Les tensions entre Corée du Sud et Corée du Nord sont au cœur de cette série d’action coréenne avec Lee Byung Hun et Kim Tae Hee.

Drama événement initié par Kang Je Gyu et librement inspiré de son film Shiri, IRIS offre un cocktail généreux de thriller d’action, d’espionnage et de romance. Imposant un rythme soutenu grâce à des scènes d’action ambitieuses, IRIS combine la force d’un scénario développant des enjeux politiques complexes à celle d’une mise en scène percutante.

Poster de la série coréenne IRIS

Synopsis : Kim Hyun Jun et son meilleur ami Jin Sa Woo sont recrutés par la NSS, les services secrets sud-coréens. Ils sont placés sous les ordres de Choi Seung Hee, une jeune femme dont ils tombent tous deux amoureux. Lorsque Kim Hyun Jun se rapproche de Choi Seung Hee, Jin Sa Woo décide de taire ses sentiments. Un soir, alors qu’ils fêtent tous les trois une mission réussie en Hongrie, Hyun Jun reçoit un message le convoquant à un rendez-vous secret. Il doit s’acquitter d’une mission en solo : tuer un homme d’état nord-coréen. Blessé pendant l’opération, il demande assistance à son chef, mais ce dernier lui fait savoir qu’il ne peut pas l’aider. Hyun Jun ne se doute pas qu’il a mis les pieds dans une sombre machination.

Produit par le réalisateur de Shiri

Diffusée entre le 14 octobre et le 17 décembre 2009 sur KBS, l’une des trois grandes chaînes nationales de Corée, la série IRIS faisait déjà couler beaucoup d’encre avant même sa sortie. Avec son budget de 20 millions de dollars, IRIS pouvait non seulement se targuer, au moment de sa sortie, d’être le drama coréen le plus cher de l’histoire, mais aussi d’être le premier à avoir été diffusé sur une chaîne japonaise. Le tournage a fait voyager l’équipe dans plusieurs pays du monde, un déploiement qui était encore rare à la télé coréenne.

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Derrière ce projet ambitieux, nous retrouvons un personnage incontournable de l’industrie du cinéma coréen : Kang Je Gyu, l’homme à qui l’on doit le film de guerre Frères de Sang et le thriller d’espionnage Shiri – le film qui a révolutionné les standards du cinéma coréen en 1999. L’histoire d’IRIS s’inspire d’ailleurs librement de l’univers de Shiri, en plus de se situer dans la même veine sur le plan de la mise en scène.

Pour asseoir son succès auprès du public, IRIS avait également besoin d’une star crédible à la tête du casting, et c’est le charismatique Lee Byung Hun, vu notamment dans A Bittersweet Life et Le Bon, la Brute et le Cinglé, qui incarne le rôle principal.

Lee Byung Hun dans la série coréenne Iris

Sur le plan commercial, le succès est largement au rendez-vous : débutant avec 24,5% de parts dès le premier épisode, IRIS bénéficie d’un excellent bouche-à-oreille et dépasse les 30% au bout du septième, pour atteindre le chiffre-record de 39,9% en fin de saison (avec 41,8% de parts de marché sur Séoul à la diffusion du dernier épisode).

Explosion de sentiments et de violence

L’histoire propose un cocktail inédit d’espionnage, d’action et de romance et débute par la mise en place du triangle amoureux qui occupera le devant de la scène, à savoir Kim Hyun Jun (Lee Byung Hun), Jin Sa Woo (Jeong Jun Ho) et la belle Choi Seung Hee (Kim Tae Hee), tout trois agents des services secrets. Les deux hommes ont la mauvaise idée de tomber amoureux en même temps de leur supérieure hiérarchique, ce qui aura bien sûr des conséquences.

Pas de doute, nous sommes bien face à une fiction coréenne dans la pure tradition : le mélodrame tient toujours une place centrale dans le récit, les sentiments explosent aussi vivement que la violence graphique.


Le public non-initié pourra s’étonner, dans les cinq premiers épisodes, de l’accumulation de scènes fleur bleue, accompagnées d’une bande-originale sirupeuse. De quoi faire sourire le spectateur élevé aux Experts et autres NCIS, où l’on atteint plutôt l’extrême inverse, puisque les personnages y sont avares de sentiments. Peut-être trop, justement, et c’est une des raisons pour lesquelles les dramas coréens, même lorsqu’ils traitent de sujets graves, apportent un souffle rafraîchissant.

On devine dès l’ouverture percutante du premier épisode qu’IRIS possède bien d’autres atouts dans son jeu. A commencer par un scénario de qualité laissant la part belle à l’action.

Après un premier quart posant les bases de l’intrigue, l’épisode 6 s’avère presque exclusivement consacré à une course-poursuite dans les rues de Budapest. La série décolle littéralement pour nous entraîner dans une vaste conspiration impliquant des protagonistes issus des deux Corées.


L’univers d’IRIS se déploie peu à peu dans toute son ampleur et sa complexité sans jamais perdre le spectateur en route, et ce, grâce à une narration limpide et une structure maîtrisée.

Le conflit coréen Nord-Sud vu de l’intérieur

Les tensions entre les deux Corée sont bien entendu au cœur des préoccupations : entre menace terroriste et danger d’une nouvelle guerre fratricide, les thèmes se font l’écho de peurs bien réelles en Corée du Sud (rappelons que les habitants de Séoul vivent au quotidien en sachant que des missiles sont en permanence pointés sur eux), posant au passage quelques questions pertinentes sur les intérêts en jeu dans une éventuelle réunification.

La bonne surprise, c’est que l’histoire ne cultive aucun genre de manichéisme, l’opposition Nord-Sud se muant peu à peu en un affrontement opposant des clans transversaux entre les deux pays. Derrière cette machination, une société secrète du nom d’IRIS tire les ficelles. Qui est à la tête d’IRIS et qui sont ses agents ? Jusqu’où s’étend son influence ? En quoi le destin de Hyun Jun est-il lié à cette organisation ?

Autant de questions qui finissent par former un véritable mystère que Hyun Jun et ses rares alliés vont tenter de démêler pour la catastrophe. L’énigme s’avère très bien entretenue tout au long des vingt épisodes et des révélations sont à prévoir jusqu’au dénouement. Vous voilà prévenus.

Fusillade à Gwanghwamun

Forte d’un budget conséquent, la série s’offre un grand nombre de décors extérieurs, baladant les personnages entre la Corée, le Japon, la Chine, la Russie ou encore la Hongrie. Qu’il s’agisse du centre de Séoul, avec ses grandes avenues envahies par la foule, ou des rues de Budapest, avec leurs couleurs très vieille Europe, IRIS exploite joliment des décors qui deviennent le théâtre de scènes d’action ambitieuses. Entre les poursuites en voitures, parfois démentes, et les fusillades lorgnant tout autant du côté de John Woo que de Michael Mann – il y a pire, comme références – IRIS remplit aisément son cahier des charges en tant que thriller d’action.

Ces séquences d’action constituent l’une des attractions majeures de la série grâce à une mise en scène immersive utilisant abondamment la caméra à l’épaule. Citons parmi les moments les plus mémorables l’évasion haletante de Hyun Jun à Budapest, l’assassinat du diplomate japonais dans un restaurant, la prise d’otage au sein de la NSS ou encore la fusillade autour d’un bus en plein Gwanghwamun (la séquence renvoie à une scène culte de Heat, de Michael Mann).

Les affrontements au corps à corps atteignent le même degré de brutalité que les gunfights, comme on le constate dans le combat d’anthologie dans un laboratoire entre Seung Hee et un terroriste nord-coréen (chapeau à Kim Tae Hee : il est rare de voir une actrice s’investir dans une scène d’une telle violence !).


La mise en scène flirte certes avec le cinéma, mais le choix du format du feuilleton télévisé se justifie pleinement, compte tenu de la complexité du scénario et des multiples rebondissements qui marquent les relations entre les personnages.

De l’opposition entre Hyun Jun et Sa Woo aux amours contrariées de Hyun Jun et Seung Hee, le scénario mise sur des thèmes somme toute très classiques. Ce n’est donc pas tant pour leur originalité que ces derniers trouvent leur intérêt, mais pour la manière dont ils s’intègrent dans la trame d’espionnage, qui constitue le corps du récit, pour lui insuffler une véritable portée dramatique. Soulignons le talent des scénaristes pour arrêter chaque épisode sur un cliffhanger à suspense qui vous oblige à vous précipiter vers l’épisode suivant…

Lee Byung Hun, icône d’action et héros romantique

De par sa condition de paria, Hyun Jun s’impose sans mal comme le héros tragico-romantique par excellence, un costume endossé à la perfection par l’acteur Lee Byung Hun.

Révélé par la télévision dans des rôles romantiques, l’acteur s’est forgé au fil des années une crédibilité dans l’univers du thriller et du cinéma d’action depuis sa collaboration avec le réalisateur Kim Jee Woon dans A Bittersweet Life, puis Le Bon, la Brute et le Cinglé et J’ai rencontré le Diable. Dans IRIS, Lee Byung Hun prouve qu’il peut se permettre de jouer simultanément sur les deux facettes de son image, ce qu’il fait avec la classe qu’on lui connaît.

De son côté, Kim Tae Hee (The Restless), elle s’impose aussi bien en tant que partenaire romantique que femme d’action. Quant à Jeong Jun Ho (The Legend of Evil Lake), son personnage gagne en relief à mesure qu’il se laisse entraîner dans un cercle infernal de trahison.


Parmi les personnages secondaires, très hauts en couleur, Kim So Yeon (Seven Swords) tire son épingle du jeu en espionne nord-coréenne au regard mélancolique (mais dont le séjour en prison est l’occasion d’un hommage à Linda Hamilton dans Terminator 2 !) dirigée par un patron campé par Kim Seung Woo (Yesterday), impeccable.

Enfin, du côté des personnages peu recommandables, Kim Young Chul (A Bittersweet Life, My Country: The New Age) fait un bad guy machiavélique et insaisissable à souhait, tandis que le rappeur/chanteur T.O.P., plus connu pour ses prouesses musicales dans le groupe BIGBANG, intrigue par ses apparitions rares, mutiques mais toujours chocs dans le rôle du tueur implacable au design très manga.

Outre une version long-métrage, IRIS connaît une suite avec une seconde saison sortie en novembre 2010 et intitulée ATHENA, dans laquelle le haut de l’affiche est tenu par Jung Woo Sung (le bon dans Le Bon, la Brute et le Cinglé).

Update 01/2019 : IRIS est disponible sur Netflix.

Elodie Leroy

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