Avis : Jirisan, que vaut le thriller montagnard avec Jun Ji Hyun ?

par Elodie Leroy

Nous avons vu les trois premiers épisodes de Jirisan, qui nous ont plutôt convaincues malgré un mauvais départ.

Chaque jour, une équipe de rangers dévoués patrouille dans le parc national de Jirisan pour veiller sur les lieux et assurer la sécurité des visiteurs. Soumis à des conditions climatiques extrêmes, le mont Jiri est l’une des trois montagnes sacrées de Corée. Ranger expérimentée, Son Yi Gang (Jun Ji Hyun) accueille un nouveau partenaire, Kang Hyun Jo (Joo Ji Hoon). Ancien militaire, ce dernier prétend posséder un étrange pouvoir qui lui permet de localiser les personnes en détresse.

On attendait avec impatience la nouvelle série de Kim Eun Hee, la créatrice du drama de zombies Kingdom et du thriller fantastique Signal. Et l’on attendait beaucoup de sa collaboration avec le réalisateur Lee Eung Bok, connu notamment pour la fresque historique Mr. Sunshine et le drama d’horreur Sweet Home. Ajoutons à cela un budget conséquent et un casting tout à fait sympathique, avec en vedette l’actrice Jun Ji Hyun (Kingdom: Ashin of the North) et l’acteur Joo Ji Hoon (Kingdom), soit deux membres de la famille Kingdom. Autant dire que Jirisan avait tous les atouts de son côté pour remporter l’adhésion du public. Pari réussi ? Le démarrage de la série n’a pas été aussi simple.

Un premier épisode raté

Si les ratings sur tvN ont largement été au rendez-vous (9 % et 10,6 % pour les deux premiers épisodes, chiffres AGB Nielsen), Jirisan a encaissé un retour critique catastrophique au début de sa diffusion en Corée, au point d’inquiéter les investisseurs. Au rang des accusés, une séquence dialoguée entre les deux stars principales, Jun Ji Hyun et Joo Ji Hoon, laissant apparaitre un désagréable effet « écran vert »(1).

La construction du scénario a également de quoi laisser sceptique. L’histoire démarre mollement avec la conduite maladroite de deux récits en parallèle. L’un se déroule en 2018 et fait monter le suspense avec le sauvetage d’un enfant perdu dans la montagne. L’autre nous ramène en 2020 dans une ambiance quotidienne assez plombante, avec le retour de Yi Gang en fauteuil roulant après une longue absence. Le résultat est que les parties de 2020 atténuent l’intensité de celles de 2018, venant casser le sentiment d’urgence associé à l’enjeu de survie autour de l’enfant.

L’autre défaut de ce premier épisode est son climax. Filmer une scène d’action la nuit, dans la forêt et sous la pluie est un véritable challenge en matière de lisibilité de l’action. Un challenge que Lee Eung Bok ne relève pas totalement, puisque la scène est partiellement incompréhensible, même sur un écran télévisé de grande taille (on n’ose pas imaginer la confusion sur un écran mobile).

Il serait cependant regrettable de s’en tenir à ce démarrage raté, car les épisodes suivants ont beaucoup à offrir aux amateurs de grand spectacle et d’énigme.

Splendeur naturelle et folklore local

Ainsi, dès l’épisode 2, le champ de vision s’ouvre enfin pour dévoiler pleinement la splendeur des paysages vertigineux de la montagne, avec ses falaises abruptes et ses rangées d’arbres à perte de vue. Cette nature devient rapidement un personnage à part entière de la série, révélant petit à petit ses richesses, ses secrets, ses traîtrises.

Jirisan ne se résume pas à une série de sauvetages glorifiant le courage des rangers, dont les méthodes sont décrites avec minutie et réalisme, mais se teinte peu à peu d’une dimension fantastique faisant intervenir la mythologie locale et le chamanisme. L’atmosphère s’installe peu à peu, jusqu’à donner l’impression au spectateur d’être isolé dans la montagne avec les personnages.

L’affaire de l’épisode 2, qui se concentre sur la disparition d’un vieil homme, est un petit thriller à part entière, pourvu de rebondissements inattendus et agrémenté d’une bonne dose de suspense. Elle s’achève par un dénouement étonnamment émouvant, dans lequel il est évidemment question de liens familiaux brisés – un thème cher aux dramas coréens. La mise en perspective de cette histoire avec celle de Yi Gang, suggérée par de brefs flashbacks, ajoute une dimension supplémentaire et achève de nous convaincre de regarder la suite de ce drama atypique.

Jun Ji Hyun en héroïne d’action charismatique

Jun Ji Hyun fait une héroïne d’action charismatique. Son jeu d’actrice n’est pas véritablement sophistiqué, mais elle possède le type de présence qui s’impose immédiatement à l’écran dans un premier rôle, comme elle l’a récemment prouvé dans Kingdom: Ashin of the North. Elle entretient une bonne alchimie avec Joo Ji Hoon (Hyena), dont le personnage de débutant un peu benêt suscite d’ores et déjà plusieurs questions. Est-il un esprit de la forêt ? Un fantôme ? A chacun sa théorie.

Jirisan séduit également par un casting secondaire solide, de Sung Dong-Il (Sisyphus:The Myth) en chef qui semble en savoir plus qu’il ne l’admet, à Oh Jung Se (It’s Okay to Not Be Okay) et Jo Han Chul (Vincenzo) qui ont l’air d’avoir été rangers toute leur vie, en passant par l’actrice Go Min Si (Youth of May), rafraîchissante dans le rôle de la débutante en admiration devant Yi Gang. On s’habitue très facilement à cette galerie de personnages qui forme un univers attachant autour des deux personnages principaux.

Diffusé depuis le 23 octobre 2021 sur tvN en Corée du Sud, Jirisan n’a malheureusement pas été vendu à Netflix, mais à iQiyi, géant chinois du streaming qui compte bien surfer sur le succès des dramas coréens en se constituant un joli catalogue et en produisant ses propres dramas (c’est le cas de My Roommate is a Gumiho). Le drama est néanmoins visible en Occident sur la plateforme Rakuten Viki, qui récupère la plupart des dramas diffusés sur iQiyi.

Elodie Leroy

(1) Au cinéma comme à la télévision, certaines scènes sont tournées devant un écran vert, sur lequel sera ensuite inséré un autre décor.

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