Le premier space opera coréen n’est peut-être pas le chef d’œuvre attendu, mais tient la dragée haute à Hollywood avec des scènes d’action spectaculaires dans les étoiles.

Sorti le 5 février sur Netflix Space Sweepers s’est glissé dans le top 10 de 16 pays, dont la France. Le film était précédé d’un teaser alléchant, qui donnait la part belle aux envolées spatiales et à un casting de stars emmené par Song Joong Ki (Arthdal Chronicles). Ce blockbusters de science-fiction made in Korea tient-il ses promesses ? Oui et non. Sur le fond, Space Sweepers séduit par ses personnages attachants et bien campés, mais aurait gagné à faire preuve de plus d’ambition scénaristique. La production, en revanche, en met plein les mirettes avec une direction artistique splendide et des batailles spatiales qui valent le détour.

Sauvé par Netflix

Avant l’annonce de sa sortie sur Netflix, nous avons tremblé pendant des mois pour Space Sweepers. Avec son budget de 22 millions de dollars et ses effets spéciaux ayant mobilisé plus de 1000 personnes dans 8 compagnies de production différentes, le film devait sortir en grande pompe dans les salles coréennes au premier semestre 2020. Mais le COVID-19 en a décidé autrement. Maintes fois repoussé, Space Sweepers a frôlé la ruine et finalement atterri le 5 février 2021 chez le leader du streaming avec un grand N. Le film était certes prévu pour le grand écran, mais cette issue a au moins le mérite d’offrir à ce premier space opera coréen une audience mondiale.

Réalisé par Jo Sung Hee (Werewolf Boy), Space Sweepers nous immerge en 2092 aux côtés de Tae Ho (Song Joong Ki), pilote à bord d’un vaisseau spatial collecteur de déchets commandé par Jung Sun Jang (Kim Tae Ri). L’équipage comprend également Tiger Park (Jin Seon Kyu) et le robot Bubs (Yoo Hae Jin).

Song Joong Ki (Space Sweepers)
Song Joong Ki

Au cours d’une mission, ils récupèrent une capsule dans laquelle se trouve une petite fille de 7 ans. Ils apprennent par la télévision que celle-ci s’appelle Dorothy (Park Ye Rim), qu’elle est recherchée dans toute la galaxie et qu’il s’agit d’une arme de destruction massive. Criblés de dettes, ils décident de l’échanger contre de l’argent.

Un space opera pur jus

Le cadre narratif de Space Sweepers est d’une simplicité enfantine. Tandis que la Terre est devenue inhabitable et que les pauvres survivent tant bien que mal, une élite s’est regroupée dans une cité paradisiaque installée sur Mars. Les habitants sont triés sur le volet par Jammes Sullivan (Richard Armitage), le PDG ultra mégalo dont les sombres desseins seront à l’origine des péripéties traversées par nos héros.

Kim Tae Ri (Space Sweepers)
Kim Tae Ri

S’il est une qualité que l’on peut immédiatement reconnaître à Space Sweepers, c’est de ne pas mentir sur la marchandise. Nous avons affaire à un space opera pur jus, qui assure le spectacle à grand renfort de scènes d’action étourdissantes et de technologies futuristes. Si la SF n’était pas le fort du cinéma coréen jusqu’à présent (on se souvient des premières tentatives décevantes avec Yesterday et Natural City), Space Sweepers devrait imposer de nouveaux standards de production dans l’industrie.

Servis par des effets spéciaux de haute volée, que l’on doit en partie à la société Dexter Studio (qui a réalisé les SFX d’Ashfall), les scènes de guerre spatiale enchaînent des plans mouvementés d’une fluidité ahurissante eu égard à la complexité des décors imaginés pour le film. Le réalisateur Jo Sung Hee fait de l’espace son terrain de jeu pour nous offrir un spectacle généreux. Au passage, le film mise sur une direction artistique et une photographie bien plus sophistiquées et élégantes que dans les récents Star Wars et consort que Hollywood déverse sur nos écrans depuis quelques années.

Un monde futuriste multilingue

Si l’influence des productions américaines du genre est évidente, l’histoire va aussi chercher ses sources d’inspiration du côté des mangas et de l’animation japonaise. L’idée du vaisseau collecteur de déchets spatiaux, par exemple, emprunte au manga/anime Planètes, tandis que celle de la cité regroupant des riches évoque le manga Gunnm, dont le film d’animation Battle Angel Alita est adapté.

Space Sweepers n’en possède pas moins son identité propre grâce à un univers technologique fouillé, dont l’une des idées les plus intéressantes est celle du traducteur interne, qui permet à chacun d’être compris en parlant sa propre langue. L’occasion pour le spectateurs d’entendre tout un tas de langues différentes, dont le coréen, l’anglais, le chinois, le français (avec un accent bien anglais) ou encore l’espagnol. En abolissant les frontières entre les peuples, Jo Sung Hee montre qu’il a tout compris à la mondialisation de la culture pop, dont le succès des productions coréennes est emblématique.

Là où le bât blesse, c’est dès lors qu’il s’agit de l’intrigue motrice de Space Sweepers. Non seulement le contraste entre les classes sociales a été exploré un millier de fois, mais le méchant de l’histoire interprété par Richard Armitage ne s’avère franchement pas passionnant. On regrette que le scénario se cantonne à ce niveau premier degré, qui donne parfois au film des allures de divertissement pour enfants. Space Sweepers aurait pu viser tellement plus haut, même en s’adressant à un public familial.

Song Joong Ki dans les étoiles

Malgré ces défauts, le film possède un charme indéniable grâce à sa galerie de personnages pittoresques qui occupent le Victory, et qui sont tous campés par des acteurs pétillants. Song Joong Ki retrouve le réalisateur Jo Sung Hee, avec lequel il avait déjà collaboré sur le film A Werewolf Boy, dont le succès a participé à déclencher le phénomène qui s’est installé autour de lui.

Pilote fauché obsédé par l’argent, Tae Ho est un archétype du genre, mais Song Joong Ki lui apporte un supplément d’âme en trouvant le bon dosage entre humour, décontraction et émotion. Il est dommage que le passé du personnage nous soit révélé à travers un flashback maladroit, mais on apprécie l’intention de raconter son histoire sous l’angle affectif – les héros coréens se distinguent de leurs homologues américains par une part sensible plus assumée.

Quant à Kim Tae Ri (Mr. Sunshine), elle a une classe folle avec son look badass de pirate de l’espace, même si son personnage paraît un peu sous-exploité. Dans le rôle de Tiger Park, Jin Seon Kyu (Extreme Job) attendrit par le contraste entre son allure de gangster et son instinct paternel avec la petite fille.

Jin Seon Kyu (Space Sweepers)
Jin Seon Kyu

De son côté, l’acteur Yoo Hae Jin (The Pirates) apporte une contribution originale, puisqu’il a effectué les motion captures robotiques et le doublage voix de Bubs, le robot excentrique de l’équipe. Sans jamais franchir la limite de la niaiserie, Space Sweepers réunit des personnages qui finissent par former une petite famille rafraîchissante autour de la petite fille.

En résumé, même si son scénario sommaire empêche le film de prendre l’envergure qu’il aurait dû avoir, Space Sweepers assure le spectacle et fait un sympathique divertissement des familles. Et puis, à l’heure où le genre est au point mort en Occident, on se réjouit de voir le cinéma coréen tenir tête à Hollywood sur ce terrain.

Elodie Leroy

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