Queenmaker, sur Netflix : une série politique passionnante sur les coulisses d’une campagne

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Mené par les brillantes Kim Hee Ae et Moon So Ri, Queenmaker est une plongée lucide, humaniste et captivante dans les dessous mouvementés d’une campagne électorale. A voir sur Netflix.

A première vue, les talents à l’œuvre derrière Queenmaker ont de quoi surprendre, tant leurs précédentes œuvres sont éloignées du genre de la série politique. La scénariste Moon Ji Yeong est connue principalement pour les web-dramas Spark et Bong Soon – A Cyborg in Love, tous deux diffusés sur Navercast en 2016, tandis que le réalisateur Oh Jin Seok a collaboré auparavant avec Netflix sur les deux saisons de My First First Love en 2019.

Mais il ne faut jamais se fier aux apparences. Traçant le parcours d’une femme de conviction rompue aux revendications sociales mais outsider dans le combat politique, Queenmaker excelle sur tous les tableaux, qu’il s’agisse du match électoral en lui-même, mené tambour battant, du questionnement des valeurs sociétales, constamment mis en perspective avec les postures des différents candidats, ou de la dimension purement humaine grâce à des personnages très bien écrits et solidement campés.

L’héroïne de Queenmaker, Hwang Do Hee (Kim Hee Ae), est une consultante en image travaillant à la tête du Planning stratégique du conglomérat Eunsung. Intelligente, cynique et implacable, elle est une véritable experte dans son métier, capable de tous les miracles – et parfois de certaines bassesses – lorsqu’il s’agit de redorer la réputation des puissants, et notamment des membres de la famille de de l’influente Mme Son (Seo Yi Sook), la PDG du groupe.

Un jour, Mme Son décide de mettre les talents de Do Hee à profit pour faire élire son gendre Baek Jae Min (Ryu Soo Young) à la mairie de Séoul et mettre ainsi un pied en politique. Mais un événement tragique compromet la carrière de Do Hee. Poussée dans ses retranchements, celle-ci décide de proposer à sa pire ennemie, l’avocate spécialiste des droits de l’Homme Oh Seung Sook (Moon So Ri), de faire campagne contre Baek Jae Min.

Les deux femmes n’ont pourtant rien en commun. Seung Sook, qui est surnommée le « Rhinocéros fou » pour avoir survécu à un nombre incalculable de hauts et de bas au cours de sa carrière, s’autoproclame défenseuse de la Justice et fait la guerre au groupe Eunsung. Elle finit néanmoins par accepter l’offre de Do Hee, à ses risques et périls. Commence alors une bataille politique féroce à la conquête d’un mandat stratégique.

Les scénaristes de dramas coréens ne se privent jamais de montrer, souvent non sans humour, que certains politiciens ont eux-mêmes des valeurs situées à l’exact opposé de celles qu’ils prônent auprès de leurs électeurs. On retrouve cette idée en filigrane avec les personnages de Uhm Ki Joon dans Little Women, Lee Kyung Young dans Again My Life ou encore Kim Joon Han dans Anna pour prendre des exemples récents.

Disponible sur Netflix depuis le 14 mai 2023, Queenmaker en fait l’un de ses thèmes centraux pour mieux interroger les véritables enjeux de la mission politique. S’appuyant sur une narration soutenue mais toujours claire, le drama décortique méticuleusement les dessous d’une campagne électorale à l’ère de l’information instantanée. Si les candidats honnêtes s’inquiètent forcément de construire un projet politique et une image médiatique en accord avec celui-ci, les moins scrupuleux visent la recherche de riches sponsors et multiplient les pots-de-vin aux médias entre deux rumeurs fabriquées de toutes pièces.

En montrant comment chaque coach de candidat élabore les stratégies de destruction de la réputation de l’adversaire, Queenmaker démystifie au passage avec délice le marketing du Bien de certaines boutiques politiques. La critique est incisive à travers les personnages de Baek Jae Min, grand défenseur des droits des femmes en public et agresseur sexuel dans les coulisses, ou de Seo Min Jung (Jin Kyung) qui représente le parti du peuple mais court les magasins de luxe et les cliniques de chirurgie esthétique.

En parallèle, le drama montre de manière intéressante la chaine sans fin d’humiliations et de représailles qui motivent les actions du clan Eunsung. Si Baek Jae Min est porté aux nues par Mme Son en public, il est en réalité rabaissé plus bas que terre en privé.

A côté de ces requins terrifiants, la sincérité d’Oh Kyung Sook peut-elle réellement triompher ? Queenmaker pose cette question essentielle à l’heure où une vidéo malveillante de quelques dizaines de secondes peut faire basculer le cours d’une vie. Pour autant, le drama n’édulcore pas la réalité du combat : s’il veut gagner, le camp d’Oh Kyung Sook doit aussi fouiller dans le linge sale de l’adversaire et lancer quelques scuds : c’est justement le rôle de Hwang Do Hee. Toutefois, celle-ci dispose peut-être d’une opportunité de gagner sa rédemption en jouant selon les règles imposées par Oh Kyung Sook.

Au sommet de la belle galerie de personnages de Queenmaker, le duo d’actrices formé par Kim Hee Ae et Moon So Ri offre d’infinies satisfactions de spectateur tout au long de l’intrigue, qu’il s’agisse de la relation d’amitié qui se forge entre les deux femmes, ou du chemin personnel que parcourt chacune.

Kim Hee Ae livre une nouvelle composition mémorable, trois ans après son triomphe dans le drama The World Of The Married. Elle est d’une classe immense dans la peau de cette femme endurcie et complexe, dont elle négocie superbement le changement progressif vers la découverte de sa propre humanité.

Dans un rôle situé à l’opposé de celui de la DRH mercenaire de On The Verge Of Insanity, Moon So Ri fait preuve d’une grande justesse en combattante des droits de l’homme au tempérament à la fois brut de décoffrage et très empathique, transparente sans être niaise. Elle parvient même à incarner auprès du spectateur le rêve que porte cette candidate des gens ordinaires, qui révèle peu à peu son charisme tout en restant fidèle à elle-même.

La galerie de méchants est également savoureuse, à commencer par et Ryu Soo Young (Steel Rain 2: Summit), saisissant d’ambiguïté dans le rôle du populaire Baek Jae Min, capable de dissimuler son abjection derrière un visage sympathique en une fraction de seconde.

De même, l’actrice Seo Yi Sook (Under The Queen’s Umbrella) est impressionnante dans le rôle de Mme Son, qui n’hésite pas à traiter d’animaux ceux qui se dressent sur son chemin, voire plus si affinités.

Jin Kyung, la chaleureuse cheffe infirmière de la franchise Dr Romantic, fait également sensation en politicienne vile et colérique, tandis que Kim Tae Hoon (Shadow Detective) est intrigant en chef de campagne placide. Citons également l’excellente Ok Ja Yeon (Big Mouth), plus ambivalente que jamais, et Lee Kyung Young (Dr Romantic 3), impeccable en coach de campagne sans scrupule.

A ce titre, le chapitre du premier débat télévisé dans l’épisode 5 s’affirme comme l’un des moments les plus passionnants de Queenmaker, nous faisant vivre l’urgence du direct à travers les yeux de la candidate Oh, mais aussi de son staff au sein duquel Hwang Do Hee fait figure d’entraineuse sportive.

Le drama séduit par-dessus tout pour son approche humaniste qui ne laisse aucune place au politiquement correct. Le combat des deux héroïnes aux côtés des victimes d’injustice est idéaliste, mais jamais idéologique, et c’est ce qui le rend émouvant. Cette dimension s’exprime notamment à travers le chapitre faisant intervenir les ouvrières intérimaires licenciées injustement et pour lesquelle Oh Kyung Sook s’est démenée avant de faire campagne.

Queenmaker montre à sa manière les répercussions délétères que peuvent avoir les manipulations politiques répétées sur les valeurs d’une société, et ce faisant, pose clairement la question du monde que l’on cherche à créer en se portant candidat. Pour cette richesse thématique et pour le soin porté à son exécution dans les moindres détails, il s’agit d’un drama aussi galvanisant qu’indispensable.

Caroline Leroy

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