Photo Song Joong Ki (My Name is Loh Kiwan) - Cr. Jung Jae-gu/Netflix © 2024

Je m’appelle Loh Kiwan (Netflix) : Song Joong Ki transformé dans un drame social émouvant

Un réfugié nord-coréen rencontre une jeune femme à la dérive dans les quartiers pauvres de Bruxelles. La réalisatrice Kim Hee Jin signe un premier film sensible et inspiré bien qu’imparfait, et donne un très beau rôle à Song Joong Ki. Je m’appelle Loh Kiwan arrive sur Netflix le 1er mars 2024.

Dans une ruelle chinoise encombrée et crasseuse, un jeune homme s’agenouille pour essuyer une flaque de sang sur le sol. Transfuge nord-coréen, Loh Kiwan (Song Joong Ki) vient de perdre sa mère dans des circonstances tragiques. Il décide de fuir le pays pour se rendre en Belgique, dans l’espoir d’obtenir le statut de réfugié. Arrivé sur place, les démarches s’avèrent plus complexes que prévu. Un soir, alors qu’il vient de se faire agresser, son portefeuille est volé par Marie (Choi Seung Eun), une jeune femme d’origine sud-coréenne. Ayant cédé le portefeuille à l’un de ses amis, Marie réalise plus tard que l’objet était le dernier souvenir que Kiwan possédait de sa mère. Elle décide de l’aider à le retrouver.

Cr. Jung Jae-gu/Netflix © 2024

Vivre en portant son nom

Inspiré d’un roman de Cho Hae Jin publié en 2011, Je m’appelle Loh Kiwan est le premier long métrage de Kim Hee Jin, 37 ans. La réalisatrice a fait ses premières armes sur le format court, notamment avec A Brand New Journey (2010), qui fut primé au Seoul Independant Film Festival. Avec Je m’appelle Loh Kiwan, dont elle a également écrit le scénario, elle signe un drame humain émouvant qui révèle des talents de conteuse d’histoire et un sens visuel affirmé.

Soutenu par une esthétique réaliste sans être naturaliste, la caméra de Kim Hee Jin suit à la trace ce Nord-coréen en quête de survie dans la capitale belge. Alors que ses démarches sont freinées par les délais administratifs, Kiwan vivote en collectant les pièces de monnaie dans la rue, en recherchant les restes de nourriture dans les poubelles, en dormant dans les toilettes publiques. Contrairement à bon nombre de fictions coréennes, les différences sociales ne sont pas au cœur de l’histoire. Je m’appelle Loh Kiwan utilise le point de vue de son personnage-titre pour dévoiler la face cachée de Bruxelles, des centres d’accueil glauques pour sans-abris aux usines clandestines où triment quotidiennement des dizaines d’immigrés sans papier, en passant par les studios crasseux loués illégalement.

Cr. Jung Jae-gu/Netflix © 2024

Le titre n’a pas été choisi au hasard : de l’identité de Kiwan, il sera question tout au long du film. Soupçonné d’être un immigré chinois clandestin, il devra prouver à tout prix sa nationalité nord-coréenne pour éviter l’expulsion. « Je m’appelle Loh Kiwan » reflète également la volonté du jeune homme, par-delà les épreuves qu’il traverse, de vivre en portant son nom et ainsi de célébrer son lien de filiation avec sa mère disparue.

Le regard de Song Joong Ki

Icône en Corée et star internationale connue de tous les aficionados de k-dramas, Song Joong Ki apparaît littéralement transformé dans le rôle de Loh Kiwan. Oubliez le soldat sexy de Descendants of the Sun ou l’avocat flegmatique de Vincenzo. L’acteur, que l’on pouvait voir l’année dernière dans le film noir Hopeless (Kim Chang Hoon), se débarrasse de son aura glamour pour composer un personnage de marginal plus vrai que nature, qui lutte à chaque instant pour gagner le droit de rester dans un pays dont il ne comprend ni les codes ni la langue. Tour à tour aidé ou trahi par les personnes qu’il rencontre, le réfugié voit sa misère s’entrechoquer douloureusement avec celle des autres.

Les vêtements miteux et le maquillage subtil utilisé pour ternir le visage de Song Joong Ki font étrangement ressortir la profondeur de son regard, notamment dans les scènes émouvantes qu’il partage avec Choi Sung Eun (The Sound of Magic, Beyong Evil), convaincante et intense en paumée abîmée par la vie malgré son jeune âge et sa condition privilégiée. Loin d’être un pamphlet idéologique à l’occidentale sanctifiant la souffrance des plus défavorisés, Je m’appelle Loh Kiwan établit une connexion émotionnelle entre deux êtres socialement éloignés, et ce, sans hiérarchiser les souffrances – les deux jeunes gens ont d’ailleurs en commun d’avoir un sentiment de culpabilité envers un proche. Le dernier tiers du film abuse un peu des scènes de larmes, mais l’histoire d’amour entre Kiwan et de Marie ne laisse pas indifférent et porte un beau message d’espoir.

Cr. Jung Jae-gu/Netflix © 2024

Moins convaincants sont les méchants de l’histoire, ces mauvaises fréquentations qui tirent Marie vers le bas en l’obligeant à participer à des activités illégales. Ecrit de manière sommaire, le versant thriller de l’histoire s’avère le moins passionnant de tous. On retiendra de cette partie le sens du décor indéniable de la réalisatrice Kim Hee Jin, qui utilise des couleurs plus saturées dans les scènes à suspense pour marquer la violence du monde des gangsters.

A ces scènes, on préfère néanmoins l’histoire d’amitié touchante de Kiwan avec sa collègue de travail interprétée avec beaucoup d’authenticité par Lee Sang Hee (Daily Dose of Sunshine), ou les échanges déchirants de Marie avec son père joué par l’excellent Jo Han Chul (qui interprétait déjà le père de Choi Sung Eun dans The Sound of Magic !).

Je m’appelle Loh Kiwan est prévu mondialement sur Netflix le 1er mars 2024.

Elodie Leroy

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