On attendait avec beaucoup d’impatience ce Taxi Driver, également connu sous le titre Deluxe Taxi. Diffusé sur SBS depuis le 9 avril, le drama était précédé d’une campagne marketing visuellement bluffante, dans laquelle Lee Je Hoon posait au volant d’un taxi dans une ambiance visuellement stylisée. Bonne nouvelle, le démarrage de Taxi Driver tient toutes ses promesses. Servis par la réalisation très cinématographique de Park Joon Woo, ces deux premiers épisodes séduisent immédiatement par un concept intriguant, des scènes d’action mouvementées et une ambiance délicieusement vintage.
La vengeance en bande organisée
« Ne vous suicidez pas, vengez-vous. Nous le ferons pour vous ». Tel est le slogan de la Rainbow Taxi Company, dont l’activité consiste à exécuter des vengeances de ses clients, des victimes que la loi a échoué à protéger. Ancien agent de l’UDT (Underwater Demolition Team), Kim Do Ki (Lee Je Hoon) est chauffeur de taxi le jour et justicier vengeur la nuit. L’assassinat odieux de sa mère et l’échec de la justice à punir le meurtrier l’a conduit à rejoindre la Rainbow Taxi Company.
Inspiré du webtoon The Deluxe Taxi, de Carlos and Lee Jae-jin, le drama Taxi Driver s’inscrit dans le genre du « vigilante », dans lequel le héros fait justice par lui-même – le film coréen Lady Vengeance de Park Chan Wook est un exemple de vigilante movie. Dans le drama, la vengeance s’exécute en bande organisée et moyennant des pièges sophistiqués. Kim Do Ki n’agit pas seul à la Rainbow Taxi Company, qui regroupe quatre autres personnes : le CEO Jang Sung-chul (Kim Eui Sung), la hackeuse Ahn Go Eun (Pyo Ye Jin), et deux ingénieurs de maintenance, Choi Kyung-goo (Jang Hyuk Jin) et Park Jin-eon (Bae Yoo-ram).
Dans le premier épisode, la Rainbow Taxi Company reçoit un soir l’appel de Kang Maria (Jo In), une jeune femme évadée d’une usine qui l’avait réduite en esclavage. L’affaire est révoltante : pour vendre leurs marchandises avariées, les patrons exploitent des personnes handicapées mentales. Ces dernières arrivent de leur plein gré en croyant avoir trouvé un emploi.
Après une succession de maltraitances insupportables, Kang Maria tombe par hasard sur l’annonce de la Rainbow Taxi Company et décide de faire appel à ses services. Sur un jeu d’arcade planté au coin d’une ruelle, la jeune femme passe commande auprès d’un personnage animé en pixel art – ce dernier a la voix de Lee Young Ae, l’actrice de Lady Vengeance !
Les secrets de la Rainbow Taxi Company
Savant mélange de thriller de braquage et de revenge drama, Taxi Driver est aussi une superbe réussite stylistique. Soutenue par une photographie classieuse jouant sur les contrastes pour créer une ambiance crépusculaire, la réalisation de Park Joon Woo (Doctor Detective) fait des merveilles dans les scènes d’action. Chaque mouvement de caméra est subtilement pensé pour faire monter l’adrénaline lorsque Kim Do Ki appuie sur le champignon ou utilise l’un des multiples gadgets de son véhicule.
Les inspirations de Taxi Driver n’échapperont pas aux cinéphiles. Le drama fait des clins d’œil appuyés à Drive, le film de Nicolas Winding Refn, auquel il emprunte le look du héros (blouson court, mitaines noires) et l’ambiance musicale donnant la part belle au synthétiseur. On pense également aux histoires de superhéros à l’américaine lorsque Do Ki découvre le garage souterrain de la compagnie Rainbow Taxi, qui renvoie au quartier général de Batman. Taxi Driver se nourrit également de l’héritage des thrillers télévisuels coréens de ces dix dernières années, qui aiment à utiliser les affaires criminelles pour explorer la face sombre de la société moderne.
Dans l’affaire qui occupe les deux premiers épisodes, chacun a son rôle à jouer. Entre infiltration, déguisement et arnaque, l’équipe orchestre un piège impitoyable autour de ses cibles. Ces dernières ne sont ni des mafieux ni des riches héritiers de chaebols, mais des exploiteurs lambdas. Cette orientation semble se confirmer à la fin de l’épisode 2, au cours d’une scène touchante où Kim Do Ki, au volant de son taxi, écoute ses clients évoquer leur situation en contrat précaire ou la dureté du chômage.
Si le concept de Taxi Driver s’avère très fun, il soulève inévitablement une question éthique : la justice peut-elle exister en dehors de la loi ? « Ne soyez pas vaincu par le mal, mais surmontez le mal par le bien », prône une plaque murale dans le bureau du CEO Jang Sung Chul. Et si le drama ne fait pas dans la nuance – les gentils sont des gentils et les méchants sont très méchants -, le personnage de la policière Kan Ha Na (Esom) vient apporter un contrepoids à la radicalité des actions de la Rainbow Taxi Company.
La classe Lee Je Hoon
Cette radicalité est incarnée par Kim Do Ki qui n’hésite pas, dès la première affaire, à se mettre en scène avec un masque que les fans de films d’horreur auront reconnu : celui du tueur de la saga américaine Vendredi 13 ! Ce parallèle avec l’effrayant Jason met l’emphase sur le caractère implacable de la vengeance exécutée par Do Ki. Ce dernier met d’ailleurs ses compétences d’ancien membre des forces spéciales au service de ce qui demeure tout de même des vengeances personnelles.
Charismatique à chaque plan, Lee Je Hoon, vu dans le film La Traque et la série Signal, se fond dans la peau de son personnage avec beaucoup de classe et cultive l’ambivalence de son personnage. Son attitude badass nous scotche dans les séquences de voiture, où l’homme et la machine semblent fusionner pour ne faire qu’un. Avec sa ligne élégante et rétro et ses commandes analogiques, la voiture noire apparaît d’ailleurs comme un personnage à part entière de l’histoire.
Arborant des lunettes noires, Lee Je Hoon est à la fois indéchiffrable et ultra cool dans les scènes d’action. Mais lorsqu’il s’infiltre dans l’univers professionnel de ses cibles – une école, une entreprise d’informatique, une mafia, etc. -, l’acteur joue volontiers la carte de la comédie pour prendre en complicité le spectateur. On retient notamment sa performance hilarante en investisseur chinois imaginaire, répondant au nom de Wang Tao Zi, et son numéro de drague auprès de la mafieuse Im Bok Ja (excellente Shim So Young, aperçue dans Tale of the Nine Tailed), qui croit vivre une romance à la In the Mood For Love (Wong Kar Wai). On adore aussi son opération d’infiltration dans la société Udata, auprès d’un PDG complètement déjanté campé par Baek Hyun Jin (Children of Nobody).
Tous les autres acteurs et actrices sont parfaitement à leur place, de Esom (Save Me 2) en flic qui brave ses supérieurs pour découvrir la vérité, à Kim Eui Sung (Mr. Sunshine) en CEO un tantinet manipulateur, en passant par Cha Ji Yeon (Scent of a Woman) en chef mafieuse ultra fashion. Les acteurs Jang Hyuk Jin (Vagabond) et Bae Yoo Ram (Zombie Detective) assure avec autodérision la fonction de comic reliefs sans en faire trop.
Quant à Pyo Ye Jin (What’s Wrong With Secretary Kim?), nous lui tirons notre chapeau d’avoir su reprendre le rôle de Go Eun laissé vacant par la chanteuse/actrice Naeun (Extraordinary You). Si l’on peut regretter le traitement réservée à cette dernière (elle a été expulsée du tournage en raison d’un scandale lié à un conflit au sein de son groupe), Pyo Ye Jin est venue la remplacer au pied levé et apporte un ton bien à elle à son personnage.
Taxi Driver est diffusé depuis le 9 avril sur la chaîne coréenne SBS et sur la plateforme internationale Viki. [MAJ] Le drama est désormais disponible sur Netflix.
Elodie Leroy
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