univers de la série, comme les deux sans-abris joués par joués par le DJ Joo Woo Jae et la chanteuse Kyungri de Nine Muses, mais aussi Ms Baek (Lee Hee Jin), l’employée de bureau dont Nam Soon flatte l’égo pour obtenir des informations, Kim Nam Gil (Lee Joong Ok), le secrétaire qui a le toupet de porter le même nom qu’un acteur connu, ou encore l’impayable Bread Song (Kim Ki Bum), l’escroc qui se prend pour un séducteur fatal et n’apparaît presque jamais sans sa musique de fond sexy (selon le même principe que John Cage avec la musique de Barry White dans Ally McBeal, pour ceux qui se souviennent de cette série).

Enfin, Park Bo Young (Daily Dose of Sunshine) et Park Hyung Sik (Our Blooming Youth) apportent leur bénédiction à la série par le biais d’un caméo amusant. Ils sont secondés par Kim Won Hae (Une Mauvaise Mère ?), qui interprétait deux rôles dans Do Bong Soon.

Sans égaler les scores de la saison précédente, Strong Girl Nam Soon a remporté un joli succès sur JTBC, atteignant 10,42 % d’audience avec son dernier épisode. Mais c’est sur Netflix que la série a réalisé la performance la plus remarquable, occupant une place dans le top 10 des séries non-anglophones pendant près de dix semaines. De quoi donner confiance à la chaîne JTBC pour le lancement d’une saison 3, qui a été confirmé en novembre dernier.

Elodie Leroy

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