Après trois ans de carrière en tant que diplomate aux Etats-Unis, Seo Mun Ju (Jun Ji Hyun) rentre en Corée du Sud pour soutenir la candidature présidentielle de son mari Jang Joon Ik (Park Hae Joon) dans un contexte de tension avec la Corée du Nord. Lorsque son mari est assassiné sous ses yeux durant un événement public, Mun Ju attire l’attention des médias par son attitude héroïque. Ce que le public ne sait pas, c’est qu’elle doit la vie ce jour-là à l’action d’un homme mystérieux, dont la discrétion n’a d’égale que l’efficacité. Son nom : Baek San Ho (Kang Dong Won).
Après le drame, Mun Ju décide de se porter elle-même candidate aux élections présidentielles, forte du soutien inattendu de sa belle-mère Im Ok Seon (Lee Mi Sook). Toutefois, la menace se faisant de plus en plus forte, elle finit par accepter la protection de Baek San Ho, sans savoir si elle peut réellement lui faire confiance.
Critique du drama Tempest
Sur le papier, la série Tempest possède les atouts rêvés pour être une réussite. Elle bénéficie d’un budget imposant de 50 milliards de won (environ 30 millions d’euros), un standing qui demeure encore relativement rare pour une série coréenne, et réunit à l’écran Jun Ji Hyun (Kingdom: Ashin of the North) et Kang Dong Won (Soulèvement), deux superstars glamour dont la seule présence suffit à attirer le public en masse.
Ce n’est pas fini. Le projet est dirigé par la réalisatrice Kim Hee Won, l’orfèvre derrière The Crowned Clown, Vincenzo et Little Women, et par le réalisateur Heo Myung Haeng, à qui l’on doit le film Hunt. Quant à la scénariste Jeong Seo Kyung, elle nous avait convaincues avec son travail sur les séries Little Women et Mother.
Pourtant, force est de constater qu’en dépit de cette mobilisation de talents, la sauce ne prend pas. Si le pitch de Tempest séduit de prime abord par son ambition, promettant un mélange excitant de romance et de thriller politique à portée internationale, le développement est loin de se montrer à la hauteur des attentes. Comme souvent, plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer cet échec.
Les trois premiers épisodes font illusion, installant un certain mystère autour du personnage central de Seo Mun Ju, entre ses relations difficiles avec sa belle-mère autoritaire, qui semble lui vouer une hostilité de longue date, ses questionnements sur le bien-fondé de sa démarche politique et son attirance irrépressible pour un homme au passé trouble.
A ce propos, la meilleure scène de Tempest se situe dans l’épisode 3, lorsque San Ho met au point un stratagème aussi judicieux que sexy pour sauver Mun Ju d’une bombe placée sous son siège de train : après s’être assis à côté d’elle, il entreprend de se glisser sous elle en lui prenant les cuisses l’une après l’autre pour échanger de place avec elle. L’intimité créée entre les deux personnages durant ce bref moment suscite beaucoup d’espoir quant à leur relation future dans ce climat de haute tension.
Malheureusement, la série ne tire pas parti de cette dynamique et préfère cantonner ses personnages à des situations cliché, presque niaises, durant lesquelles la fière héroïne est inévitablement sauvée par le héros, homme de terrain qui a forcément toujours raison. La série n’est pas sexiste pour autant, car tout y est conçu pour mettre en valeur l’actrice Jun Ji Hyun à chaque fois qu’elle apparait. Dans ce rôle fait sur mesure pour elle, la star de Jirisan ne livre pas sa performance la plus mémorable, arborant toujours le même air préoccupé et parlant sur un ton monotone.
Quant à Kang Dong Won, qui cartonnait récemment en Corée dans le film Dr Cheon and the Lost Talisman, il intéresse davantage grâce à la force de son regard, mais sa froideur fait écho à celle de sa partenaire dans leur rares scènes romantiques. Par ailleurs, alors que l’on s’attendait à une véritable rencontre d’acteurs, Kang Dong Won se retrouve finalement de manière surprenante dans une position de faire-valoir par rapport à Jun Ji Hyun. Ce déséquilibre se reflète dans le générique de début de la série, où l’acteur est cité en tant que participant exceptionnel et non à égalité avec l’actrice. En soi, ce n’est pas un problème, mais ce n’est pas ainsi que Tempest avait été vendu au public à l’origine. Cette contradiction a d’ailleurs fait suffisamment de remous pour que la scénariste et la réalisatrice s’en s’expliquent dans la presse au moment de la sortie du drama.
L’absence d’alchimie entre les deux stars n’est cependant pas le seul problème de Tempest. Pour une série dont l’intrigue se déploie sur fond d’une menace de troisième guerre mondiale, le contexte politique apparait bien trop faible et les enjeux trop sommairement esquissés. On est loin de l’effervescence d’un Iris, où les complots s’avéraient à la fois complexes et fun, impliquant plusieurs forces contraires et générant des rebondissements constants.
Avec l’intention manifeste de proposer un spectacle sérieux et inédit impliquant la Corée du Nord et les Etats-Unis, la scénariste Jeong Seo Kyung surprend au contraire par le simplisme de son approche du genre thriller politique, s’égarant volontiers dans des sous-intrigues conjugales dignes d’un vaudeville. C’est bien simple, à mesure qu’elle révèle les tenants et les aboutissants de son histoire, elle noie le spectateur dans un océan d’invraisemblances ; une tendance qui culmine dans les deux derniers épisodes, complètement ridicules.
Tempest offre aussi un contraste énorme avec la précédente série Disney Plus, Low Life, qui suivait les trajectoires entrecroisées de multiples personnages et débordait de vie à chaque épisode. Ici, à l’exception de Lee Mi Sook (Queen of Tears), plutôt convaincante, et peut-être Kim Hae Sook (Mr. Plankton), les seconds rôles sont bien trop en retrait, à l’image de Lee Sang Hee (Mon nom est Loh Ki Wan) et Joo Jong Hyuk (Démasqué), qui disparaissent régulièrement pour laisser place aux deux vedettes. Même l’excellent Oh Jung Se (Good Boy) ne laisse pas un souvenir impérissable.
Autant dire qu’on attendait beaucoup plus de la collaboratrice privilégiée du cinéaste Park Chan Wook, dont elle a écrit tous les films de Sympathy for Lady Vengeance à Decision to Leave. La responsabilité de la réalisatrice Kim Hee Won n’est pas aussi évidente dans ce naufrage, mais une chose est sûre : sa patte flamboyante et raffinée est totalement absente de Tempest, au profit d’un style impersonnel qu’on ne lui connaissait pas.
C’est d’autant plus dommage que la plateforme américaine avait fait un sans-faute depuis le début de l’année, avec quatre dramas sortant vraiment de l’ordinaire, à savoir Démasqué, Hyper Knife, Nine Puzzles et Low Life, les deux derniers brillant particulièrement par leur qualité.
Même s’il est vrai qu’un succès commercial n’est pas toujours gage de qualité, on peut observer qu’en l’occurrence, le public ne s’y est pas trompé, puisqu’après avoir réservé un bon accueil à Tempest à sa sortie le 10 septembre 2025, il a commencé à bouder son plaisir. Tant et si bien que la série n’était même plus numéro un sur Disney Plus Korea une semaine avant la publication de ses derniers épisodes, qui avait lieu le 1er octobre. Côté buzz, ni le drama ni les acteurs ne sont parvenus à conquérir le sommet du classement FUNdex, éclipsés par le succès insolent de Bon Appétit, Your Majesty.
Une série qui ne fera pas date, en somme.
Caroline Leroy
Lire aussi
Critique : Head over Heels, romance ésotérique sensible avec Cho Yi Hyun et Choo Young Woo





